À la fois modèle et mentore

Augmenter la présence féminine dans les compétitions locales de vélo de montagne comme au sein des groupes d’entraîneurs. Telle est une des missions de Rébecca Beaumont, qui a passé 10 ans sur le circuit de la Coupe du monde avant de prendre sa retraite en 2019. Entrevue.

Au début du mois de janvier, Rébecca Beaumont a accompagné l’Équipe du Québec de vélo de montagne dans un camp d’entraînement en Espagne en tant que directrice bien-être. Un titre plus officieux qu’officiel, prévient-elle, mais qu’elle s’est assurée d’honorer et qu’elle a adoré. Elle faisait, en quelque sorte, office de confidente pour les 16 athlètes.

« En gros, [les dirigeants] ont besoin de femmes maintenant dans le milieu après tout ce qui est arrivé récemment dans le monde sportif, explique-t-elle. […] Ils m’ont demandé de veiller à ce que tout le monde s’entende bien. En étant la seule fille du groupe d’entraîneurs, parfois, les jeunes viennent plus me parler un peu et se confient à moi. »

« Avoir une femme comme entraîneur, je pense que c’est vraiment plaisant pour eux. Je me souviens dans mes années, de temps en temps il y avait une femme qui nous accompagnait et roulait parfois avec nous. Ça devenait un peu un modèle pour moi. »

Beaumont souhaite aussi inciter plus de femmes à participer aux compétitions locales. En 2020 et 2021, quand elle a pris sa retraite internationale, elle a migré vers la descente et l’enduro, des disciplines auxquelles s’adonnent peu de femmes.

« Souvent, je m’inscrivais pour encourager les autres filles à s’inscrire. Pour montrer qu’il y a aussi des filles qui s’inscrivent, que c’est aussi pour les filles, ce sport-là. »

– Rébecca Beaumont

En 2022, l’Almatoise, qui habite désormais Orford, a repris goût au cross-country, sa discipline de prédilection. En constatant, encore une fois, le nombre trop peu élevé d’athlètes féminines, elle a décidé de continuer à participer à des compétitions locales.

« Quand je vois qu’il n’y en a pas beaucoup, j’essaie d’encourager le mouvement », dit-elle.

Se relever

En plus d’être un modèle, Rébecca Beaumont entend aussi être une mentore pour les jeunes. Celle qu’elle n’a jamais eue pour l’accompagner dans le monde du cyclisme à l’international, dans lequel « il y a beaucoup de politique ». L’ingénieure de profession envisage d’ailleurs d'avoir sa propre équipe au sein de l’Union cycliste internationale (UCI).

« Je pourrais organiser les compétitions, gérer les commandites parce que c’est vraiment ce qui me tirait du jus dans ma carrière. De devoir gérer Instagram, des contrats… »

Plusieurs autres expériences de son bagage font d’elle une mentore intéressante. La femme de 33 ans a connu une longue et belle carrière, qui fut néanmoins ponctuée de blessures. En 2011, elle a subi une commotion cérébrale qui l’a tenue à l’écart de son vélo et qui lui a fait perdre sa place dans l’équipe nationale. Elle en garde d’ailleurs toujours des séquelles. Mais elle est revenue par la suite pour connaître sa longue carrière sur le circuit de la Coupe du monde, ce qui demeure une de ses plus grandes fiertés.

« J’en parle souvent avec les jeunes parce qu’on sous-estime un peu ce que c’est, une commotion cérébrale. C’était à un point où je ne pouvais plus faire mon épicerie moi-même. Je suis contente d’être revenue, d’avoir recommencé à m’entraîner, d’avoir réussi à rembarquer sur le vélo. »

– Rébecca Beaumont

Beaumont a également dû composer avec une blessure à une épaule qu’elle a trop longtemps traînée. Au moment de prendre sa retraite, elle avait disloqué ses épaules « une cinquantaine de fois de chaque côté », note-t-elle. « C’était rendu au point où ça pouvait disloquer quand j’éternuais. »

Après une importante opération, elle a traversé une longue réadaptation avant de continuer le sport encore une fois, juste différemment.

Il demeure que la retraite n’a pas été facile. L’athlète a dû « redéfinir [son] identité ». En ce début de 2023, on la sent bien, à sa place. Elle n’est pas le moins du monde nostalgique.

« Je pense que je suis rendue ailleurs, maintenant. J’aime mieux agir en tant qu’entraîneuse ou en tant que mentore que comme athlète. Et vivre différents défis avec ces jeunes-là, essayer de leur prodiguer des conseils. »

Disons qu’elle est outillée pour le faire.

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