Rainbow Billy – The Curse of the Leviathan

Jouer à grands coups d’amour

Oubliez les jeux vidéo où on personnifie « un homme blanc qui tue tout le monde autour », prévient Christopher Chancey, cofondateur et PDG du studio montréalais indépendant ManaVoid. Vous n’aurez probablement jamais sous la main un jeu aussi pacifique et souriant que Rainbow Billy – The Curse of the Leviathan, offert pour toutes les plateformes depuis la semaine dernière et qui met en scène un petit personnage timide et non binaire.

La réception, en ce temps de pandémie, montre qu’il y a de la demande pour un jeu vidéo axé sur l’empathie et l’humanisme, estime M. Chancey. « On voulait que les gens aient un sourire en jouant, je pense que le pari a été remporté. […] On a eu des streamers qui ont pleuré en y jouant. On a réussi quelque part à viser juste. »

« Punk de l’espoir »

Rainbow Billy a beau être un petit jeu indépendant, le studio ManaVoid a vu grand avec ce projet démarré en 2018, amassant 88 000 $ sur Kickstarter. Une bourse de 50 000 $ et le mentorat d’Ubisoft en 2019, et surtout un financement de 1,25 million de dollars du Fonds des médias du Canada (FMC), ont permis de créer ce monde où on côtoie 60 créatures dont il faut se faire des amis, sur 85 îles à explorer dans 4 univers différents.

L’objectif, à travers puzzles, pièces à récolter et mini-jeux, est de redonner de la couleur à un monde rendu gris par le Léviathan, devenu ici la représentation d’un « vieux schnoque qui n’a pas évolué », résume le PDG.

« Au lieu de battre des monstres, notre héros doit les comprendre et s’en faire des alliés, et nos armes sont l’écoute et le dialogue », explique la fiche de présentation du jeu. Fait rigolo, Rainbow Billy est édité par Skybound Games, à qui l’on doit notamment le dernier jeu The Walking Dead en 2018.

Rien à voir avec Rainbow Billy, qui s’inscrit dans ce que les anglophones appellent le hopepunk, ou « punk de l’espoir », explique Christopher Chancey. « On est tellement rendu dans un monde clivé que c’est rendu être punk que d’être gentil avec les gens », lance-t-il en riant.

Rainbow Billy est d’abord un enfant muni d’une canne à pêche parlante, un personnage pour lequel on n’a pas estimé nécessaire de définir un sexe. « À cet âge, le concept d’identité de genre n’est pas toujours très clair pour les enfants, et le jeu vidéo est un des premiers vecteurs qui va déterminer s’ils vont choisir un avatar masculin ou féminin. »

Éditeur québécois

L’équipe du studio a tenu à consulter les communautés LGBTQ+ « pour s’assurer qu’on disait bien les choses », tout en proposant un jeu qui plairait à tous, de 7 à 77 ans. Notre essai nous a confirmé que derrière les jolis dessins et les dialogues paisibles se cachaient des défis assez corsés et une narration pas du tout bébête. « N’importe qui peut tirer du plaisir de ce jeu, quiconque aime les jeux indépendants », assure M. Chancey.

Les affaires semblent bonnes pour le studio fondé en 2014, qui a lancé en 2016 le jeu Epic Manager, qui a eu un bon accueil, et qui compte une trentaine d’artisans. Trois autres projets sont déjà en chantier, ce qui est étonnant pour un studio indépendant. À titre de vice-président de la Guilde du jeu vidéo du Québec, une coopérative qui regroupe quelque 260 petits et grands studios, Christopher Chancey caresse un autre rêve : mettre sur pied un éditeur québécois qui s’occuperait de la mise en marché et du marketing des jeux d’ici. « Une chose que les indépendants ne peuvent faire, c’est de tout savoir. Mais si on rassemble tout le monde, on en sait, des affaires ! »

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