Les couleurs (et le gris) de l’automne télé

Voilà déjà un mois que la saison d’automne rougeoie dans nos téléviseurs. Plusieurs téléséries déploient leurs jolies couleurs mordorées. D’autres se vautrent dans les divers tons de gris souris. Tour d’horizon de l’éclatant au plus terne des émissions qui teintent le petit écran d’ici.

C’est peut-être l’hiver rude dans Après, mais cette minisérie de Radio-Canada porte un message de résilience et de courage très puissant. Dans la peau de la gérante de l’épicerie, Karine Vanasse se dirige vers une sélection aux prix Gémeaux de 2022. Elle transmet avec justesse l’âpreté de cette mère écorchée ainsi que sa vulnérabilité. On la sent constamment en déséquilibre sur un point de bascule, à une poussée de flancher.

L’auteur d’Après, François Pagé, homme mystérieux qui n’accorde aucune entrevue, y mélange le drame, la solidarité et le mystère dans des épisodes qui ne nous assomment pas les mercredis soir. Le dosage est parfait.

Tout le contraire de Chaos à TVA. Seigneur que c’est lourd, longtemps. Combien de fois reverrons-nous l’explosion des bombes dans le Santorini ? Ça va, on a compris qu’une déflagration de ce type cause des ravages. Le téléspectateur ne respire pas dans Chaos, étranglé par l’enfilade de moments crève-cœur qui s’empilent en 42 minutes, sans répit.

Le téléspectateur voit Mélissa Bédard agoniser sur un lit d’hôpital, de même que son mari détruit. Il voit Pascale Bussières se saouler à la vodka pure et partir en vrille. Il voit la jeune Lysandre Ménard en détresse psychologique. Il voit Christian Bégin en colère contre l’univers. Il voit des parents endeuillés, des victimes traumatisées, des ados charcutés sur le plancher. Assez, c’est assez. C’est pesant comme du Bernard Émond, mais en accéléré et sans personnage qui mange de la soupe au ralenti.

Dans l’univers hyper dramatique de Chaos, l’enquêteur principal (Pierre Lebeau) aux méthodes burlesques détonne royalement. Il joue comme dans Les boys. Et ne me repartez pas sur les noms nonos qui ponctuent les dialogues de Chaos comme Doc Chill, Scienthez et notre bon INVO.

INVO, seigneur (oui, c’est ovni à l’envers). Si ce dernier avait été un rappeur à la Loud, déjà, Chaos aurait été plus crédible. C’est plutôt un Daniel Bélanger des pauvres qui porte des colliers extravagants et des vêtements moulants. Au suivant.

Luc Dionne a évité le piège du larmoyant dans la dernière semaine de District 31 à Radio-Canada, elle aussi fort chargée en émotions. Cet électrochoc nécessaire a secoué les 1,7 million d’accros, qui ont dit adieu à la lieutenante Gabrielle Simard (Geneviève Brouillette) jeudi soir. Oui, adieu. Même si les portes du 31 lui resteront toujours ouvertes, dixit ses patrons, Gabrielle ne remettra plus les pieds dans le populaire feuilleton.

C’est terminé pour l’actrice dans District 31, me disent des sources bien informées. Et qui occupera son bureau à deux portes ? Une autre femme, qui débarquera dans l’épisode du lundi 18 octobre.

On le voyait bien que le scénariste Luc Dionne préparait la sortie de Gabrielle depuis le début de septembre. Tu nuis plus que tu aides, lui a lancé Daniel Chiasson (Gildor Roy). Florence Guindon (Catherine Proulx-Lemay) a ouvertement défié son autorité. Et Gabrielle reprochait sans cesse à ses troupes de se sacrer du meurtre de son mari, Francis (Frédérick De Grandpré). Bref, il était temps que ça se finisse pour tout le monde, y compris pour nous, les gens à la maison.

Festival des malaises à Si on s'aimait

Du côté de Si on s’aimait à TVA, Éric-Guy est la tête d’affiche du Festival des malaises depuis plusieurs épisodes déjà. Comme dirait un participant de L’île de l’amour, c’est « cringe » pas à peu près. Je le regarde parler de sa mère qui l’habillait en fille (quoi ?) ou de son vieux toutou Jellybean (beurk !) et je grimace en serrant des coussins IKEA. Arrêtez ce supplice du bavardage inutile, ça presse.

Devant une Isabelle éteinte, limite catatonique, servez-lui une tisane de kratom quelqu’un, Éric-Guy s’étend sur ses pieds qu’il n’aime pas, sur l’avocat – fruit ou légume ? – dans sa salade, sur les pieds de femmes avec manucure (sic), sur son bassin fluide, sur sa moto, sur la coupe de cheveux qui masculinise sa compagne, sur un paquet de trucs insipides pour meubler le silence.

Devant lui, Isabelle ne l’aide aucunement. Elle refuse toutes les activités qu’il propose : le go-kart, le camping, la moto, les jeux d’énigme.

On jurerait qu’Isabelle, 47 ans, est allergique au fun. Moins Isabelle discute, plus Éric-Guy, 48 ans, compense. Le fardeau d’alimenter les conversations ne repose que sur lui.

De son côté, le laconique Tim, un émotif lent, se prépare au mois de novembre lugubre qui se pointe : il est gris et terne, selon sa partenaire Marie-Denise, celle qui n’en a rien à cirer des DVD. Ça ne sent pas la complicité autour d’un latté épicé à la citrouille, ici.

Maintenant, le choc saisonnier. Des taupes me glissent que la relation entre Dominic, 33 ans, et Audrey, 28 ans, pourtant quasi hollywoodienne jusqu’à présent, prendra bientôt une solide débarque. Est-ce l’affiche d’Audrey « Tu es mon âne sœur » qui cassera Dominic ? Ou le fait qu’Audrey pèse son brocoli avant de le manger ? Peut-être est-ce la faute d’Ahuntsic, ce quartier du malheur dans Si on s’aimait ?

Il faudra donc miser sur Vicky, 50 ans, et François, 57 ans, danseurs de salsa émérites et adeptes de surf intérieur. Ils sont nos seuls espoirs de voir un couple se former.

L’amour existe encore, chante Céline Dion depuis 30 ans. Prouvez-le-nous, dieux des dualités.

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