Agrandissement de Maisonneuve-Rosemont

De nouveaux investissements et un projet « par étapes », promet Dubé

Québec — Le projet d’agrandissement et de modernisation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) se fera « par étapes », affirme le ministre Christian Dubé, qui promet d’affecter « les sommes nécessaires » à une prochaine phase.

La Presse révélait vendredi que le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal devait soumettre son projet d’agrandissement à une cure minceur pour respecter le budget alloué par Québec, soit de 2,5 milliards.

Lisez « Québec limite l’agrandissement prévu »

Une analyse financière de la Société québécoise des infrastructures a récemment conclu que le projet initial d’ajouter 720 nouveaux lits dans un pavillon neuf coûterait plutôt 4,2 milliards, en raison de la surchauffe dans l’industrie de la construction.

Des sources sûres ont confirmé que l’établissement avait reçu comme indication qu’il devait présenter un projet respectant le financement accordé par le gouvernement Legault. Résultat : la direction analyse actuellement un projet d’agrandissement moins ambitieux et prévoit dorénavant rénover la partie la plus vétuste de HMR, le bâtiment principal en croix, le cruciforme. Un scénario qui crée des remous à l’interne.

Vendredi, le ministre de la Santé a affirmé, en réaction aux révélations de La Presse, qu’il était « complètement faux de dire que l’agrandissement de HMR sera limité ».

« On a déjà mis 2,5 [milliards] sur la table pour que les travaux débutent le plus rapidement possible. On ajoutera les sommes nécessaires pour offrir 720 lits comme prévu », a-t-il affirmé sur Twitter sans préciser combien et quand.

L'option qu'on voulait éviter

En début d’après-midi, il a apporté une nouvelle précision : le projet d’agrandissement et de modernisation sera réalisé « par étapes ».

Procéder « par étapes » est justement ce qui force l’établissement à présenter un projet de moindre envergure et à maintenir des chambres dans le cruciforme, option que l’on voulait éviter en raison du piètre état du bâtiment.

Selon nos informations, le CIUSSS a plaidé pour la réalisation du projet en une seule phase en demandant à Québec de débloquer d’emblée 4,2 milliards.

« Je vais être très clair… On va le faire par étape[s] et on va rénover l’hôpital et il va y avoir les chambres supplémentaires qu’on s’est engagé [à construire] », a gazouillé le ministre, reprenant ses propos tenus en entrevue à Radio-Canada, vendredi. Notre demande d’entrevue avec le ministre sur le sujet a été refusée.

Pour respecter la limite de 2,5 milliards, le CIUSSS ne pourra pas ajouter 720 nouveaux lits dans un tout nouveau pavillon, mais au mieux de 150 à 320. Cela veut dire qu’on privilégierait le réaménagement de plus de 400 lits dans le cruciforme, qui en compte actuellement 455. On miserait alors sur une deuxième phase des travaux pour compléter l’ajout de lits si nécessaire et terminer la modernisation.

Le projet est toujours au stade de la planification.

L’inflation galopante et la surchauffe dans l’industrie de la construction, accentuées par l’incertitude économique liée à la pandémie, ont un effet sur le coût des projets d’infrastructure du gouvernement Legault. En mai dernier, Québec a notamment revu le budget de la réalisation des maisons des aînés, un engagement électoral phare de la CAQ, en le faisant passer de 2,36 à 2,79 milliards.

Des inquiétudes pour la suite

Le scénario en deux ou plusieurs phases inquiète à l’interne alors que l’est de Montréal attend depuis des lustres son projet d’agrandissement.

Le chef d’unité des soins intensifs de HMR, le DFrançois Marquis, estime que « pour rassurer tout le monde, il faudrait accrocher maintenant la phase 2 plutôt que de la camper dans un futur incertain ». Il a dit reconnaître dans le reportage de La Presse le scénario présenté par la direction aux médecins l’automne dernier.

Bien qu’il plaide pour le démarrage rapide du projet, même s’il est « imparfait », le DMarquis s’inquiète de la rénovation du cruciforme et s’explique mal pourquoi on privilégie sa rénovation si c’est pour, à terme, déplacer les chambres lors d’une éventuelle deuxième phase.

« Personnellement, je trouve que c’est une mauvaise utilisation des budgets […] On le sait [depuis la pandémie] qu’on n’est pas capables de contrôler une infection dans le cruciforme », ajoute-t-il.

« On ne peut pas se mettre la tête dans le sable. Ça veut dire qu’il y aurait 400 chambres qu’on va rénover en sachant qu’elles ne seront jamais capables de faire le travail de chambre d’hôpital moderne. Ça, c’est inquiétant ! »

– Le DFrançois Marquis, chef de l’unité des soins intensifs de HMR

« Il y a des limites à faire du neuf avec du vieux », a déploré pour sa part le député solidaire Vincent Marissal. Il accuse le gouvernement Legault d’essayer de « faire des économies de bouts de chandelle » avec un projet d’infrastructure d’ampleur.

« On est rendu à un point où on va arrêter avec le ministre de lancer des tweets et des lignes de presse. On en a marre des lignes de presse dans l’Est, on veut un plan. Un plan, ça veut dire des échéanciers, ça veut dire aussi un plan d’architecte sur papier d’architecte », a poursuivi M. Marissal.

Le député libéral et porte-parole en matière de santé, André Fortin, a aussi déploré le fait qu’on ne réalise pas le projet en une seule phase.

« Les employés de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont ont raison de s’inquiéter par rapport à l’idée du ministre Dubé de procéder en deux phases. Il n’y a aucune démonstration que les coûts diminueraient en procédant ainsi. Au contraire, plus le gouvernement attend, plus la facture risque d’être élevée », a-t-il dénoncé.

Le député péquiste des Îles-de-la-Madeleine, Joël Arseneau, estime que le ministre Christian Dubé « joue avec les mots » au sujet du projet. « Ne soyons pas dupes : à défaut de rehausser maintenant le budget d’agrandissement de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, le ministre remet cet important projet aux calendes grecques », a-t-il affirmé.

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