Décryptage

« Qu’on laisse les policiers travailler »

Violences avec armes à feu

Inquiète face à la prolifération des violences avec armes à feu, en particulier à Montréal et à Laval, la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, a demandé jeudi aux principaux corps de police de la province quels étaient leurs besoins et quelle serait leur stratégie pour lutter contre ce phénomène, alors que les policiers appréhendent un été chaud. « C’est simple, qu’on laisse les policiers travailler », nous a dit, en guise de réponse, un ancien officier supérieur très au fait de la situation.

« Tout ce qu’on peut faire est fait actuellement. Québec a mis beaucoup d’argent dans la lutte contre les armes à feu, la collaboration entre corps de police est là. Pour le reste, on tombe dans les lois », a renchéri un officier supérieur d’un autre corps de police important.

Au moment où Ottawa examine le projet de loi C-5 sur l’abrogation des peines minimales obligatoires pour possession d’une arme à feu pour certaines infractions, les directeurs des principaux corps de police aux prises presque chaque jour avec des violences avec armes à feu s’y opposent.

De plus, à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels : certains policiers demandent plus de pouvoirs afin qu’ils puissent effectuer des interpellations sans que celles-ci soient dictées par des politiques d’encadrement.

« Il faudrait faire plus d’interpellations et de fouilles, et agir sur chaque délit », nous a dit un haut responsable de l’un des plus importants corps de police du Québec.

À Laval, les patrouilleurs, les enquêteurs de la Division du crime organisé et les membres de l’escouade Équinoxe connaissent bien les « sujets » gangs de rue sur leur territoire ; même chose pour les patrouilleurs, les enquêteurs des équipes multisectorielles dédiées aux armes à feu (EMAF) et les membres de l’escouade Éclipse à Montréal. Ils ont donc déjà les capacités d’enquêter, d’effectuer rapidement des arrestations et de sortir des armes à feu de la rue.

En septembre dernier, le gouvernement Legault a annoncé une somme de 90 millions en lançant la stratégie principale Centaure, qui empêche les différents corps de police et escouades concernés de se marcher sur les pieds, et qui leur permet de mieux collaborer et de lutter plus efficacement contre les armes à feu.

La Presse a appris que, peu après cette annonce, l’ancien directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Sylvain Caron, avait demandé pour ce corps de police des dizaines de millions de dollars au gouvernement afin de doubler le nombre d’enquêteurs dans les EMAF, d’ajouter des ressources en matière de filature et d’écoute électronique et d’embaucher des civils pour offrir de meilleurs services communautaires dans les quartiers les plus touchés.

Mais cette demande est restée lettre morte.

La main tendue jeudi par la ministre Geneviève Guilbault offre peut-être à la directrice par intérim du SPVM, Sophie Roy, une belle occasion de la renouveler.

Mme Guilbault est en effet censée rencontrer ce vendredi les chefs des quatre principaux corps de police de la province, la Sûreté du Québec, le SPVM, le Service de police de Laval et le Service de police de l’agglomération de Longueuil.

Crime désorganisé

Selon le SPVM, on a enregistré à Montréal 62 évènements violents comme des meurtres et tentatives de meurtre avec armes à feu ou des coups de feu durant les quatre premiers mois de 2022. Cela représente en moyenne un évènement tous les deux jours.

À Laval aussi, on a enregistré de nombreux évènements de violence avec arme à feu depuis le début de l’année.

Plusieurs de ces évènements ont comme toile de fond des conflits entre gangs régulièrement exacerbés par des défis ou injures que des adversaires impulsifs se lancent sur les réseaux sociaux.

À Laval, les Flameheads, alliés des 24 Gang, sont en guerre contre les Chomedey 45. Ce conflit serait à l’origine d’une tentative de meurtre en plein jour, dans un quartier résidentiel, sous les yeux de deux petites filles paniquées, mardi dernier.

Dans le nord-est de Montréal, ce sont les Zone 43 qui ont maille à partir avec les Profit Boyz, mais un autre groupe, les STL, y fait aussi des siennes.

Certains membres des groupes de Montréal habitent à Laval, et vice versa, de sorte que les conflits se déplacent d’une grande ville à l’autre.

Ajoutez à cela des armes facilement accessibles, achetées avec l’argent du crime et de la fraude, et mises dans les mains d’individus parfois très jeunes et sans grande considération pour la vie humaine, et vous obtenez un cocktail explosif.

Au travers de ces conflits entre gangs surviennent des règlements de comptes sporadiques ayant le crime organisé de plus haut niveau comme trame de fond, tel le meurtre de Sébastien Giroux, commis à Montréal mercredi.

Mais alors qu’à une certaine époque, les organisations criminelles avaient leurs propres tueurs à gages, elles font maintenant appel à des contractuels, souvent issus des gangs de rue, qui n’hésitent pas à faire feu devant témoins et à courir des risques pour remplir leur contrat et obtenir leur prime.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Flambée de violence à Laval

Fusillade à Laval : une arrestation

La police de Laval a mis la main au collet d’un individu possiblement lié aux multiples fusillades qui ont secoué la ville cette semaine. Deux perquisitions ont eu lieu à Laval et à Terrebonne en lien avec cette arrestation, indique le Service de police de Laval (SPL). L’individu aurait un lien avec les évènements des derniers jours et deux véhicules ont été saisis, ajoute- t-on. Le week-end dernier, un homme de 28 ans est mort et cinq autres personnes, dont un adolescent de 14 ans, ont été blessées à la suite de deux évènements impliquant des armes à feu survenus à Montréal et à Laval. Lundi, plusieurs coups de feu ont été tirés dans le secteur de Chomedey, à Laval, et, mardi, d’autres coups de feu ont été tirés au beau milieu d’un secteur résidentiel.

— Mayssa Ferah, La Presse

Violence armée à Montréal et Laval

Guilbault veut connaître « la stratégie » pour l’été

Inquiète de la multiplication des fusillades dans les grands centres urbains, Geneviève Guilbault convoque les chefs des quatre principaux corps de police pour connaître « leur stratégie » à l’approche de l’été, au cours duquel elle anticipe une hausse de la violence armée. La ministre de la Sécurité publique rencontrera ce vendredi les chefs de police de la Sûreté du Québec, du Service de police de la Ville de Montréal, de Service de police de Laval et Service de police de l’agglomération de Longueuil pour établir une stratégie et « voir de quoi ils ont besoin » pour affronter l’été qui promet d’être particulièrement occupé alors que le nombre de fusillades croît dans les centres urbains. La ministre assure que l’opération Centaure, lancée en septembre dernier par le gouvernement Legault, fonctionne, citant une saisie d’armes à feu menée mercredi en Mauricie, mais admet qu’il y a un « problème persistant de violence armée à Montréal et à Laval », d’où la convocation.

— Fanny Lévesque, La Presse

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