Société

Qui sont les jeunes de 2021 ?

Assis côte à côte sur le divan de la Maison des jeunes du Plateau, quatre adolescents de 13 ans réfléchissent. La Presse leur a demandé s’ils avaient déjà entendu des adultes véhiculer des stéréotypes à propos des adolescents et des adolescentes d’aujourd’hui.

Philomène MacDonald, de loin la plus volubile des quatre, se lance.

« Souvent, ils vont nous comparer à eux quand ils avaient notre âge. “Quand j’avais ton âge, je rentrais de l’école avec mes amis, on jetait nos vélos dans un parc et on allait jouer au soccer. Alors que toi, tu rentres à la maison et tu ne fais rien.” Non, je travaille psychologiquement. Je réfléchis. »

Selon June Ouimet et Rosemarie Beaulieu, tout ce qui concerne les écrans est empreint d’une part de préjugés. « On n’est pas trop sur nos écrans, estime Rosemarie. Chaque fois que je suis fatiguée, mes parents me demandent à quel moment j’ai lâché mes écrans… »

À l’occasion de la 24e édition de la Semaine des maisons de jeunes du Québec, du 11 au 17 octobre, La Presse a réuni quatre jeunes qui fréquentent la Maison des jeunes du Plateau, à Montréal. C’était l’occasion de discuter des résultats d’un sondage mené en mai dernier par le Regroupement des maisons des jeunes du Québec (RMJQ) auprès de 574 adolescents de 12 à 17 ans. Le sondage avait pour but d’aider la population à « découvrir le vrai visage des ados en 2021 ».

Quels stéréotypes reviennent le plus souvent ? Les répondants en ont relevé beaucoup : « toujours sur leurs écrans », « paresseux », « tout le temps enfermés dans leur chambre », « irresponsables », « immatures », « pire que les ados d’avant », « égoïstes », « élevés dans la ouate »…

« Si ces préjugés existent, c’est sûrement appuyé sur quelque chose, convient Philomène. Mais ce n’est pas tous les jeunes qui sont comme ça. »

En un mot, comment, eux, se perçoivent-ils ?

« Drôles, répond June. En tout cas, moi, je suis drôle ! »

« Des axolotls », répond Philomène, avant de nous donner une petite leçon sur cet amphibien. « Quand tu leur coupes des membres, ils repoussent. Ils s’adaptent facilement à un nouvel environnement. Comme les jeunes. »

« Créatifs », répond Aglaé Bouchard-Rioux, qui opte pour la simplicité.

« Progressistes, répond Rosemarie Beaulieu. Ils veulent changer le monde. Ils vont changer le monde. »

Nicholas Legault, directeur général du RMJQ, les écoute parler, fier.

« Qu’on le prenne il y a 30 ans ou qu’on le prenne aujourd’hui, un ado demeure dans les mêmes étapes de développement. C’est le contexte, c’est la société qui change autour de lui. Et il s’adapte. »

— Nicholas Legault, directeur général du Regroupement des maisons des jeunes du Québec

Au-delà des stéréotypes, le sondage montre à quel point « les jeunes sont présents dans la société, qu’ils ont une opinion et qu’ils sont prêts à se faire entendre », souligne Nicholas Legault.

Les répondants ont utilisé les adjectifs suivants pour se décrire : travaillant, persévérant, dynamique, plein de vie, impliqué, responsable, ouvert d’esprit, créatif, sensible et drôle. Selon le sondage, distribué dans les maisons des jeunes du Québec et dans des écoles secondaires, 58 % des répondants ont dit avoir un loisir ou une passion, et 41 % se sont dit impliqués dans la vie de leur école.

Des causes

Quelles causes leur tiennent-elles à cœur ?

Philomène note d’abord l’environnement. La génération de ses parents et celle de ses grands-parents n’avaient peut-être pas la possibilité de changer les choses à grande échelle, dit-elle. « Maintenant, avec les réseaux sociaux, c’est pratique. »

« Si on grandit sur une planète qui meurt, c’est un peu plate », résume Aglaé.

Dans l’ordre, les causes qui tiennent le plus à cœur aux répondants, qui devaient en nommer trois, sont la lutte contre le racisme et les droits autochtones (33 %), les droits des femmes (31 %), les droits des LGBTQ+ (29 %) et la santé physique et mentale (28 %). Et s’ils pouvaient changer quelque chose, ce serait le racisme, la pollution et la COVID-19.

June rappelle qu’il y a encore beaucoup d’homophobie et de transphobie, surtout. « Notre génération est plus ouverte, parce qu’elle en parle plus, parce qu’elle est plus informée, souligne Philomène. On peut faire changer les choses. »

Cogestionnaire de la Maison des jeunes du Plateau, Simon Gagné est un peu agacé lorsqu’il entend des adultes dire aux jeunes qu’ils sont trop devant leurs écrans. D’abord, les adultes font la même chose, dit-il. Et ensuite, grâce à cette connexion, les jeunes échangent avec des gens de partout dans le monde et sont exposés à des perspectives multiples.

« Des fois, lance-t-il aux quatre jeunes réunis sur le divan, vous m’éduquez sur un paquet de choses. Les discussions que vous avez vont parfois beaucoup plus loin que celles que j’entends dans des groupes de gens de mon âge. »

Le porte-parole du RMJQ, Pascal Morrisette, animera un évènement en direct sur la page Facebook du RMJQ le samedi 16 octobre dès 18 h.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.