Nouveau tir de missile balistique

À quoi joue la Corée du Nord ?

Vendredi, la Corée du Nord a réalisé un tir de missile balistique qui est retombé dans la mer du Japon après avoir parcouru une distance d’environ 1000 km. Et le président Kim Jong-un a averti l’Occident qu’il répondrait au nucléaire par le nucléaire. Que s’est-il passé et que faut-il en retenir ?

Que s’est-il passé ?

Vers 10 h 15, heure locale, l’armée sud-coréenne a détecté un tir de missile balistique de la Corée du Nord. Le missile aurait décollé de la région du Sunan, située au nord de la capitale Pyongyang, en direction de l’est. Il se serait écrasé quelque 1000 km plus loin, au large de l’île d’Hokkaido, dans le nord de l’archipel nippon. Le missile a atteint une altitude de 6000 km avant de retomber. Le Japon estime que l’impact a eu lieu, sans faire de dommages, à l’intérieur de sa zone économique exclusive (ZEE).

Comment ont réagi les pays occidentaux ?

Vivement et très mal. Parce qu’il s’agit de l’un des plus puissants essais de missile réalisés par la Corée du Nord. Et parce que ce pays a récemment multiplié les essais de missiles, balistiques ou non, avec 88 lancements depuis le début de 2022. Le premier ministre du Japon, Fumio Kishida, a qualifié le geste d’« absolument inacceptable ». La Maison-Blanche a affirmé que le geste est une « violation éhontée de multiples résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et fait inutilement monter les tensions ». Dans les heures suivantes, le Japon et les États-Unis ont tenu un exercice de leurs Forces aériennes très important.

Et quelle a été la réaction de la Corée du Nord ?

Pyongyang « réagira résolument aux armes nucléaires par des armes nucléaires et à un affrontement total par un affrontement sans merci », a déclaré le leader nord-coréen cité par l’agence KCNA. Selon une dépêche de cette agence, Kim Jong-un a lui-même supervisé le tir de missile de vendredi.

Est-ce que la Corée du Nord a profité de la présence de leaders occidentaux au sommet de l’APEC à Bangkok pour faire ce tir ?

« Cela suggère une certaine synchronisation, avance Thomas Hughes, chercheur postdoctorant au Centre for International and Defense Policy de l’Université Queen’s, en Ontario. Lorsqu’un pays procède à un tel tir, c’est pour envoyer un message ou changer le comportement d’un adversaire. Il est difficile de décoder ce que la Corée du Nord essaie de dire à court terme. Mais à long terme, on veut faire comprendre au monde entier, et notamment aux États-Unis, que l’on possède cette capacité de lancer des missiles balistiques. »

Quelles sont les caractéristiques d’un ICBM, comme celui qu’aurait lancé par Pyongyang ?

ICBM signifie Intercontinental Ballistic Missile. Comme son nom l’indique, il peut frapper un autre continent à partir de son point de départ. Sa portée est de plusieurs milliers de kilomètres. Ces missiles sont propulsés par des moteurs-fusées (phase d’accélération) et une partie de leur trajectoire va au-delà de l’atmosphère, avant de redescendre. Ces missiles peuvent transporter une ou plusieurs ogives nucléaires.

Qu’en est-il des missiles balistiques nord-coréens ?

Le pays a expérimenté ses premiers ICBM en 2017. Le missile tiré vendredi serait un Hwasong-17, un des plus récents et plus puissants dans l’arsenal nord-coréen. Selon toute vraisemblance, il ne contenait pas de têtes nucléaires. Lancé dans un angle plus normal, il peut théoriquement traverser l’océan Pacifique. Mais celui lancé vendredi n’a jamais menacé le territoire américain, a dit la Maison-Blanche. Selon des experts consultés par le New York Times, la Corée du Nord n’a jamais fait la démonstration que ses ogives résistent à la friction et à la chaleur lorsqu’ils rentrent dans l’atmosphère.

Qu’est-ce qui suscite l’inquiétude, alors ?

Les progrès. « Chaque fois qu’ils tirent [un missile], ils apprennent, indique John Kirby, porte-parole du Conseil national de la sécurité à la Maison-Blanche. Même si le lancement est un échec ou un succès partiel, ils apprennent. » C’est aussi ce qu’a dit Thomas Hughes à La Presse. « Les nations doivent mener des essais avant de dire qu’elles détiennent telle ou telle arme. C’est ce que la Corée du Nord fait avec les ICBM, dit-il. Ils l’ont beaucoup fait en 2022. On en voit les résultats. Ultimement, je crois qu’ils vont essayer de mettre une ogive nucléaire au bout de leur missile. »

La Corée du Nord profite-t-elle des divisions au Conseil de sécurité de l’ONU pour avancer ses recherches militaires ?

Thomas Hughes croit que oui. « Le Conseil de sécurité a les yeux rivés sur l’Ukraine, qui est le problème le plus sérieux, dit-il. Mais la division, notamment avec la Russie qui bloque plusieurs résolutions, peut servir les Nord-Coréens. »

— Avec l’Agence France-Presse, CNN et le New York Times

16 000 km

Portée maximale des missiles ICBM russes R-36, aussi appelés SS-18 Satan. Du côté américain, l’ICBM Minuteman III a une portée de 13 000 km. Source : statista.com

1000 km

Distance approximative parcourue par le missile

Source : ministère de la Défense du Japon

« Les tests de missile de la Corée du Nord sont inacceptables pour le Canada et nos partenaires. »

— Justin Trudeau, premier ministre du Canada, sur Twitter

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