Pierre Gervais

« Je voulais dire les vraies affaires »

Contre toute attente, le Canadien de Montréal a atteint la finale de la Coupe Stanley en 2021. Mais malgré les apparences, Dominique Ducharme n’a pas été l’homme de la situation et il ne l’a jamais été, juge Pierre Gervais. Il ajoute que c’est avant tout grâce aux joueurs que les partisans ont pu renouer avec l’espoir pour la première fois en 28 ans.

Dans l’ouvrage Au cœur du vestiaire, Gervais revisite sans filtre les 35 années qu’il a passées à titre de gérant de l’équipement de la Sainte-Flanelle. Le beau et le moins beau. Forcément, il écorche au passage quelques membres de l’organisation, dont Ducharme, entraîneur-chef du club de 2021 à 2022.

Gervais soutient qu’il n’a pas couché ses histoires sur papier pour blesser ou critiquer gratuitement ses anciens collègues. Il le fait parce qu’il croit que les partisans méritent la vérité. « Je voulais dire les vraies affaires. Je ne voulais pas écrire un livre à l’eau de rose. Le monde a le droit de savoir. »

Paraphrasé par le journaliste Mathias Brunet, l’homme de 61 ans revient sur l’euphorie de l’été 2021, lorsque le Tricolore a surpris la planète hockey en atteignant la finale de la Coupe Stanley.

Un parcours qui, à l’interne, n’a pas servi la cause de Ducharme, apprend-on. Dès son entrée en poste, en remplacement de Claude Julien, le Québécois a déplu aux joueurs. D’ailleurs, Gervais raconte que tout le monde a été surpris par sa nomination. Le vestiaire croyait que c’est Luke Richardson qui allait être promu.

L’arrivée de Ducharme a jeté une douche froide. Non pas parce qu’il est une mauvaise personne, mais parce que ses qualités d’entraîneur-chef ne faisaient pas l’unanimité, raconte Gervais : « Dominique est un méchant bon gars, une bonne tête de hockey, je n’ai aucun doute là-dessus, mais ce n’est pas tout le monde qui est prêt à être entraîneur-chef. »

Dans le livre, Gervais dépeint Ducharme comme un entraîneur peu charismatique, désorganisé et distant. « Quand tu es entraîneur-chef, il faut que tu saches communiquer, il faut que tu t’intéresses aux gars, que tu sois passionné », soutient-il.

Or, juge-t-il, la présence et l’attitude de Ducharme derrière le banc du Canadien ont plombé l’ambiance générale et le désir des joueurs de se battre pour lui.

« J’imagine que tout le monde dans notre environnement voyait la même chose. On vit ensemble sept jours par semaine, donc tout le monde voyait ça, tout le monde vivait ça. Ça se voyait tellement facilement à la télé. On était flat tout le temps. »

Il croit que c’est lors dans la série contre les Golden Knights de Vegas que le Canadien a joué son meilleur hockey en 2021. Lorsque Richardson dirigeait l’équipe et que Ducharme avait dû s’absenter à cause de la COVID-19.

« Honnêtement, je lui souhaite sincèrement [de revenir dans la LNH] et j’espère que je n’aurai pas contribué à ce que ça n’arrive pas », précise néanmoins Gervais.

L’apport des vétérans

Si le Canadien a propulsé le Québec dans la fièvre des séries, c’est entièrement grâce aux vétérans, estime Gervais. Il nomme Shea Weber, Carey Price et Corey Perry comme étant les pièces maîtresses de cette histoire Cendrillon.

« On avait une gang de vétérans extrêmement solide, comme en 1986, qui se disait que c’était tout ou rien. »

Le Trifluvien a d’ailleurs insisté sur l’apport de Weber, un capitaine qu’il compare à Bob Gainey. Il a été l’un des meilleurs capitaines qu’il a côtoyés au fil du temps. Même si l’opinion populaire a parfois été en défaveur de Weber, surtout lors de sa dernière année avec l’équipe lorsqu’il était à l’écart du jeu, Gervais veut remettre les pendules à l’heure.

« Penser que Shea Weber s’en fout, ce n’est pas connaître le gars du tout ! C’est juger sans savoir. […] C’est frustrant d’entendre les gens chialer quand ils parlent à travers leur chapeau. »

Dans ses récits, Gervais revient sur des expériences et des anecdotes impliquant le grand défenseur qui ont transformé, croit-il, le vestiaire du Canadien pour le mieux.

Il avait une manière unique d’imposer le respect. Chaque leader mène différemment. Dans le cas de Weber, tout était dans l’attitude.

« Shea, sur la glace, il est à 110 % tout le temps, mais il est plus effacé, plus timide, mais dans le vestiaire, il était extrêmement respecté. Corey Perry était un peu plus expressif que lui. Perry ne laissait rien passer. Shea se mêlait un peu plus de ses affaires. Il n’avait pas besoin de parler aux gars très longtemps. Il avait juste à les regarder et c’était assez. »

L’édition 2021 était unique. Pour le meilleur et pour le pire. Comme celles de 1986 et de 1993. Gervais a vécu les trois. Il sait ce que ça prend pour gagner. « À la demande des fans », il explique aussi ce qui a fait couler le navire.

Lisez des extraits du livre

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