L’industrie de la vanlife roule à fond, malgré l’inflation

Avec les prix qui ont augmenté, particulièrement celui de l’essence, on pourrait s’attendre à ce que la popularité de la vanlife s’essouffle et que les carnets de commandes des entreprises québécoises se vident comme les plages de la Gaspésie à l’automne. Surprise ! Pas du tout. Car apparemment, la vanlife a deux vitesses…

« On n’a rien inventé. Cette forme de voyage existe depuis des décennies », dit Catherine Vachon, directrice développement des affaires, communications et marketing chez Van Life Mtl, entreprise qui loue et vend des véhicules. « Mais en ce moment, dit-elle, l’image projetée est très jeune. »

Ce qui a changé la donne, il y a quelques années, c’est la représentation du voyage en camionnette, magnifiée par les réseaux sociaux. On y présente une image de rêve autour de ce mode de vie bohème, synonyme de liberté. Les plus beaux comptes Instagram de ces voyageurs font rêver. Dans la réalité, la vanlife a deux vitesses.

« Ces influenceurs sont nos meilleurs ambassadeurs », dit Olivier Cinq-Mars, président de Boréal Campeurs, qui conçoit des véhicules sur mesure.

Les jeunes qui ont modifié leur camion ont de toute évidence touché la corde sensible de consommateurs appartenant à la génération de leurs parents qui, eux aussi, ont envie de prendre le large. Et en ont les moyens : la clientèle de Boréal Campeurs est plus âgée, sportive et aisée, confie Olivier Cinq-Mars.

Pour faire modifier un camion chez Boréal Campeurs, il faut compter entre 80 000 $ et 120 000 $, ce qui n’inclut pas le prix du véhicule. Au total, il en coûtera de 200 000 $ à 250 000 $ pour mettre la main sur le VR de ses rêves. À lui seul, le système solaire vaut de 15 000 $ à 20 000 $.

Et cette clientèle a ses exigences et ne lésine pas sur les extras, même en période d’inflation. Par contre, avec la pénurie de matériaux, les délais augmentent, confie Olivier Cinq-Mars.

Il fallait normalement deux mois pour modifier un véhicule chez Boréal Campeurs. Il faut désormais attendre quatre mois une fois le projet entamé et un an et demi avant qu’il ne soit commencé, puisque la liste d’attente est bien remplie.

Pas d’annulation en vue, même dans un contexte économique plus serré, car celui-ci affecte peu la clientèle des véhicules haut de gamme.

D’autres constructeurs ou locateurs confirment ces nouveaux délais.

Chez Safari Condo, qui construit depuis 24 ans des motorisés et des roulottes, il faut maintenant compter au moins deux ans et demi avant de mettre la main sur le véhicule de ses rêves. Dominique Nadeau, présidente de cette entreprise de Beauce qui emploie 145 personnes, explique qu’en plus de la pénurie de certains matériaux et de main-d’œuvre, le boom de commandes de l’année dernière a allongé les délais de livraison. « Nous sommes revenus à des commandes qui se comparent à celles de 2019, explique Dominique Nadeau. Et c’était une bonne année. »

La seule clientèle qui pourrait reconsidérer un achat actuellement, selon Dominique Nadeau, est celle des préretraités, qui jouent de prudence avec le climat d’incertitude économique. Plus que les jeunes – qui ont d’ailleurs rajeuni la clientèle de Safari Condo depuis quelques années. « Certains jeunes, dit-elle, font des choix de vie pour se permettre l’achat d’un véhicule. »

Location

À ces adeptes, ceux qui modifient leur véhicule avec les moyens du bord et ceux qui l’achètent neuf, s’ajoutent les familles qui optent souvent pour la location.

Partir sur la route, dans le confort d’un petit VR, c’est parfait pour la famille, selon Catherine Vachon, elle-même une amatrice.

Olivier Marcoux, propriétaire de la jeune entreprise de location Bromont Campervan, a une clientèle très diversifiée, dont des familles.

Mais la majorité de ses locations sont faites par des Européens qui viennent faire le tour du Québec et rêvent de tout voir en un seul voyage. Dans ce cas, Oliver Marcoux joue les conseillers touristiques et leur propose des itinéraires avec de moins grandes distances, ce qui permet, du coup, de réduire la facture d’essence.

Ça sera probablement la tendance en VR, estime Nicolas Ryan, directeur des affaires publiques pour CAA-Québec. « Cette année, le prix de l’essence a peu influencé les voyageurs », dit-il. L’année prochaine, dans un contexte économique semblable, Nicolas Ryan prévoit que les amateurs de VR vont réduire la route, mais pas abandonner leur style de voyage. Selon CAA-Québec, cette année, 10 % des voyageurs québécois pensent utiliser un VR, tous types confondus. Beaucoup de gens ont adopté ce mode de vacances durant la pandémie, car il combine le déplacement et l’hébergement, indique M. Ryan.

La pérennité des nombreuses entreprises québécoises qui offrent désormais la vanlife, que ce soit pour l’achat, la modification d’un véhicule, le prêt entre particuliers ou la location, est assurée grâce à cette diversification de la clientèle, explique Olivier Marcoux. Il s’agit de gens qui regardaient avec envie les voyageurs en Westfalia, mais qui ne se sentaient pas attirés vers une certaine culture du véhicule récréatif que l’on voit « stationné au Walmart et qui prend 14 places de parking », illustre le président de Bromont Campervan, qui n’a eu aucune annulation en raison de la hausse du prix de l’essence.

Au contraire, les clients réservent leur prochain voyage lorsqu’ils rapportent leur véhicule. Plusieurs essayaient ce mode de vacances pour la première fois et une partie de la clientèle québécoise voulait faire un essai avant achat. Or, les clients d’Olivier Marcoux le confirment : ce n’est pas facile de mettre la main sur une petite camionnette digne de la vanlife, autant d’occasion que neuve.

Selon Catherine Vachon, les années COVID-19 ont ravivé notre intérêt pour le roadtrip. Les camionnettes aménagées sont parfaites pour s’évader et permettent une grande liberté en voyage.

« Je ne connais pas une seule personne qui a loué un camion et qui n’est pas tombée en amour avec la vanlife », dit-elle.

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