Station spatiale internationale

L’Occident est-il prêt à un retrait de la Russie ?

La Russie souffle le chaud et le froid dans l’espace. Mardi dernier, le nouveau grand patron de Roscosmos a annoncé lors d’un entretien télévisé avec Vladimir Poutine la fin de sa collaboration à la Station spatiale internationale (SSI) « après 2024 ». Mais un autre haut dirigeant a indiqué le même jour, dans un magazine russe, que le pays resterait partenaire de la SSI jusqu’au début de la construction de la future station orbitale russe, prévu en 2028. L’Occident peut-il exploiter seul la SSI ?

Module-clé

La principale contribution de la Russie à la Station spatiale internationale est la propulsion assurée par le module Zvezda, l’un des sept modules russes. « Il faut absolument que Zvezda fonctionne pour que la SSI puisse continuer à être en service », explique Kuan-Wei Chen, spécialiste du droit spatial de l’Université McGill. « Normalement, il faut donner un préavis d’un an pour se retirer de la SSI, et la NASA a indiqué cette semaine n’avoir entendu parler de rien. Ce n’est pas la première fois que la Russie fait ce genre de menace. » Faudrait-il que les autres partenaires de la SSI rachètent les modules russes ? « Probablement, dit M. Chen. On ne pourrait pas remplacer Zvezda par un autre module de propulsion parce que tous les modules sont interconnectés. Je sais qu’on a commencé à réfléchir à la manière d’opérer Zvezda avec la technologie occidentale. » L’Agence spatiale canadienne a indiqué ne pas avoir eu de nouvelles informations quant aux intentions russes.

La station russe

Le module Zvezda ainsi que le premier module russe, Zarya, sont de plus en plus difficiles à réparer parce qu’ils ont dépassé de 10 ans leur durée de vie utile de 15 ans, a indiqué dans un magazine interne de Roscosmos, l’agence spatiale russe, le responsable du segment russe de la SSI, Vladimir Solovyov. La construction d’une Station de service orbitale russe (ROSS) permettrait donc de réduire les coûts d’exploitation, a-t-il affirmé. Si le financement de la ROSS est approuvé cette année, un premier module habitable sera mis en orbite en 2028, puis deux laboratoires et une plateforme de réparation et de ravitaillement de satellites en 2030. Une nouvelle capsule pour transporter des cosmonautes et du matériel, Oriol (aigle), est aussi prévue. M. Solovyov a précisé qu’il fallait absolument que la Russie participe à la SSI jusqu’à ce que la ROSS soit habitable pour éviter de « perdre de l’expertise », faisant référence à l’abandon de la navette spatiale Buran à la fin des années 1980. La Russie dépense probablement plusieurs centaines de millions de dollars par année pour ses modules de la SSI, selon John Logsdon, politologue spécialiste de l’espace de l’Université Georgetown, à Washington. « On ne connaît pas le budget russe pour la SSI, mais pour les autres partenaires, c’est autour de 1,5 milliard US par année. »

Projets sino-russes

L’an dernier, la Chine et la Russie ont annoncé un projet commun de base lunaire pour la décennie 2030. Et la Russie a avancé qu’elle pourrait envoyer des cosmonautes à bord de la station spatiale chinoise Tiangong (palais céleste), en construction et habitée depuis l’an dernier. « Pour la Chine, le demi-siècle d’expérience russe est inestimable, explique M. Chen. Après tout, les Russes ont été les premiers à habiter des stations spatiales, dès les années 1970 avec le programme Saliout. Après 30 ans de collaboration mondiale dans l’espace, on revient à un monde bipolaire, comme durant la guerre froide. La Russie et la Chine veulent aussi collaborer pour la conception d’un système de géolocalisation satellite comme le GPS. » Pourrait-on voir un module russe sur Tiangong ? « Je crois qu’il y aurait un problème de compatibilité », estime M. Logsdon.

Les leçons de la SSI

La station spatiale chinoise a grandement bénéficié de l’expérience de la SSI, pense M. Logsdon. « Elle est beaucoup plus petite, donc moins coûteuse à construire et à entretenir. On s’est rendu compte qu’il ne sert à rien d’avoir trois laboratoires comme dans la SSI, parce que les astronautes n’ont pas assez de temps pour les utiliser à temps plein. Il y a aussi une limite à la demande de la communauté scientifique, qui ne peut pas consacrer tout son budget aux expériences à bord de la SSI. »

Les modules de la SSI

Bigelow : Module gonflable expérimental américain lancé en 2016

Bras canadien (non pressurisé) : Lancé en 2001

Columbus : Laboratoire européen lancé en 2008

Cupola : Observatoire euro-américain lancé en 2010

Destiny : Laboratoire américain lancé en 2001

Harmony : Module de service américain lancé en 2007

Kibo : Laboratoire japonais lancé en 2008

Leonardo : Rangement italo-américain lancé  en 2011

Nauka : Laboratoire russe lancé en 2021

Pirs : Sas russe lancé en 2001 et remplacé en 2021 par Nauka

Poisk : Sas russe lancé en 2009

Prichal : Sas russe lancé en 2021

Quest : Sas américain lancé en 2001

Rassvet : Sas russe lancé en 2010

Tranquility : Station d’épuration euro-américaine lancée en 2010

Unity : Connexion entre les sections russe et occidentale, lancée en 1998

Zarya : Module de service russe lancé en 1998

Zvezda : Module de logement et de propulsion russe lancé en 2000

Diamètre des Stations spatiales

108 m

Station spatiale internationale

31 m

Station russe Mir (1986-2001)

25 m

Station américaine Skylab (1973-1974)

20 m

Station chinoise Tiangong

Source : NASA

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