« Nous avons manqué le bateau », estime un virologue

Québec a laissé sur la table sept millions de tests rapides fournis par Ottawa

Québec a laissé sur la table environ sept millions de tests rapides du gouvernement fédéral pour détecter la COVID-19 durant l’année 2021.

D’octobre 2020 jusqu’au 31 décembre 2021, le fédéral a distribué aux provinces 125,4 millions de tests rapides pour dépister la COVID-191. Au prorata de sa population, le Québec aurait pu en recevoir 28,1 millions. Mais de mars à décembre 2021, la distribution des tests rapides se faisait en fonction des demandes des provinces (premier arrivé, premier servi). Or, le Québec n’a demandé aucun test au fédéral pendant cinq mois, d’avril à août 2021.

Résultat, le Québec a demandé et obtenu du fédéral 21,1 millions de tests rapides pour les années 2020 et 2021. La province a donc laissé environ 7 millions de tests sur la table par rapport au poids de sa population, selon les calculs de La Presse à partir des données du gouvernement du Canada.

À la décharge de Québec, il ne manquait pas de tests PCR (plus efficaces que les tests rapides) quand la province a cessé de commander des tests rapides au fédéral. Mais cette décision de commander moins de tests rapides à Ottawa pendant l’été et l’automne fait en sorte que Québec manque de tests rapides depuis l’arrivée du très contagieux variant Omicron, à la mi-décembre.

« Nous avons reconnu à maintes reprises que la Santé publique a pris plusieurs mois avant de se positionner sur la meilleure utilisation à faire des tests rapides, a indiqué par courriel le cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, Christian Dubé. Cela a été le cas au Québec, mais dans plusieurs autres juridictions, alors que la situation épidémiologique était bien moins communautaire à une certaine époque. Une fois les directives claires, elles ont été appliquées. Et les commandes ont été faites en conséquence au gouvernement fédéral. »

« Nous pouvons nous vanter d’avoir eu une campagne vaccinale extraordinaire au Québec, mais nous avons manqué le bateau avec les tests rapides, dit le virologue Benoit Barbeau, professeur à l’UQAM. Le Québec a été lent et les a demandés trop tard. C’est pour ça qu’on en manque actuellement. »

Il est maintenant très difficile de dénicher des tests supplémentaires à très court terme. « Il y a un problème d’approvisionnement mondial », dit M. Barbeau.

À titre d’exemple, sept millions de tests représentent des trousses de cinq tests pour 1,4 million de Québécois. Chaque Québécois de 14 ans et plus a droit chaque mois à une trousse gratuite de cinq tests distribuée en pharmacie, mais beaucoup de Québécois n’en ont toujours pas reçu en raison du nombre insuffisant de tests rapides.

Environ 10,5 millions de tests rapides ont donc été distribués au grand public dans les pharmacies du Québec depuis la mi-décembre (4,5 millions dans la semaine du 19 décembre, 3 millions plus tôt cette semaine, et 3 millions prévus ce week-end).

Depuis le début de la pandémie, Québec a aussi distribué environ 15 millions de tests rapides pour le système de la santé, certaines entreprises, les écoles et les garderies.

En janvier 2022, Ottawa distribuera 140 millions de tests rapides aux provinces, dont 31,5 millions au Québec.

Des provinces ont fait le plein

D’autres provinces, dont la Saskatchewan, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, ont fait des réserves beaucoup plus importantes de tests rapides avant l’arrivée d’Omicron en décembre 2021.

Comment est-ce possible pour une province d’avoir davantage ou moins de tests que le prorata de sa population ?

D’octobre 2020 à février 2021, Ottawa distribuait les tests rapides aux provinces au prorata de leur population. Mais les provinces demandaient graduellement moins de tests (il n’y avait pas d’enjeux de capacité de dépistage avec les tests PCR, et des provinces comme le Québec utilisaient peu les tests rapides). De mars 2021 au 31 décembre 2021, Ottawa décide donc de fonctionner selon les demandes des provinces, suivant le principe du premier arrivé, premier servi.

Par exemple, le Québec et la Colombie-Britannique ont décidé de ne pas faire venir de tests rapides pendant cinq mois.

De leur côté, d’autres provinces demandent et obtiennent beaucoup plus de tests que leur part de la population canadienne. La Saskatchewan, par exemple, ne manque pas de tests rapides aujourd’hui.

À l’opposé, la Colombie-Britannique a reçu seulement 2,3 millions de tests rapides du fédéral, soit 14,8 millions de moins que sa part de la population canadienne.

L’Ontario a reçu 12,6 millions de tests de moins que sa part de la population canadienne, mais la province a acheté par ses propres moyens environ 21 millions de tests en décembre. Ce qui n’empêche pas l’Ontario de manquer de tests rapides actuellement, rappelle le professeur Benoit Barbeau.

À partir de janvier 2022, comme la demande pour les tests rapides a explosé avec le variant Omicron, le fédéral est revenu à l’ancienne formule de distribution aux provinces au prorata de leur population.

Tous les tests rapides distribués jusqu’à maintenant par Québec ont été des tests fournis par le gouvernement fédéral. Québec a commandé 25 millions de tests rapides par ses propres moyens sur le marché privé, mais n’a reçu aucune livraison importante pour l’instant. Il a aussi commandé 70 millions de tests non approuvés pour l’instant par Santé Canada.

« Les livraisons du gouvernement fédéral ne suffisent pas à la demande de la population dans un contexte où l’accès aux PCR a été restreint à des catégories précises et que la contamination communautaire est importante, a indiqué le cabinet du ministre Dubé. Le Québec se doit d’avoir plus d’autonomie dans ses approvisionnements de tests rapides. Cela a été [aussi] notre façon de fonctionner lorsqu’il a fallu s’approvisionner de masques et d’équipements de protection. […] L’appui est sur l’accélérateur. »

1. D’octobre 2020 au 31 décembre 2021, Ottawa a distribué 125,4 millions de tests rapides aux provinces, plus environ 10 millions de tests rapides à différents organismes et communautés (ex. : entreprises, communautés autochtones, pénitenciers fédéraux), soit au total environ 135 millions de tests.

31,5 millions

Nombre de tests rapides devant être distribués par le gouvernement fédéral au gouvernement du Québec au cours du mois de janvier 2022. Habituellement, Québec utilise la moitié des tests pour le réseau de la santé (et les entreprises), et distribue l’autre moitié dans les écoles, les garderies ainsi que les pharmacies pour le grand public.

Une entreprise québécoise fournira 70 millions de tests

Québec s’allie à une entreprise québécoise pour rendre disponibles plus de 70 millions de tests rapides d’ici le mois de mai. Les premiers tests seront produits en Chine, puis « graduellement » au Québec dès février, à l’usine montréalaise du groupe MedSup Medical. Le ministère de la Santé et des Services sociaux dit s’attendre à « une première livraison de 10 millions de tests » dès la fin de janvier. MedSup Medical est spécialisé en fabrication et importation « d’instruments médicaux et d’équipements de protection individuelle (ÉPI) », lit-on sur son site web. Selon le contrat qui a été signé avec les autorités, MedSup Medical doit ensuite envoyer 20 millions de tests rapides au gouvernement en février, 20 millions en mars, 15 millions en avril et, enfin, 5 millions en mai, pour un total de 70 millions en cinq mois. L’entente entre Québec et l’entreprise devra être approuvée par Santé Canada dans les prochains jours avant de pouvoir aller de l’avant.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

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