Hong Kong

Arrestation d’un cardinal et d’une chanteuse pop

L’arrivée d’un ex-policier à la tête de Hong Kong n’a pas tardé à se faire sentir.

Quatre jours après la nomination de John Lee comme chef de l’exécutif, des personnalités très en vue ont été arrêtées mercredi par les autorités de la région administrative spéciale (RAS) en vertu de la loi sur la sécurité nationale.

Parmi elles se trouvent la chanteuse pop et citoyenne canadienne Denise Ho ainsi que le cardinal Joseph Zen, un des plus hauts ecclésiastiques catholiques du territoire.

Ce coup de filet serait lié à leur implication dans l’organisme 612, un fonds humanitaire destiné à soutenir les victimes du mouvement prodémocratie à Hong Kong.

Ils ont été libérés sous caution quelques heures plus tard, mais la Maison-Blanche et le Vatican ont vivement dénoncé ces arrestations en les qualifiant d’« injustes » et de « préoccupantes ».

Le Fonds 612 avait été créé pour aider les personnes arrêtées ou blessées après les manifestations contre la loi sur l’extradition de 2019 qui avaient eu lieu dans la métropole économique de 7,7 millions d’habitants.

L’organisation aurait soutenu quelque 950 dossiers judiciaires et distribué 243 millions de dollars de Hong Kong (40 millions CAN) en dons divers, avant d’être démantelée en 2021 à la suite de pressions des autorités.

« Leur crime supposé a été de financer une aide légale », a soutenu le directeur de l’organisation Hong Kong Watch, Benedict Rogers, dans un communiqué diffusé mercredi.

Pour M. Rogers, ces arrestations envoient un signal très inquiétant. Elles démontrent « hors de tout doute », selon lui, que Pékin « compte intensifier sa répression sur les libertés et les droits fondamentaux », ajoute-t-il.

Depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 2017, Pékin a graduellement resserré son étau sur l’ancienne colonie britannique, à qui l’on avait pourtant promis un « haut degré d’autonomie » pendant 50 ans.

Cette mainmise sécuritaire semble se confirmer avec la nomination récente de John Lee à la tête de l’exécutif, au terme d’une élection biaisée pilotée par Pékin.

Cet ex-policier, jugé « abusif » par l’organisme Human Rights Watch, était le patron des forces de l’ordre lors des manifestations du mouvement prodémocratie qui ont pris une tournure très violente en 2019.

Un symbole

La Canadienne Denise Ho n’en est pas à ses premiers démêlés avec la justice de Hong Kong. L’ancienne résidante de Brossard, devenue une vedette de la pop cantonaise et ambassadrice LGBT sous le nom de HOCC, avait été arrêtée en décembre 2021 en raison de ses nombreux appels à la dissidence.

Ancien évêque de Hong Kong, où vivent 400 000 catholiques, le cardinal Zen est connu pour ne pas mâcher ses mots et pour son inlassable défense des libertés politiques et des réformes démocratiques.

Dans un communiqué publié mercredi soir, le Saint-Siège a indiqué avoir « appris avec préoccupation la nouvelle de l’arrestation du cardinal Zen et [suivre] l’évolution de la situation avec une extrême attention ».

Le prélat s’est toujours élevé contre tout accord entre l’Église catholique et Pékin sur la nomination des évêques chinois, estimant qu’il s’agirait d’une trahison à l’égard des membres persécutés de l’Église non officielle en Chine.

Le Vatican et la Chine n’entretiennent plus de relations diplomatiques depuis 1951, mais un accord « provisoire » historique avait été signé en septembre 2018 avec Pékin sur la nomination d’évêques.

Une autre figure du mouvement, l’universitaire Hui Po-keung, a également été arrêtée mercredi pour « collusion avec des forces étrangères », ce qui est puni par la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à Hong Kong en 2020 en réponse aux immenses manifestations de l’année précédente.

Relâchés quelques heures après leur mise en détention, les prévenus seront traduits devant la justice de Hong Kong. Mais Benjamin Fung, porte-parole du groupe Facebook Action Free Hong Kong Montreal, ne se fait pas d’illusions.

« Le gouvernement de Hong Kong désignera des juges spécifiques liés à la loi sur la sécurité nationale et l’on sait déjà qu’ils seront biaisés. On peut donc prévoir le résultat. Et pourtant, ils n’ont rien fait d’illégal. »

M. Fung doute que la chanteuse, le professeur et le cardinal soient envoyés en prison, contrairement à d’autres dissidents moins connus. Mais leur procès servira d’exemple, selon lui.

« C’est une affaire symbolique, dit-il. Le message que les autorités envoient, c’est que peu importe ton degré de célébrité, tu peux être arrêté si tu violes la loi sur la sécurité. C’est cela, le message… »

– Avec l’Agence France-Presse et le Globe and Mail

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