En un mot

Oh, soleil, Soleil…

La langue française évolue à une vitesse folle. Chaque semaine, notre conseillère linguistique décortique les mots et les expressions qui font les manchettes ou qui nous donnent du fil à retordre.

On se demande souvent si l’on doit écrire les noms d’astres ou de planètes avec une majuscule initiale ou non. Écrit-on la Terre ou la terre, la Lune ou la lune ? Cela dépend en fait du contexte.

On écrira ainsi les mots soleil, terre et lune avec une majuscule s’ils désignent l’astre, la planète ou le satellite lui-même, notamment dans les textes scientifiques ou techniques. Autour du Soleil gravitent plusieurs planètes, dont la Terre. Une éclipse de Soleil. Neil Armstrong est le premier homme qui a marché sur la Lune.

On les écrira avec une minuscule lorsqu’ils sont employés dans la langue courante. Le lever du soleil, le soleil de minuit, un rayon de soleil. Un clair de lune, la pleine lune, promettre la lune. Avoir les pieds sur terre. En vouloir à la terre entière.

La même règle s’applique au mot univers. Étudier l’origine de l’Univers. Théories de l’Univers en expansion. Les lois de l’univers. Il existerait d’autres univers que le nôtre.

Par ailleurs, dans un texte, on emploiera l’expression être dans la lune pour dire d’une personne qu’elle est distraite, perdue dans ses pensées ou dans les nuages, de préférence au terme « lunatique ».

Au Québec, on les emploie couramment comme synonymes. Mais lunatique a aussi un sens qui n’est pas tellement flatteur. Il peut signifier que quelqu’un change souvent d’avis, est capricieux, d’humeur changeante. En anglais, lunatic est synonyme d’aliéné, de dément ou d’enragé, entre autres.

Un synonyme de lunatique, par ailleurs, est versatile. Une personne versatile change facilement d’opinion, est sujette à des volte-face subites. Mais cet adjectif est souvent employé dans son sens anglais, critiqué en français. On l’entend alors comme un compliment, parce qu’en anglais, il désigne notamment une personne aux compétences ou aux talents variés.

À l’écrit, on évitera cet emprunt à l’anglais. On écrira plutôt qu’une personne est polyvalente, qu’elle a de nombreux talents. Et on écrira qu’un appareil est multifonctionnel.

Courrier

Le verbe arguer

J’ai lu, dans un article de La Presse, « arguant que c’est la bonne chose à faire ». C’est un verbe que je ne connais pas, arguer. Est-ce un nouveau verbe ? Un calque de l’anglais (to argue) ?

Réponse

Le verbe arguer est en fait très ancien, en français. Au sens d’argumenter, il remonte au XIIIsiècle. Il vient du latin arguere, qui signifie « montrer, dévoiler, prouver », indique le dictionnaire de l’Académie française.

Selon la plupart des ouvrages, on doit prononcer le u, (ar-gu-é) comme si le verbe s’écrivait argüer (ce que proposent les rectifications de l’orthographe). D’autres soulignent toutefois qu’on peut prononcer arguer comme larguer.

C’est un verbe qui appartient au registre littéraire, soutenu, mais les journalistes l’utilisent volontiers.

Employé avec que et l’indicatif, il a le sens d’avancer comme argument, comme prétexte ou comme excuse. Des groupes du secteur du tourisme et du milieu des affaires ont exhorté le gouvernement à faire preuve de moins de sévérité dans ses mesures sanitaires pour les voyageurs, en arguant que le Canada figurait parmi les pays les plus restrictifs au monde. Il demanda un interprète, arguant qu’il ignorait la langue.

On peut aussi « arguer de quelque chose ». Il arguait de sa maladie pour justifier son absence.

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