Éditorial

Voir la vie en (presque) rose

Même les plus cyniques conviendront que l’annonce du REM de l’Est est une bonne nouvelle.

Ce nouvel ajout à notre système de transports collectifs viendra atténuer la congestion et ses effets et, vraisemblablement, encourager les investisseurs à s’implanter dans l’un des rares endroits de l’île de Montréal où il y a encore des terrains disponibles.

Il est donc permis de s’en féliciter. Mais il est aussi fort utile de contempler le chemin parcouru et de tenter de cerner les conditions gagnantes qui nous ont permis de faire des pas de géant au cours des dernières années dans le dossier des transporst collectifs.

Rappel : quand Valérie Plante a lancé son idée de ligne rose, il y a quatre ans, beaucoup ont levé les yeux au ciel.

Denis Coderre, qui est était alors maire de Montréal, avait dénigré le projet avec condescendance. « On sait que ça ne fonctionnera pas. Pourquoi entretenir des faux espoirs, avait-il lancé. Le festival Juste pour rire est terminé ! »

À sa décharge, il faut dire qu’à l’époque, il y avait de quoi être cynique. Pensons-y : LE projet structurant incontournable – le prolongement de la ligne bleue vers l’est de Montréal – faisait du surplace depuis 1988. On parle ici d’une trentaine d’années !

Mais cet immobilisme est maintenant chose du passé.

On ajoutera bientôt cinq stations à la ligne bleue.

Le premier tracé du REM est en train de se concrétiser.

Et voici que Québec et Montréal annoncent, main dans la main avec la Caisse de dépôt, une suite à ce projet ambitieux – dont la première mouture avait été qualifiée en 2016 de « l’équivalent de la Baie-James à Montréal ».

Le déblocage est saisissant. Et l’approche globale dont on a tant rêvé est désormais réalité.

On est enfin passé de la parole aux actes.

On ne parle plus des transports collectifs comme d’une dépense, mais comme d’un investissement.

Comme dans les autres grandes métropoles du monde qui ont des infrastructures dignes de ce nom en la matière, d’ailleurs.

Rendons à César ce qui appartient à César : l’annonce de cette semaine est le résultat du pragmatisme des dirigeants de la CAQ et de celui de Projet Montréal, deux formations politiques qui ne sont pourtant pas issues de la même mouvance politique, mais qui avaient toutes les deux un plan pour la mobilité à Montréal.

Elles ont su collaborer pour arrimer leurs visions respectives.

D’un côté : Valérie Plante et sa ligne rose – car soyons honnêtes, la portion nord du deuxième tracé du REM y ressemble à s’y méprendre.

La mairesse soutient aujourd’hui avec un enthousiasme inconditionnel un projet qui n’est pas un métro, mais qui répond à ses objectifs. Notamment : desservir des secteurs laissés pour compte et, par le fait même, désengorger la ligne orange.

De l’autre côté : François Legault et sa vision du développement économique de l’est de la ville (énoncée dans son livre sur « le projet Saint-Laurent »), mais aussi Chantal Rouleau, ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole.

Elle avait dans ses cartons, lorsqu’elle a adhéré à la CAQ, un plan similaire en matière de transports. L’ambitieux « plan de décongestion » de la CAQ, présenté en 2018, en était en partie le reflet.

Est-il invraisemblable de penser qu’on verra naître ici l’équivalent de la Silicon Valley grâce à ce projet ? On ne rivalisera pas avec la Californie, évidemment. Mais on peut s’en inspirer. C’est tout un pari, mais il en vaut la peine.

Montréal avait le vent en poupe avant la pandémie. Pas seulement au Canada, mais bien en Amérique du Nord.

Les développements en matière d’intelligence artificielle se poursuivent et ont dopé le pouvoir d’attraction de la métropole. C’est maintenant au tour d’entreprises du secteur manufacturier d’être tentées de venir s’implanter ici.

Pourquoi ne pas essayer de les orienter vers l’est de la ville ?

Notons en terminant qu’il y a malgré tout des périls potentiels liés à ce projet.

Le plus important concerne l’intégration du REM dans le milieu urbain. Comment y parvenir de la façon la plus harmonieuse possible ? Ça ne va pas être évident.

Ce qui est bon signe, c’est que tout le monde semble se rendre compte de l’ampleur du défi en la matière. La mairesse Plante a travaillé fort dans les coins de patinoire pour qu’on s’engage à construire une « œuvre architecturale », tout particulièrement au centre-ville. « C’était sa condition numéro un », nous a-t-on dit à Québec.

Il faudra veiller au grain. Sur la question du développement immobilier et de « l’embourgeoisement » aussi, d’ailleurs.

N’empêche, avec tout ce qu’on sait jusqu’ici sur ce projet, il est permis de le qualifier à la fois de riche idée et de beau risque.

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