Usine d’abattage d'Exceldor

La pénurie de main-d’œuvre force une hausse de salaires

Près de 25 % des employés de l’usine d’abattage de poulets d’Exceldor de Saint-Damase ont quitté le navire depuis le début de l’année. Au cours des deux dernières semaines seulement, 11 d’entre eux ont quitté leur emploi. Dans l’espoir de rester compétitive, l’entreprise a finalement consenti jeudi à accorder aux travailleurs de cette usine les mêmes augmentations salariales que celles obtenues par leurs collègues de Saint-Anselme au cours de l’été.

Les syndiqués de Saint-Damase attendaient cette décision depuis près de six mois déjà. Jusqu’à tout récemment, les travailleurs de l’endroit se sentaient « floués » puisqu’on leur aurait promis verbalement de leur accorder les mêmes conditions salariales que celles des travailleurs de Saint-Anselme, selon le bureau syndical.

Retour sur les évènements. En 2019, pour assurer une paix syndicale dans son projet de construction d’une nouvelle usine à Saint-Hyacinthe – qui se situe à une dizaine de kilomètres de Saint-Damase –, Exceldor a demandé à ses travailleurs de rouvrir la convention collective qui venait en principe à échéance en 2021.

« Le climat de travail avec nos employeurs n’a jamais été facile, a raconté Manon Poitras, déléguée en chef, au cours d’une entrevue virtuelle plus tôt cette semaine. On a travaillé très fort pour faire accepter une nouvelle convention collective. » Ils ont finalement signé jusqu’en 2028. L’usine de Saint-Damase compte environ 250 employés.

Normalement, ceux-ci négocient toujours à la suite de leurs confrères de l’abattoir de Saint-Anselme. Rappelons que ces derniers ont convenu d’une entente après un conflit de travail qui a fait grand bruit en menant notamment à l’euthanasie de plus de 1 million de poulets l’été dernier.

L’employeur a également sollicité l’appui de travailleurs de Saint-Damase « lorsque les problèmes de dézonage lui ont barré la route » pour son projet d’usine, explique-t-on. Le syndicat a donc publié en septembre 2020 une annonce dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe pour appuyer publiquement la construction d’une nouvelle installation.

Or, à la suite de toutes ces « concessions », le syndicat a attendu pendant plus de six mois que l’employeur respecte ses promesses. L’écart salarial entre les travailleurs de Saint-Damase et ceux de Saint-Anselme est de 2,15 $ l’heure. Les deux usines sont spécialisées dans l’abattage et la transformation de volaille.

« On négociait toujours après Saint-Anselme. On disait toujours [à l’employeur] que si Saint-Anselme réglait [avec de meilleures conditions], on voulait la même chose, souligne Mme Poitras. L’employeur nous disait que Saint-Anselme n’aurait pas plus, n’aurait pas moins, et qu’il ne nous oublierait pas. »

Augmentations consenties

Exceldor a finalement rencontré le syndicat jeudi. Après des mois d’attente, il lui a annoncé que les travailleurs auraient droit aux mêmes hausses salariales que leurs collègues. L’entreprise n’a pas caché qu’elle souhaitait, de cette façon, diminuer le nombre de départs.

« La réalité du marché fait qu’il faut absolument rester compétitifs parce que c’est très, très agressif en ce moment. On souhaite que ça ait une incidence directe pour calmer le jeu du taux de roulement. Mais on ne s’assoira clairement pas là-dessus. On va continuer d’essayer d’innover et de trouver des solutions pour avoir une rétention optimale. »

– Jordan Ouellet, porte-parole d’Exceldor

L’entreprise souhaite également faire régner un bon climat de travail. « La priorité numéro un, c’est d’avoir des relations positives avec nos employés. [L’annonce des augmentations salariales], c’était ultimement ce qu’on souhaitait faire, on voulait juste bien le faire avec de bonnes explications. On voulait appuyer les choses et s’assurer de la modalité et de la compréhension. »

Au Québec, Exceldor compte trois usines et un centre de distribution.

Le syndicat a de son côté applaudi cette décision qu’il disait attendre depuis longtemps. « Les membres de l’exécutif syndical ont bien accueilli la nouvelle, a affirmé Roxane Larouche, porte-parole du Syndicat des travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce (TUAC). L’ensemble de nos demandes ont été acceptées. »

Une assemblée aura lieu samedi pour informer les travailleurs des nouveaux développements. Par contre, la marche qui devait avoir lieu à Saint-Damase en fin de semaine pour faire pression sur l’employeur et conscientiser la population a été annulée.

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