Cette fois, c’est la bonne !

Alléluia ! La bibliothèque Saint-Sulpice a enfin une nouvelle vocation. Après des années de tergiversations et d’idées tuées dans l’œuf, ce lieu patrimonial accueillera la Maison de la chanson et de la musique du Québec à compter de 2026.

L’annonce a été faite en grande pompe jeudi en présence du premier ministre François Legault, de la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et de la présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Marie Grégoire.

Mais celle à qui on doit ce coup fumant est sans contredit Monique Giroux qui, avec l’OSBL qu’elle a créé, Écho Sonore (nom emprunté à la chanson Les gens de mon pays), a porté à bout de bras ce projet qui cadre parfaitement avec ce lieu patrimonial. Il est un peu la cerise sur le gâteau du Quartier des spectacles, le coup de pinceau final au tableau du Quartier latin.

La persévérance de cette femme, avec l’indéfectible appui de Luc Plamondon et de dizaines d’artistes, a fait qu’elle s’est rendue au sommet de l’Everest. Avant la conférence de presse, sa blonde lui a demandé si elle réalisait ce qui se passait. « Là, je réalise », a dit Monique Giroux après la performance de Catherine Major, France D’Amour et Ilam.

C’est en présence d’un trio de monuments formé de Gilles Vigneault, Louise Forestier et Claude Dubois qu’on a dévoilé l’ADN de cette Maison dont le coût est évalué à 50 millions de dollars. Québec offrira la part du lion, alors que la Ville de Montréal et les profits de la vente d’un terrain appartenant à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), dont Hydro-Québec souhaite se porter acquéreur, combleront le reste.

En plus de cette somme, le gouvernement injectera annuellement 7 millions de dollars pour assurer le fonctionnement de ce lieu qu’on espère grouillant. Car en plus d’être un centre d’archives manuscrites et sonores, il servira de lieu d’exposition, de conférences et de laboratoire. Une salle multifonctionnelle accueillera des spectacles de la relève ou des artistes qui voudront « tester » du matériel.

François Legault, venu à la conférence en compagnie de sa conjointe, Isabelle Brais (cette dernière a visiblement des affinités avec la culture), avait l’air franchement heureux de dévoiler les grandes lignes de ce projet. Il a rappelé qu’il y a quatre ans, il avait demandé à Nathalie Roy de développer des concepts qui auraient comme visée de rehausser la fierté d’être Québécois.

On comprend de cela que la création de la Maison de la chanson et de la musique du Québec est dans la droite ligne de celle des Espaces bleus, qui ont aussi comme mandat d’inclure la rénovation et la préservation de bâtiments patrimoniaux.

Cette initiative est à mon avis la meilleure que ce gouvernement ait adoptée sur le plan culturel et patrimonial. On devrait en faire une règle absolue.

BAnQ, qui demeure propriétaire du bâtiment, s’engage à mettre la table avec un projet appelé La trame sonore du Québec. Les citoyens seront bientôt appelés à choisir les 50 plus grandes chansons québécoises de tous les temps. On réalisera à partir de cette liste 50 capsules qui seront webdiffusées.

Cinquante chansons qui résumeront notre patrimoine musical… Voilà un exercice fascinant et périlleux.

***

La bibliothèque Saint-Sulpice est inanimée depuis 2005. Au fil des ans, on a assisté à une véritable saga. Souvenez-vous, en 2015, La Presse avait révélé que le gouvernement libéral de Philippe Couillard avait tenté de la vendre au secteur privé. La chose avait suscité un tollé. Avec raison.

Puis, il y a eu ce concept de laboratoire techno qui aurait été réalisé en collaboration avec BAnQ. Une fois arrivé au pouvoir, le gouvernement Legault a toutefois écarté cette idée.

Pendant un certain temps, on a pensé utiliser ce bâtiment, classé immeuble patrimonial depuis 1988, pour y accueillir les œuvres de la Fondation Riopelle. Mais l’endroit, trop lumineux à cause de la présence de vitraux, s’est avéré un mauvais choix.

En mars 2021, le Parti québécois a proposé d’y créer un Musée de l’histoire du Québec. Quant à Québec solidaire, il a imaginé un « repaire » de la littérature québécoise.

Au même moment, dans une chronique sur cette « Maison de la chanson » dont rêve Monique Giroux depuis une vingtaine d’années, j’écrivais que la bibliothèque Saint-Sulpice serait un formidable « écrin » pour ce projet.

Faut croire que les dieux de la musique étaient à l’écoute.

***

Cette annonce survient au moment où la chanson québécoise traverse une nouvelle tempête, celle-ci liée au rouleau compresseur qu’est l’industrie du numérique. Des données publiées mercredi par l’Observatoire de la culture et des communications donnaient froid dans le dos.

Moins de 10 % de la musique écoutée au Québec sur les grandes plateformes est d’origine québécoise.

En d’autres mots, le matériel des artistes québécois est complètement noyé dans les mers agitées sur lesquelles voguent les paquebots géants que sont Spotify ou Apple Music.

Ce constat, Ève Paré, présidente de l’ADISQ, m’en a fait part il y a quelques semaines à son retour d’Ottawa, où elle était allée sonner l’alarme lors des audiences entourant le projet de loi C-11. Ce projet très important a pour but de rafraîchir la loi désuète qui encadre la radiodiffusion de nos chansons.

Il est vraiment temps que l’on intervienne et que l’on trouve des moyens de revaloriser ce mode d’expression qui passe par nos tripes et notre langue. Il y a une profonde réflexion à avoir. Où sont les Plamondon enflammés qui oseront faire un coup d’éclat ? Me semble que nous sommes mûrs pour une autre bataille.

Et si la future Maison de la chanson et de la musique du Québec annonçait ses couleurs et brassait la cage en organisant au cours des prochains mois des états généraux sur l’avenir de notre musique et de notre chanson ?

Allez, Monique Giroux ! Comme l’a dit Louise Forestier lors de la conférence de presse : « T’es capable ! »

Lisez la chronique « Un toit pour notre chanson »

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.