Remettre la santé publique à l’avant-scène

Personne ne s’attendait à une sortie de pandémie tranchée au couteau. Effectivement, celle-ci s’est plutôt éclipsée du radar médiatique comme les feuilles qui changent de couleur à l’automne, sans qu’on s’en aperçoive.

La campagne électorale a relégué le sujet aux oubliettes. Rien d’étonnant. Les Québécois, résolus à vivre avec le virus, éprouvent un ras-le-bol compréhensible face à la santé publique. Ils refusent toute allusion au retour des mesures qui ont fait, deux ans durant, la pluie et le beau temps.

Pourtant, en matière de santé publique, la COVID-19 était l’arbre qui cachait la forêt. En fait, elle ne l’a pas seulement cachée, elle y a mis le feu.

À l’instar de plusieurs autres domaines, la pandémie a accentué les tendances lourdes qui s’y profilaient.

Un rattrapage s’impose, à commencer par les campagnes ordinaires de vaccination et de dépistage qui accusent toutes deux un inquiétant retard.

Or, il appert que c’est aussi, voire surtout, l’hygiène de vie et les normes environnementales qui requièrent notre attention pressante.

Une étude publiée dans Nature Reviews Clinical Oncology démontre qu’un « effet de cohorte » se dessine dans la lutte contre le cancer. Autrement dit, les générations successives voient leur risque de développer « l’empereur de toutes les maladies »1 s’accroître avec le temps. Les auteurs suspectent que les facteurs à l’origine de ce phénomène concernent les habitudes de vie et l’environnement.

S’il y a une lueur d’espoir, c’est qu’il s’avère possible de contrer ce fléau.

S’attaquer au déficit de sommeil

Pour ce faire, il importe d’abord de s’attaquer au déficit chronique de sommeil qui affecte toutes les tranches de la population, mais particulièrement les jeunes. Ces derniers ont vu leurs nuits de sommeil se raccourcir de 60 minutes au fil des générations. Vu les multiples bienfaits du sommeil sur le développement, il s’agit d’une perte catastrophique ! D’ailleurs, suivant la recommandation du DMatthew Walker, la Californie a récemment adopté une loi qui interdit le début des classes avant 8 h 30. Plusieurs entités politiques ont également eu le courage de mettre fin au changement d’heure dont les nombreux impacts nocifs sont bien connus.

Impossible de passer sous silence les conséquences de la nourriture industrielle et des boissons sucrées sur la santé. Cancer, obésité et diabète ne cessent de croître depuis l’avènement de ce régime qui nous rend malades.

Évidemment, l’inflation galopante pourrait inciter nos dirigeants à détaxer ces produits délétères. Or, s’il existe une intervention qui pourrait freiner la hausse fulgurante de ces maux, c’est bien l’ajout d’une taxe prohibitive sur les boissons sucrées. Au demeurant, l’eau ne coûte rien.

La sédentarité constituait déjà un problème de taille avant la pandémie. C’est donc sans surprise que le milieu sportif québécois a réclamé 500 millions⁠2 pour prendre à bras-le-corps ce problème désormais gigantesque. Considérant les substantielles économies en santé que cet investissement nous permettrait de réaliser, il devrait s’imposer. Il en va de même pour les demandes de financement en transport actif3 dont les retombées s’avèrent positives tant pour la santé que pour l’environnement.

Bien souvent, ce qui est bon pour la planète l’est également pour les humains. Et vice-versa. Tristement, nos enfants s’empoisonnent à petit feu avec leurs crayons, leurs jouets et l’air qu’ils respirent. À ce chapitre, on gagnerait à émuler l’Europe, qui fixe des normes environnementales strictes et encadre sévèrement la présence de contaminants dans le quotidien de sa population.

Dans leur plus récente lettre ouverte, les Mères au front⁠4 ont évoqué l’iniquité intergénérationnelle qui les motive à prendre la parole. Environnement, économie, éducation, santé ; si nous n’agissons pas résolument, l’iniquité envers nos enfants sera sur tous les fronts.

1. d’après le livre éponyme du DSiddhartha Mukherjee

2. Lisez la chronique d’Alexandre Pratt

3. Lisez la lettre « Transport actif : le vélo au centre de la solution »

4. Lisez la lettre des Mères au front

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