Comment un ado peut faire fructifier sa paie

Que faire de ses premiers chèques de paie, outre les encadrer ou les laisser stagner dans un compte de banque ? Quand on a moins de 18 ans, les possibilités sont plus limitées. Mais il y en a.

Libre d’investir… sous supervision parentale

Quand on est un mineur, on ne peut pas exercer tous nos droits, précise Charles Rioux-Rousseau, analyste principal en planification financière chez RGP Gestion de patrimoine.

« L’argent est géré par un parent et quand l’enfant atteint 18 ans, le compte lui est transféré directement. Ce n’est pas le parent qui détient l’argent. Il est le tuteur et gère l’argent au nom de l’enfant. »

Lorsque l’enfant détient 25 000 $ et plus, l’argent doit être géré par un conseil de famille ou le Curateur public. À partir de novembre 2022, le montant sera augmenté à 40 000 $.

« Malgré tout, faire ses premiers pas dans l’investissement, placer de l’argent, gérer son budget, plutôt que de tout le dépenser, c’est intéressant et c’est stimulant », lance Charles Rioux-Rousseau lors de l’entrevue téléphonique.

Pas d’accès illimité à la planète entière

Le commis d’épicerie accro aux jeux vidéo rêve de cryptomonnaie pour s’acheter une maison dans le métavers ? La serveuse de café adepte de TikTok veut investir dans les actions de l’entreprise de son loisir préféré ? Impossible !

Selon la loi, les jeunes de moins de 18 ans n’ont pas accès à n’importe quel type de placements. Ils doivent respecter la règle des placements présumés sûrs.

« Ce ne sont pas seulement les placements garantis », explique le planificateur.

« Mais ça ne peut pas être des placements risqués qu’on fait avec le beau-frère dans une entreprise obscure. Ni de la cryptomonnaie ni les NFT qui pourraient intéresser les jeunes. »

— Charles Rioux-Rousseau, analyste principal en planification financière chez RGP Gestion de patrimoine

Les NFT (non fongible token, ou jetons non fongibles) sont ces certificats numériques à la mode qui attestent l’authenticité d’un objet virtuel comme des œuvres d’art, des tweets et des mèmes.

Si on achète des actions, elles doivent être d’une entreprise canadienne inscrite à la Bourse depuis plus de trois ans, précise Charles Rioux-Rousseau. Si ce sont des obligations, elles doivent être garanties par un gouvernement, une municipalité ou une commission scolaire canadiens ou un service public au Canada.

Si on opte pour un fonds commun de placement, 60 % de sa valeur doit être dans des placements présumés sûrs. Le fonds pourrait être réparti comme suit : 30 % d’obligations, 30 % d’actions canadiennes et les 40 % restant pourraient être des actions étrangères.

Même règle pour les fonds négociés en Bourse (FNB) : 60 % doivent être dans des placements présumés sûrs et 40 % dans des titres étrangers.

CELI non offert avant la majorité

Les jeunes de moins de 18 ans n’ont pas accès au CELI, mais peuvent avoir accès aux REER. En faisant leurs déclarations de revenus, ils accumulent des droits REER chaque année.

« C’est sûr que 18 % de 5000 $, ça ne fait pas beaucoup, soulève le planificateur. Comme les jeunes ne paient pas d’impôts, il vaut mieux garder les droits de cotisation pour plus tard. »

La mine d’or : le REEE

Cotiser au régime enregistré d’épargne-études (REEE) est toutefois une bonne option. Si les parents ont déjà ouvert un compte, l’enfant peut en ouvrir un deuxième où il sera à la fois le titulaire du compte et le bénéficiaire. « Encore une fois, c’est le parent qui ouvre le compte en sa qualité de tuteur au nom de l’enfant », souligne Charles Rioux-Rousseau.

Si les parents n’ont jamais cotisé le maximum, il restera donc un espace intéressant pour obtenir les subventions du gouvernement. Qui peut se vanter d’avoir des rendements de 30 % actuellement ? Il s’agit d’une véritable mine d’or quand on a 14 ans.

Le maximum qu’on peut investir dans les comptes par bénéficiaire est de 36 000 $ pour avoir les 20 % de subventions du gouvernement canadien et 10 % de subventions du gouvernement québécois. Les sommes versées après 36 000 $ jusqu’à un maximum de 50 000 $ n’obtiennent pas de subvention.

« Il y a des règles à respecter pour ceux qui n’ont jamais ouvert de REEE, soulève Charles Rioux-Rousseau. Si tu as 14 ans et que tes parents n’ont jamais cotisé, tu peux cotiser 5000 $ pour aller chercher les subventions et faire ensuite un rattrapage de 5000 $ pour les années suivantes jusqu’à 17 ans. »

Le capital investi ne sera pas imposable lors du retrait. Les subventions et les revenus de placement seront imposés au nom de l’enfant.

Placements non enregistrés interdits aux parents

Dans les comptes non enregistrés, les revenus seront imposés chaque année au nom de l’enfant. « Il ne faut pas que ce soit un compte dans lequel l’enfant et le parent mettent de l’argent. Ce serait trop facile de faire du fractionnement de revenus avec nos enfants, soutient le planificateur. Il faut que ce soit de l’argent que l’enfant a gagné, preuve à l’appui. »

Que ce soit dans un REEE ou dans un compte non enregistré, les placements doivent obligatoirement être présumés sûrs.

Investir pour avoir un impact et s’enrichir

Solenne Daigle, présidente du Club d’investissement responsable du Québec, où des jeunes universitaires et professionnels se rencontrent pour discuter de placements, observe que les jeunes investisseurs veulent avoir un impact sur la société en profitant des enjeux actuels.

En général, ils veulent avoir un axe moral dans la façon d’investir tout en s’insérant dans la transition technologique, explique-t-elle.

« Les jeunes essaient de suivre les tendances. On est dans une période de transformation, que ce soit vers une économie à faible carbone, de supports technologiques à cause de la pandémie ou de crise de la sécurité alimentaire à cause notamment de la guerre en Ukraine. À travers ces grands enjeux-là, on se demande comment on peut en profiter et où on peut investir. »

Que signifie investir à long terme ?

Lorsqu’on place son argent, c’est généralement pour du long terme, explique Charles Rioux-Rousseau. Mais que signifie « long terme » dans la tête d’un jeune de 14 ans ? Le bal des finissants ?

Placer une partie de ses revenus d’emploi dans le but de s’acheter une voiture à 18 ans peut sembler un horizon lointain quand on n’a que 14 ans. Or, il ne s’agit pas du même « long terme » que pour le jeune adulte de 25 ans qui place son argent pour sa retraite, précise le planificateur. « Donc, on pourrait qualifier les projets de ces jeunes de moyen terme. »

En résumé, on ne place pas l’argent qu’on veut retirer dans deux mois.

À quels projets peuvent-ils rêver ?

Des jeunes de 14 ans interviewés par La Presse disaient économiser 75 % de leur paie. En gagnant 120 $ net par semaine, l’employé réussit donc à épargner 90 $ par semaine. Voyons si cette épargne est suffisante pour réaliser leurs projets.

Pour les rendements, nous avons pris les normes de l’Institut québécois de planification financière (IQPF), soit de 3,3 % pour un portefeuille composé de 50 % d’actions, 45 % de revenus fixes et 5 % de liquidités.

> Acheter une auto d’occasion à 18 ans à 8000 $

• Le projet est possible en plaçant 36,46 $ par semaine pendant quatre ans.

• En plaçant 90 $ par semaine, dans quatre ans les placements atteignent 18 428,92 $.

> Voyager en Asie à 20 ans avec 10 000 $

• Le projet est possible en plaçant 30 $ par semaine pendant six ans.

• En plaçant 90 $ par semaine, dans six ans les placements atteignent 28 580,69 $.

> Acheter une maison à 30 ans avec une mise de fonds de 30 000 $

• Le projet est possible en plaçant 28 $ par semaine pendant 16 ans.

• En plaçant 90 $ par semaine, dans 16 ans les placements atteignent 90 516 $.

Les secteurs d’investissement qui allument les jeunes

Dans la transition à faible carbone, il y a beaucoup d’occasions, dont celles des énergies solaire, éolienne, de l’hydroélectricité ou de l’internet des objets utilisé pour réguler et soutenir la consommation de cette énergie, soulève Solenne Daigle. Les entreprises qui sont actives dans ces domaines tout comme celles qui investissent dans l’eau, le véganisme ou contribuent à l’agriculture verticale à grande ou petite échelle seront susceptibles d’allumer les investisseurs plus jeunes, selon ce que la présidente observe au sein de son Club d’investissement responsable du Québec.

Comment trouver les placements ?

« Même si les fonds communs de placement sont considérés comme la vieille méthode, ils sont faciles à comprendre pour un débutant, soutient Solenne Daigle. On comprend qu’il y a quelqu’un derrière le fonds qui choisit les actifs, qui s’occupe de le faire performer. Plutôt que de devoir analyser une entreprise par toi-même, tu regardes les critères généraux de ce qui rentre ou pas dans le fonds. »

« Je suggère les fonds, parce que c’est une belle initiation à la Bourse dans un contexte de pandémie et de monde en transition instable. »

— Solenne Daigle, présidente du Club d’investissement responsable du Québec

« Si on n’a pas de notions économiques, on ne comprend pas pourquoi une entreprise qui fait beaucoup d’argent ne performe pas en Bourse ou inversement », donne-t-elle en exemple. Solenne Daigle suggère de s’entraîner à la Bourse sur le site du CIRANO (Simulations boursières Bourstad). Il est possible de s’y inscrire gratuitement.

Pour trouver un fonds commun de placement ou un fonds négocié en Bourse, il faut passer soit par une institution financière, soit par une plateforme en ligne.

Les parents perdent-ils de l’argent ?

Au Québec, le crédit pour personne à charge ne s’applique pas pour les enfants aux études.

Au fédéral, il y a le montant pour personne à charge, mais il est seulement offert si le parent n’a pas de conjoint et que l’enfant a moins de 18 ans.

En 2021, le crédit pour personne à charge admissible était de 1729 $, un crédit non remboursable. « Un parent seul ayant un enfant à charge qui aurait gagné 3808 $ en 2021 bénéficierait d’un crédit d’impôt non remboursable de 1253 $, soit une réduction de 476 $ par rapport au plein montant », explique Charles Rioux-Rousseau.

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