Le Texas dans le noir et dans le froid

Des élus et experts américains se renvoient la balle pour expliquer comment le réseau électrique texan a pu s’effondrer de la sorte dans la tempête qui se poursuit

D’abord, le mercure s’est mis à dégringoler la semaine dernière. Alors que d’habitude, la température ne descend pas sous - 5 °C dans la région d’Austin, où habite Charles Bouvette, il s’est mis à faire - 15, - 20 °C pendant la nuit. De sorte que lorsqu’une dizaine de centimètres de neige sont tombés, « la neige est restée sur les routes » et l’homme a dû déblayer son trottoir avec un balai. « Et aujourd’hui, il tombe de la pluie verglaçante », dit Charles Bouvette, joint mercredi au Texas.

Mais au moins, l’électricité était revenue. Pour le moment, du moins…

Une succession d’évènements météorologiques a eu raison du réseau électrique texan depuis le week-end. Quatre millions de Texans se sont retrouvés sans courant. Au moins dix décès ont été signalés en lien avec la tempête.

Chez Charles Bouvette, la panne a débuté lundi matin dans le secteur où habite ce directeur dans une entreprise informatique, installé depuis 14 ans à Georgetown, à 40 minutes au nord d’Austin.

« On a perdu l’électricité à 8 h lundi. Ensuite, deux fois par jour, on a eu droit à 90 minutes, 2 heures d’électricité. L’électricité est revenue depuis 5 h [mercredi] matin, mais on en a manqué une fois depuis. »

— Charles Bouvette, résidant de Georgetown

Dans ces maisons mieux conçues pour conserver la fraîcheur en été que la chaleur en hiver, il s’est mis à faire très froid. Les trois membres de la famille Bouvette ont fait du camping dans le salon, littéralement. « On a monté la tente et on a dormi dedans, avec des couvertures, pour conserver la chaleur », raconte Charles Bouvette.

L’alimentation en eau a été coupée dans son secteur. « Mais on avait prévu le coup, on avait rempli la baignoire et d’autres contenants pour pouvoir utiliser les toilettes », dit-il. « Ce matin, j’ai aussi fait fondre de la neige pour épargner l’eau. » Il ignore quand l’alimentation en eau reviendra, et dans quel état sera sa plomberie à ce moment. La glace recouvre l’eau de la piscine, et la pompe est évidemment gelée. « On a des difficultés à avoir de l’information des autorités », dit-il. « On n’a aucune idée quand ça va finir. »

À court de courant

« Une tempête parfaite », résume Michel Letellier. De ses bureaux de la Rive-Sud de Montréal, le président d’Innergex suit de très près ce qui se passe au Texas. Les pales de certaines éoliennes que la société québécoise exploite dans trois comtés du Texas sont figées dans la glace. Les autres tournent peu, par manque de vent. Ses panneaux solaires n’ont guère pu prendre la relève : un ciel nuageux a persisté pendant plusieurs jours au-dessus du comté de Winkler, dans l’ouest de l’État, où se trouve le grand parc solaire dans lequel Innergex détient une participation.

Depuis mardi, les élus et experts américains se renvoient la balle pour expliquer comment le réseau électrique texan a pu s’effondrer de la sorte. Du côté conservateur et républicain, les critiques ont particulièrement visé les énergies renouvelables. « C’est ce qui se passe quand vous forcez le réseau à dépendre en partie du vent comme source d’énergie », a déclaré mardi le représentant républicain Dan Crenshaw.

« Lorsque les conditions météorologiques se détériorent comme cette semaine, les énergies renouvelables intermittentes comme le vent ne sont pas là quand vous en avez besoin. »

— Dan Crenshaw, représentant républicain

François Bouffard, professeur de génie électrique et informatique à l’Université McGill, balaie les accusations. « À la mine Raglan, dans le nord du Québec, ils ont une éolienne qui fonctionne très bien », rappelle-t-il.

Le problème de la disponibilité énergétique ne concerne pas que les énergies renouvelables. Selon l’organisme qui supervise la distribution d’électricité au Texas, la production de 16 gigawatts d’énergie éolienne est actuellement hors service, tandis que les centrales thermiques (qui fonctionnent au gaz naturel, au charbon ou à l’énergie nucléaire) sont à court de production de 30 gigawatts.

« Stratégie casino »

Pourquoi cette capacité énergétique n’est-elle pas disponible ? Non seulement la production de gaz naturel a été perturbée par les températures très froides, mais cette succession d’évènements météorologiques extrêmes se produit aussi au moment où la demande en énergie est habituellement à la baisse dans cet État – les périodes de pointe surviennent en été, lorsque les climatiseurs fonctionnent à plein régime.

« Pendant la période hivernale, plusieurs fournisseurs en énergie profitent de ce moment pour faire de la maintenance de leurs installations », explique Michel Letellier. « Quand les installations sont à l’arrêt, on ne peut pas les repartir instantanément. »

Et surtout, le marché énergétique basé sur l’offre et la demande n’incite pas les fournisseurs à réserver une capacité de production au cas où la demande augmenterait de façon imprévue.

« Il n’y a pas d’incitatif pour rendre les capacités de production disponibles », dit François Bouffard. « Pour stimuler les investissements, le Texas laisse monter les prix très haut. » Mardi, le prix du mégawatt-heure (MWh) a explosé à 9000 $ (en comparaison, celui du Québec tourne autour de 40 $).

Cette « stratégie casino », comme la qualifie M. Bouffard, a échoué cette fois-ci parce que les fournisseurs n’avaient pas la capacité de répondre à la demande rapidement.

Michel Letellier préférerait d’ailleurs être payé pour garantir une réserve d’énergie plutôt que de suivre la demande avec ses hauts et ses bas. « C’est un bien meilleur système parce qu’il assure un certain rendement aux investisseurs. Quand on investit à long terme, on préfère connaître mieux le flux monétaire qui s’en vient, quitte à faire moins d’argent. »

Ce qui pourrait aussi l’inciter, dit-il, à investir dans des éoliennes texanes résistantes à la glace et au froid. Les pales de ses éoliennes québécoises, par exemple, sont équipées d’un système de chauffage qui empêche la glace de s’y accrocher. « Ça coûte un peu plus cher », reconnaît-il. L’investissement supplémentaire n’était peut-être pas justifiable en regard de la possibilité d’y avoir recours, dit-il. Mais dans l’avenir ?

« Les climatosceptiques ont tendance à penser que le réchauffement de la planète signifie seulement qu’il fera plus chaud, dit Michel Letellier. En général, c’est le cas, mais ça signifie aussi une augmentation du nombre d’évènements climatiques avec de grands écarts de température. »

Un ancien casino de Trump démoli par implosion

Le Trump Plaza à Atlantic City, qui s’est révélé être un gouffre financier, était vide depuis 2014

New York — Grâce à 3000 bâtons de dynamite, un des anciens hôtels-casinos de Donald Trump à Atlantic City, symbole d’une faillite de l’ancien promoteur flamboyant, a été réduit mercredi à une pile de gravats.

Premier établissement de l’ancien homme d’affaires dans l’empire du jeu de la côte Est, à l’époque emblématique de sa réussite, le Trump Plaza s’est révélé être un gouffre financier. Il était vide depuis 2014 et peu ou pas entretenu.

D’une simple pression sur un bouton, l’implosion contrôlée a eu lieu peu après 9 h dans cette ville côtière du New Jersey. Un spectacle chargé en symbole, moins d’un mois après le départ de Donald Trump de la Maison-Blanche.

Depuis 2016, l’ensemble composé de deux bâtiments appartenait à l’investisseur Carl Icahn, qui était l’un des principaux créanciers de la filiale de Donald Trump à Atlantic City.

Mi-juin, en accord avec Carl Icahn, le maire de la ville, Marty Small, avait annoncé la démolition de l’ancien casino, au plus tard en février 2021, après avoir saisi la justice, car il jugeait l’édifice dangereux pour les riverains.

À plusieurs reprises, à l’occasion de tempêtes, des morceaux de la façade étaient tombés sur la promenade du bord de mer, qui longe l’établissement.

Nom de Trump retiré

Donald Trump avait déjà obtenu, en 2014, que son nom soit retiré du fronton du casino, après avoir saisi la justice, estimant que l’établissement nuisait à l’image de son groupe.

L’ancien président américain a possédé jusqu’à quatre casinos dans la capitale du jeu de la côte Nord-Est. Le Trump Plaza, mais aussi le Trump World’s Fair, fermé en 1999, le Trump Marina (anciennement Trump’s Castle), vendu par ses créanciers en 2011, et le Trump Taj Mahal, fermé en 2016.

La filiale du groupe de Donald Trump qui gérait ses activités à Atlantic City, Trump Entertainment Resorts, a déposé trois fois le bilan, en 2004, 2009 et 2014, plombée par les dettes chaque fois.

New York poursuit Amazon pour avoir négligé ses employés pendant la pandémie

L’État de New York a déposé mercredi une plainte contre Amazon, accusant le géant du commerce en ligne de négligence dans la protection de ses salariés pendant la pandémie et de représailles contre les employés ayant protesté contre les conditions de travail. L’action judiciaire, déposée devant la Cour suprême de l’État de New York, reproche à Amazon sa gestion de la sécurité sur deux sites new-yorkais : un centre de distribution et de livraison dans le quartier du Queens et un immense entrepôt à Staten Island où plusieurs rassemblements avaient été organisés au printemps par des employés reprochant à la direction de ne pas les avoir suffisamment protégés contre la COVID-19. « Depuis le début de la pandémie, il est clair qu’Amazon a privilégié les profits au détriment du personnel et a échoué à assurer la bonne santé et la sécurité de ses travailleurs », accuse la procureure générale de New York Letitia James. « Nous nous préoccupons profondément de la santé et de la sécurité de nos employés […] et ne pensons pas que la plainte de la procureure dépeint une image fidèle à la réalité de la réponse » d’Amazon à la pandémie, a déclaré par courriel à l’AFP Kelly Nantel, porte-parole de l’entreprise. — Agence France-Presse

COVID-19

Près de 200 millions pour mieux identifier les nouveaux variants

L’administration de Joe Biden a annoncé mercredi un investissement de près de 200 millions de dollars pour mieux identifier les nouvelles menaces liées aux principaux variants de la COVID-19 en circulation, qui continuent d’inquiéter partout dans le monde. Selon la Maison-Blanche, ces nouveaux fonds permettront de tripler le nombre d’échantillons positifs que les laboratoires américains pourront séquencer, afin de déterminer quel variant est en cause. On passera ainsi d’une capacité d’environ 7000 à 25 000 séquençages par semaine. « Le moment où nous en arriverons à 25 000 dépendra des ressources dont nous disposons et de la rapidité avec laquelle nous pouvons mobiliser nos partenaires », a toutefois précisé la Dre Rochelle Walensky, directrice des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), principale agence de santé publique des États-Unis. Jusqu’ici, l’organisation n’était pas encore parvenue à même atteindre la barre des 7000 échantillons séquencés chaque semaine. Le défi est donc de taille, a convenu la Dre Walensky, mais il est réaliste dans le contexte actuel, selon elle.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

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