Thomas King

Un ancien policier autochtone fait enquête

Ça a pris presque 20 ans, mais la première enquête de Thumps DreadfulWater, de l’auteur d’origine autochtone Thomas King, est enfin offerte en français.

Les traductions des quatre autres enquêtes de Thumps DreadfulWater débouleront rapidement entre l’automne 2021 et le printemps 2023. Les amateurs de romans policiers auront donc une nouvelle série à se mettre sous la dent.

Thumps DreadfulWater fait son apparition dans Meurtres avec vue. Le policier cherokee a quitté la Californie et son poste aux homicides pour s’installer dans une paisible bourgade du Montana, Chinook, afin d’entreprendre une carrière de photographe. Toutefois, ses vieilles habitudes d’enquêteur reviennent à la surface lorsqu’on découvre un cadavre dans un des condos luxueux d’un nouveau complexe hôtel-casino de la réserve voisine.

Meurtres avec vue a été publié en 2002. On y voit apparaître certains éléments du passé qui font sourire, comme des disquettes souples et des annuaires de téléphone. L’intrigue principale, qui tourne autour des tensions à l’intérieur d’une réserve autochtone au sujet de l’ouverture d’un casino, demeure cependant d’actualité.

L’auteur canadien Thomas King, d’origine cherokee comme son héros, n’éprouve aucune difficulté à retourner dans le passé pour parler de son premier roman policier.

« Il fait partie d’une série, explique-t-il. Je ne le vois pas comme un livre âgé de 20 ans, mais comme une partie d’une longue histoire qui remonte à quelque temps. »

Thomas King est né en Californie, mais il vit au Canada depuis 1980. Il a écrit des ouvrages marquants comme Une brève histoire des Indiens au Canada, L’Indien malcommode – Un portrait inattendu des autochtones, ou encore La femme tombée du ciel, qui a remporté le Prix du Gouvernement général.

Il a toutefois toujours eu envie d’écrire des romans policiers entre ses ouvrages plus littéraires, et Thumps DreadfulWater est né, avec son ton humoristique.

« [Thumps] est un sang-mêlé, comme beaucoup d’autochtones. Il navigue entre la communauté blanche de Chinook et la réserve autochtone d’à côté. C’est un solitaire, un brin dépressif. Intellectuellement, il n’est pas lent, mais il n’a pas non plus la vitesse d’un Sherlock Holmes. Il est plutôt normal. Je l’aime bien. »

— Thomas King

Thomas King avait pensé situer l’action en Alberta, mais il a fini par choisir le Montana. « Lorsque vous écrivez des romans policiers, vous avez besoin d’armes. Le Montana en avait plus que l’Alberta, j’ai donc placé l’action au sud de la frontière. Je le regrette un peu aujourd’hui, mais bon, c’est ça qui est ça. »

Il y a parfois eu de grands intervalles entre les enquêtes de DreadfulWater, notamment un écart de 12 ans entre The Red Power Murders (qui paraîtra en traduction française l’automne prochain) et Cold Skies.

« Je ne suis pas un écrivain très fidèle, avoue-t-il. Je suis photographe autant qu’écrivain et parfois, la photographie prend toute la place. Actuellement, j’essaie de passer à la vidéo et je passe beaucoup de temps sur la technique et l’équipement. »

Il a toutefois pris le temps d’écrire un roman qu’il qualifie de littéraire, Sufferance, qui paraîtra dans quelques semaines, et une sixième enquête de DreadfulWater, qui devrait paraître en 2022.

Il lui est plus facile d’écrire ces romans policiers parce que les personnages existent déjà, que le monde dans lequel ils évoluent est déjà tracé.

« Je ne suis jamais certain de pouvoir à nouveau écrire un roman littéraire parce qu’il faut que je parte de zéro, que je recrée un monde à nouveau. Au fur et à mesure que je vieillis (je vais avoir 78 ans), je suis plus fatigué et c’est plus difficile de passer à l’action. Avec DreadfulWater, tout ce que j’ai à faire, c’est trouver une nouvelle intrigue et révéler de nouvelles informations personnelles. »

Il n’y a pas de grandes calamités dans les romans policiers de Thomas King, pas de massacres, pas de décapitation, pas de torture. « Je base davantage mes romans policiers sur les personnages, c’est plus discret. J’ai déjà fait un tueur en série et c’était très difficile, je ne veux plus jamais faire ça. Je ne veux pas non plus qu’il arrive quelque chose à des enfants. Donc, pas de kidnapping : que des adultes qui sont méchants face aux autres, qui sont stupides face aux autres. »

Dans ses romans policiers, l’auteur n’a pas encore abordé de grands sujets autochtones comme les femmes disparues et assassinées, mais il l’a fait dans d’autres genres littéraires, comme la chanson et la poésie.

« Peut-être vais-je le faire avec DreadfulWalter, qui sait. »

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