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Stupeur et émoi dans le quartier Rosemont, dans l’est de Montréal, après l’arrestation d’un suspect en lien avec la découverte des corps de trois membres d’une même famille dans un duplex.

ils ont dit

« Trois vies ont été arrachées ce matin à Rosemont. C’est terrible. Mes pensées accompagnent les familles et les proches des victimes touchées par ce drame. »

— François Legault, premier ministre du Québec

« Je suis consterné et sous le choc face à cette attaque brutale. […] Nous continuons à suivre la situation et espérons que le bilan ne s’aggravera pas. De tout cœur avec les personnes affectées. »

— Marc Tanguay, chef du Parti libéral du Québec

« Il faut agir face à la hausse de la violence dans notre société, quelle qu’en soit la source. »

— Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti québécois

« J’ai une pensée pour les trois personnes qui sont mortes dans des circonstances horribles dans Rosemont. Mes condoléances à leurs proches. »

— Valérie Plante, mairesse de Montréal

« Quelle horreur. Quelle tristesse. Mes pensées sont avec les gens qui perdent un proche ce matin dans ces circonstances atroces. »

— Gabriel Nadeau-Dubois, chef parlementaire de Québec solidaire, sur Twitter

Rosemont–La Petite-Patrie

Une famille décimée

Dans une scène d’une rare violence qui a choqué le quartier, un jeune homme de 19 ans aurait poignardé à mort trois membres de sa famille dans un duplex du quartier Rosemont, à Montréal, vendredi. Il a été maîtrisé et arrêté sur place.

Les premiers répondants ont dû faire face à une scène éprouvante lorsqu’ils se sont rendus vers 9 h vendredi dans ce duplex de la rue Bélanger, entre la rue Viau et la 40Avenue, dans l’est de Montréal.

Sur place, ils ont trouvé non seulement trois corps, mais aussi un jeune suspect, couvert de sang. Arthur Galarneau, 19 ans, a dû être maîtrisé avant d’être arrêté par les autorités. Plusieurs patrouilleurs et employés de la centrale 911 ont par la suite été pris en charge pour du soutien psychologique.

Toujours selon nos informations, les trois victimes étaient des membres d’une même famille, soit le père, la mère et la grand-mère d’Arthur Galarneau.

Celui-ci vivait au sous-sol de ce duplex depuis un grand nombre d’années, a indiqué à La Presse Ludovic Lachapelle, un de ses amis de longue date. À sa connaissance, la mère de M. Galarneau vivait au rez-de-chaussée et sa grand-mère, à l’étage. Le père résidait normalement ailleurs.

« C’est comme s’il nous prévenait »

« Arthur, c’est la dernière personne que j’aurais cru capable de faire ça, a confié Ludovic Lachapelle. Il est tellement doux, ses parents aussi étaient tellement fins avec lui. Il ne m’a jamais donné l’impression qu’il pouvait être violent. »

Les deux amis étaient très proches au primaire, mais avaient perdu contact au secondaire, explique M. Lachapelle. Ils avaient renoué depuis l’été dernier.

D’après nos sources, le jeune homme était connu et suivi pour des problèmes de consommation et de santé mentale.

Ludovic Lachapelle a aussi confirmé à La Presse que M. Galarneau avait un suivi thérapeutique depuis son enfance. C’était un artiste, doué pour le dessin, et isolé socialement, décrit M. Lachapelle.

Il y a cinq semaines, le suspect affirmait sur Instagram avoir « complètement changé [ses] habitudes de vie ». « J’ai arrêté le weed. Je vais faire de la musculation avec un trainer pendant six mois. Je fais du patinage de vitesse maintenant. Vraiment, ma vie, elle a changé. Ça switche en ce moment, c’est vraiment le fun », lançait-il dans une vidéo.

Mais peu après, ses publications avaient pris une autre tangente, souligne son ami. « Il semblait plus faire de la paranoïa, il disait que le gouvernement l’observait, qu’il voyait de la bullshit sur les réseaux et que c’était difficile de discerner le vrai du faux, illustre M. Lachapelle. C’est comme s’il nous prévenait. »

« Si j’avais su que ça pourrait se passer, c’est sûr que je lui en aurais parlé bien avant, je ne savais pas que c’était aussi grave, son état », ajoute le jeune homme, désemparé.

À noter que le duplex de la rue Bélanger où se sont produits les meurtres, et où Arthur Galarneau aurait vécu la majeure partie de sa vie, venait d’être mis en vente.

Le panneau de mise en vente avait été placé devant l’immeuble vendredi dernier, a affirmé une voisine à La Presse.

Une vidéo virale

Arthur Galarneau a dû être maîtrisé lors de son arrestation sur les lieux, notamment avec du gaz poivre.

Dans une vidéo circulant abondamment sur les réseaux sociaux, on peut voir le suspect menotté au sol, alors que plusieurs agents pénètrent dans le logement et en sortent au pas de course. « Il y a plein de sang partout », dit alors, sous le choc, la femme filmant la scène à partir d’un véhicule.

Officiellement, la police ne parle pas encore d’un triple meurtre, même si cela en a toutes les apparences. La mort des victimes aurait été causée par un « objet tranchant », a toutefois confirmé vendredi Julien Lévesque, relationniste médias du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

L’enquête a été transférée à la Section des crimes majeurs du SPVM. En fin de soirée vendredi, un vaste périmètre de sécurité était toujours érigé rue Bélanger, à la hauteur de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Des voisins abasourdis

Plusieurs résidants se sont massés autour du périmètre de sécurité dès le début de la journée.

« On est dans un quartier paisible ici. Ça devient inquiétant. C’est du monde qui a le moral au plus bas. Ça prendrait plus de suivi », a notamment affirmé Richard Frigon, qui habite dans les environs depuis plusieurs années.

Derrière lui, un travailleur qui effectuait une livraison tout près des lieux quand le drame est survenu cherchait encore ses mots. « Je suis vraiment sous le choc. En plus, une famille… », a-t-il laissé tomber, visiblement très affecté.

« C’est épouvantable. Chaque personne vit des difficultés en 2023. La vie n’est rose pour personne. Mais ce n’est pas tout le monde qui est capable de se ramener à la raison », a de son côté lancé Diane Émond, aussi résidante du quartier, qui était sous le choc.

« Ce ne sont pas des polices à tickets qu’on veut, pas des caméras, ce sont des actes », a imploré Martin, un autre résidant du secteur qui s’était déplacé sur les lieux.

« J’ai quand même peur. Je n’ai jamais vu ou entendu quelque chose comme ça. Ce matin, j’ai entendu les sirènes, mais c’est tout », a aussi raconté Emilio Caceres Carmona, qui habite à quelques pas de la résidence où est survenu le drame.

« Après Amqui cette semaine […] disons que l’époque est rude sur les sentiments. J’ai beaucoup de pensées pour les voisins. Ici, c’est un quartier relativement tranquille, un endroit où il fait généralement bon vivre », a quant à lui commenté le député de Rosemont, Vincent Marissal, rencontré sur place.

Exposition à la violence

Assiste-t-on à un effetde contagion ?

Que ce soit des homicides intrafamiliaux ou des tueries de masse, comme récemment à Amqui et à Laval, l’exposition à la violence peut entraîner des effets de contagion, expliquent des experts. Il serait possible de mieux faire pour prévenir les homicides, estiment certains.

Le triple meurtre qui serait survenu vendredi à Rosemont représente un nouvel épisode de violence pour un Québec déjà chamboulé par le drame d’Amqui en début de semaine, et de Laval, à la fin de février.

D’autres crimes intrafamiliaux auraient aussi bouleversé à jamais la vie de différentes familles dans la métropole depuis le début de 2023, quand des jeunes s’en seraient pris à leurs parents, souvent en les poignardant à mort.

« Ces tueries intrafamiliales, on en a toujours eu, rappelle la Dre Cécile Rousseau, psychiatre pédiatrique à l’Université McGill. Quand on est vraiment en détresse, les personnes à qui on est le plus susceptibles de s’en prendre, ce sont nos proches : les membres de notre famille – la conjointe, les enfants et, dans le cas des jeunes, les parents. »

« Un accélérant »

Mais que ce soit pour des tueries de masse ou des attaques de proches, l’exposition à la violence peut entraîner un effet de contagion. « Quand je ne me sens pas bien, en détresse, voir d’autres agir [avec violence] de la sorte, ça peut avoir un effet de modèle ou d’accélérant », résume la Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure à l’Université du Québec à Montréal.

« Ça fait longtemps que c’est documenté pour ce qui est des suicides, renchérit Pierre-Paul Malenfant, président de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec. Et c’est aussi documenté en ce qui concerne les actes de violence », ajoute-t-il.

« L’influence médiatique, les réseaux sociaux, ça a tout un poids chez une personne qui ne va pas bien », abonde Josée Rioux, présidente de l’Ordre professionnel des criminologues du Québec.

Prioriser les risques homicidaires

Selon la Dre Rousseau, une piste de solution serait d’offrir plus de soutien aux personnes qui présentent des risques homicidaires (qui disent vouloir tuer les autres ou qui sont à risque de le faire).

« Actuellement, quand quelqu’un est suicidaire, on va le prioriser au niveau des services, mais quand quelqu’un est homicidaire, on attend qu’il ait fait quelque chose de criminel pour offrir des services. »

— La Dre Geneviève Beaulieu-Pelletier, psychologue et professeure à l’Université du Québec à Montréal

Or, les jeunes d’aujourd’hui ont davantage tendance à faire des passages à l’acte violent envers les autres, en comparaison de ceux des décennies précédentes, observe-t-elle. « Ces temps-ci, ce qu’on voit, c’est l’augmentation des gestes hétéroagressifs [agressifs envers les autres], qui sont aussi des gestes de désespoir », souligne la pédopsychiatre.

« La souffrance, la rage qui est là, chez certains individus, peut soit s’exprimer envers l’autre de façon homicidaire, soit envers soi comme un risque suicidaire, ajoute la Dre Beaulieu-Pelletier. Mais dans les affects homicidaires, il y a beaucoup de tabous, une incompréhension au niveau social, analyse-t-elle. Oui, il y a une réflexion sociale à y avoir. »

L’accès aux services

Bien évidemment, avoir un problème de santé mentale ne signifie pas qu’une personne sera violente, assurent les différents experts. « Dans les actes de violence de masse, seulement 22 % des situations, c’étaient des gens avec des problèmes de santé mentale, rappelle M. Malenfant. Mais ça ne veut pas dire que ces personnes-là ne sont pas en détresse psychologique. »

Mais lorsqu’il y a des risques de violence, il faut aussi savoir les prévenir, estime la Dre Beaulieu-Pelletier.

« Et pour ça, oui, il faut augmenter l’accès aux soins et services, mais aussi aller rejoindre ceux qui en ont réellement besoin et qui ne vont pas nécessairement venir consulter. »

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