Féminicides

Espoir ou poisson d’avril ?

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas en politique !

Dans mon texte « Le 8 mars, quossa donne ? », j’écrivais : « J’ai bien hâte de voir l’effet concret de cette “peur excessive” dans le prochain budget du Québec. Les maisons d’hébergement du Québec aussi ! » C’était en référence à des propos tenus par la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, après cinq féminicides en moins d’un mois au Québec. Cette situation la préoccupait grandement. « Le fait de voir les cas qui s’additionnent, ça me fait excessivement peur », avait-elle confié à La Presse.

Après lecture du budget du 25 mars, mon premier réflexe a été de me répondre : « Encore une fois, pas grand-chose ! » Les sommes allouées aux maisons d’hébergement et aux fonds d’urgence pour venir en aide aux victimes de violence conjugale sont décevantes. Puis arrive dimanche !

Geneviève Guilbault, vice-première ministre et ministre à la Sécurité publique, et sa collègue responsable de la Condition féminine Isabelle Charest, étaient invitées à l’émission Tout le monde en parle, pour discuter de la hausse inquiétante des féminicides au Québec.

Geneviève Guilbault confirme que le gouvernement créera un comité visant à coordonner une série d’actions pour enrayer les violences contre les femmes, dont la violence conjugale, les agressions sexuelles et les féminicides. Le premier ministre François Legault sur son fil Twitter confirme au même moment : « J’ai confié le mandat à ma collègue, la vice-première ministre [Geneviève Guilbault], de coordonner les actions de notre équipe contre la violence faite aux femmes. »

Certains voulaient un « secrétariat », le premier ministre met sur pied un « comité ». Je ne ferai pas un débat sémantique. Prenez le véhicule que vous voulez, je n’ai qu’une condition : qu’il se rende à destination. Fini le verbiage, nous voulons de l’action. Les hommes, les femmes et les enfants du Québec ont droit à des résultats concrets. On ne parle pas d’obligation de moyens ici, on parle d’obligation de résultats.

Huit femmes ont été tuées dans un contexte de violence conjugale depuis le début de l’année 2021 au Québec. C’est une hausse marquée et inacceptable des féminicides.

Le Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale dans son rapport Rebâtir la confiance, déposé le 15 décembre 2020, recommandait entre autres de « s’assurer que les ministères responsables d’engagements souscrits dans les différents plans d’action établissent ensemble un plan de financement » (recommandation 188) et « que le Secrétariat à la coordination et à l’intégration des actions en matière de violences sexuelles et conjugales » (appelons-le ici le comité Guilbault) « soit imputable au plus haut niveau de l’organisation gouvernementale » (recommandation 189).

Imputable au plus haut niveau ! Il n’y a pas plus haut que le premier ministre. Parlez-en à la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui disait lors d’une entrevue à Enquête : « Le pouvoir, c’est celui que le PM te donne. » Alors quand le premier ministre prend la responsabilité d’un dossier, on est en droit de s’attendre à des résultats. C’est ce qu’il a fait lors de son passage télévisé le 29 mars dernier à Le Fil de Noovo.

Il confirme sans équivoque à l’animatrice Noémi Mercier qu’il va prendre le dossier lui-même en main avec Geneviève Guilbault, qu’il va créer les places d’hébergement nécessaires et qu’il n’y aura aucun problème de financement. Pour une première diffusion, c’en était toute une. Bravo Noémi ! Et merci Monsieur le Premier Ministre !

Il n’y avait aucun « peut-être, si et j’espère » dans cette confirmation par le premier ministre. Les attentes sont maintenant très élevées. On n’oubliera pas !

Pendant ce temps, du côté fédéral, le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu a présenté au Sénat le 30 mars le projet de loi S-232, qui prévoit des changements au Code criminel, dont rendre le port de bracelet électronique de surveillance obligatoire par un accusé. Le juge pourrait également ordonner à l’accusé de suivre une thérapie en violence conjugale. Tout cela avant la tenue d’un procès.

Son projet de loi prévoit aussi la création d’une nouvelle ordonnance de protection, d’une durée de deux ans, « propre à la violence familiale ».

M. Boisvenu dit que sa démarche est inspirée par les féminicides à répétition des dernières semaines.

Le député Jacques Gourde, parrain du projet de loi à la Chambre des communes, est optimiste. Il croit que s’il n’y a pas d’élections déclenchées ce printemps, et si tous les parlementaires collaborent, S-232 pourrait être adopté par les deux Chambres et devenir loi avant le congé d’été, en juin. On verra bien.

Il faudrait aussi penser à mettre sur pied des tribunaux spécialisés en la matière. Nous n’avons plus droit à l’erreur, aux tergiversations, aux enflures verbales. Il y va de la vie de femmes et d’enfants.

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