L’Inde sous pression

Les attentes étaient grandes pour la COP26, qui s’est récemment terminée, et elles ont été déçues. L’ambition attendue des dirigeants du monde dans la lutte contre les changements climatiques a été réduite au dernier moment sous la pression de la Chine et de l’Inde, deux des trois plus importants pollueurs de la planète.

Les représentants des pays réunis à Glasgow ont accepté de signer des engagements prévoyant la réduction de l’utilisation du charbon plutôt que l’élimination de cette source d’énergie très polluante, comme l’énonçait le texte original.

C’était assez pour que certains médias traitent les deux pays de « fossoyeurs » de la COP26. C’est plutôt injuste, particulièrement pour l’Inde, qui fait beaucoup d’efforts pour se sortir d’une situation que personne n’envie.

Ce pays de 1,3 milliard d’habitants a réussi en 20 ans un phénoménal bond en avant. Son économie s’est hissée dans le peloton de tête mondial et il a développé une expertise enviable dans des secteurs de pointe comme l’informatique et l’industrie pharmaceutique. C’est tout un exploit étant donné que le pays est une démocratie, contrairement à la Chine dont le régime a la capacité de forcer et d’accélérer le changement.

Des centaines de millions d’Indiens ont pu sortir de la pauvreté et aspirer à une vie meilleure. Cette progression n’a pas pu se réaliser sans une augmentation phénoménale de la consommation d’énergie, et l’Inde est aujourd’hui un des trois principaux pollueurs au monde.

Le pays a progressé conformément aux règles du jeu capitaliste, comme les pays qui lui reprochent aujourd’hui son manque d’ambition en matière de lutte contre les changements climatiques. L’Inde a prospéré en exploitant les ressources disponibles au meilleur coût possible, comme tant d’autres pays l’avaient fait avant.

Le pays est aujourd’hui accro au charbon, qui comble 70 % de ses besoins en électricité. Ce n’est pas pour rien. Le charbon est la source d’énergie la moins chère de toutes, on en retrouve en quantité sur le territoire indien et il fournit de l’emploi à des millions de personnes.

Les besoins en énergie du pays, déjà énormes, sont en forte augmentation. D’ici 20 ans, l’Inde devra augmenter sa capacité de production d’énergie de l’équivalent de ce que consomment aujourd’hui tous les pays de l’Union européenne, prévoit l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans un rapport récent sur les défis énergétiques du pays. Ces défis sont colossaux, et le pays n’a pas les moyens de les relever tout seul, selon l’AIE 1.

Deux poids, deux mesures

Pour l’Inde, l’urgence d’agir en matière climatique se heurte au mur de la réalité. Des centaines de millions de personnes n’ont pas encore accès à l’électricité. Un nombre plus grand encore brûlent du bois ou des bouses de vaches pour cuire les aliments. La nouvelle classe moyenne aspire au confort de la vie moderne, dont les frigos, les climatiseurs et les voitures font partie.

Dans la sixième économie mondiale en importance, les émissions de gaz à effet de serre par habitant restent très inférieures à celles des pays industrialisés et se comparent à celles de pays comme le Salvador. C’est parce que des millions d’Indiens n’ont pas encore des conditions de vie décente, comme l’ont fait valoir les dirigeants indiens à Glasgow.

Les Indiens connaissent très bien l’impact négatif de la combustion du charbon sur l’environnement. À la fin de la COP26, New Delhi annonçait la fermeture de ses écoles pour empêcher les enfants de sortir et de respirer l’air vicié de la ville. Ces épisodes de pollution intense se produisent régulièrement, et des millions de personnes en meurent chaque année.

Des progrès considérables ont déjà été accomplis en Inde pour limiter l’impact des énergies fossiles et développer encore plus d’énergie renouvelable, notamment l’énergie solaire. À la COP26, le premier ministre Narendra Modi s’est engagé à ce que son pays atteigne la carboneutralité en 2070. C’est 10 ans plus tard que la Chine et 20 ans après les autres pays industrialisés.

Trop peu, trop tard, ont dit beaucoup d’observateurs, qui estiment que l’Inde a choisi la croissance économique plutôt que l’avenir de la planète. Bien des pays font la même chose sans avoir d’aussi bonnes justifications de manquer d’ambition.

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