La route de la relance

L’or donne bonne mine à l’Abitibi

Le Québec tout entier est engagé vers la reprise économique et chacune de ses régions, chacun de ses secteurs industriels le vivent de différentes façons. Notre chroniqueur est parti sur la route pour témoigner de la vitalité de nos régions et des difficultés avec lesquelles elles doivent composer.

Val-d’Or — Difficile de ne pas être frappé par l’omniprésence de l’activité minière lorsque la route s’engage dans la Vallée-de-l’Or, à l’entrée de l’Abitibi. Outre la presque dizaine de mines d’or en exploitation dans la région, le nombre d’entreprises qui se nourrissent de la récolte du métal précieux semble sans fin. Les ateliers de fabrication de pièces complexes succèdent aux usines de moteurs, de pompes ou de filtres divers et aux ateliers de maintenance d’équipements lourds.

Le confinement obligatoire a été de courte durée dans le secteur minier. Après trois semaines de fermeture forcée décrétée le 24 mars, les mines ont pu redémarrer rapidement leurs activités, mais de façon progressive et respectueuse des nouvelles normes d’hygiène et de distanciation physique en Abitibi.

« On a 580 travailleurs qui assurent l’exploitation de la mine, sept jours sur sept, 24 heures sur 24. On a gardé une vingtaine d’employés sur le site pour assurer la maintenance durant le confinement, mais dès qu’on a eu le feu vert de la Santé publique, on a rappelé notre monde après avoir instauré des protocoles très stricts », m’explique Jocelyn Gélinas, directeur général de la mine Goldex, à Val-d’Or.

Claude Jutras, responsable de la santé et de la sécurité de Goldex, m’a fait vivre la routine à laquelle chaque travailleur doit maintenant se plier quand il se présente à l’entrée de la mine.

Les employés qui avaient l’habitude de prendre un café tout en s’entassant à la porte des ascenseurs qui allaient les conduire à un kilomètre sous terre doivent maintenant se présenter individuellement à la guérite selon un horaire prédéterminé.

Ils doivent répondre à un questionnaire, subir une lecture par scanneur de leur température corporelle, pratiquer plusieurs fois le rituel du savonnage des mains avant de se présenter en groupes très restreints aux portes des monte-charges qui les transporteront aux entrailles de la mine.

Les mêmes mesures sont observées sur tous les sites miniers de l’Abitibi où plus de 4000 travailleurs spécialisés sont actifs.

À la mine Éléonore, plus au nord, en plein territoire cri de la nation de Wemindji, la fermeture subite a été plus compliquée parce que le complexe minier est isolé du monde extérieur.

« Nous, on a pris la décision de fermer le site cinq jours avant que le gouvernement en donne l’ordre. On voulait d’abord protéger la communauté crie, moins bien équipée sur le plan médical pour répondre à une contagion importante. Il nous a fallu une semaine pour évacuer tous nos effectifs et ne conserver qu’une quarantaine d’employés pour assurer la maintenance du site », raconte Marc Lauzier, directeur général de la mine d’or Éléonore.

Cette mine, qui a été rachetée l’an dernier par la société Newmont, emploie 1200 personnes qui travaillent en alternance deux semaines sur quatre et qui vivent en permanence sur place. Elles sont transportées en avion de Chibougamau, de Val-d’Or et de Montréal.

« On a fermé une semaine plus tôt et on a rouvert deux semaines après les autres au début du mois de mai parce qu’on voulait avoir un plan de mesures sanitaires qui allaient pleinement satisfaire nos partenaires cris. »

— Marc Lauzier, directeur général de la mine d’or Éléonore

Si la production à la mine Goldex a repris à un bon rythme, ce n’est pas encore le cas à la mine Éléonore, où on ne prévoit pas de revenir à la cadence de production prépandémie de 30 000 onces d’or par mois avant septembre ou octobre.

Une région dynamisée par l’or

Les sociétés productrices d’or ont fait une croix sur les revenus perdus en raison de l’arrêt forcé de leur production à cause de la pandémie, mais elles profitent en retour d’un meilleur prix pour chaque once qu’elles produisent.

Avant que n’éclate la pandémie, l’once d’or se négociait sous le seuil de 1500 $ US. La fonction refuge du métal jaune pousse les prix à des niveaux toujours plus élevés alors qu’on approche de la marque des 1800 $ US l’once.

« Cette hausse des prix de l’or amène les acteurs de l’industrie à réinvestir dans l’exploration auprès des sociétés juniors. Cela va permettre de compenser l’arrêt en mars dernier des travaux d’exploration dans le nord du Québec. Beaucoup de forages ont été annulés », constate Valérie Fillion, directrice générale de l’Association de l’exploration minière du Québec.

Mme Fillion s’inquiète toutefois de l’inflation entourant les coûts des projets d’exploration, qui ont doublé en raison des nouvelles normes de santé publique.

Hélène Paradis, directrice générale de la Chambre de commerce de Val-d’Or, observe pour sa part que la pause forcée de mars et d’avril a fait plus de torts aux sous-traitants des sociétés minières de la région.

« On a beaucoup d’entreprises de la région qui sont nées et qui ont grandi parce que les minières leur ont fait confiance, et ce, dans tous les secteurs, mais beaucoup ont perdu des contrats qui ne reviendront pas », souligne-t-elle.

Stephen Authier est l’un de ceux-là. Son entreprise, ASDR, qui a des installations à Val-d’Or, à Rouyn-Noranda et à Malartic, est spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de traitement des eaux, la fabrication d’équipements lourds et en services d’ingénierie.

« On a dû tout arrêter en mars et plusieurs des projets sur lesquels on travaillait ont été abandonnés par nos clients. On estime que la pandémie va nous avoir coûté 12 millions en revenus perdus. On a eu recours à la subvention salariale, mais on a dû mettre à pied beaucoup de nos 300 employés », déplore M. Authier.

Mais la crise aura eu le mérite, selon lui, de mettre en relief certaines erreurs stratégiques que son groupe a pu commettre. « On apprend d’une crise, on se rend compte qu’on a mis de l’énergie dans des activités qui n’en valaient pas tant la peine. Ça a au moins ça de bon », philosophe l’entrepreneur.

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