Inégaux à la vie, à la mort

L’espérance de vie a baissé aux États-Unis durant la première moitié de 2020. Mais si la baisse est d’environ une année pour la moyenne de la population, elle atteint jusqu’à trois ans de moins pour un homme afro-américain. Une autre démonstration de la manière disproportionnée dont les minorités raciales ont été frappées par la COVID-19.

La part de la COVID-19

Jusqu’en 2010, l’espérance de vie augmentait légèrement chaque année aux États-Unis, avant de se stabiliser dans la dernière décennie. Une chute aussi draconienne en six mois est inédite dans l’histoire récente : il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour observer le même phénomène. De 78,8 ans en 2019, l’espérance de vie à la naissance aux États-Unis s’établissait en moyenne à 77,8 ans pour la période de janvier à juin 2020, soit le niveau le plus bas depuis 2006. La pandémie de COVID-19 est fort probablement responsable « de la majorité du déclin » de l’espérance de vie, a déclaré jeudi aux médias américains Elizabeth Arias, l’auteure du rapport publié par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC). L’autre grande cause de décès est l’épidémie de surdose d’opioïdes qui, là encore, a pu être amplifiée en raison de la COVID-19, qui a retardé ou empêché l’accès aux soins médicaux. En date du 18 février, 491 000 Américains ont péri des suites de la maladie depuis un an.

Inégalités raciales

Si le déclin de l’espérance de vie en raison de la pandémie pouvait être prévisible, l’ampleur du phénomène chez les minorités a frappé les analystes. De janvier à juin 2020, l’espérance de vie chez les Afro-Américains a chuté de près de trois ans (de 74,7 ans à 72 ans). La baisse est de presque deux ans pour les Latino-Américains (81,8 ans à 79,9 ans) et de moins d’un an pour les Américains blancs (78,8 ans à 78 ans). Entre les Blancs et les Afro-Américains, la différence d’espérance de vie est ainsi passée de quatre ans en 2019 à six ans dans la première moitié de 2020 – le plus grand écart depuis 1998. Selon les autorités sanitaires, les Afro-Américains comme les Hispaniques ont ainsi 2,8 fois plus de chances de mourir de la COVID-19 que les personnes blanches.

Inégalités de genre

Ce sont les hommes afro-américains qui ont vu leur espérance de vie être le plus affectée en 2020, avec une perte de trois années. Ils sont suivis par les hommes latino-américains (2,4 ans), les femmes noires (2,3 ans) et les Latino-Américaines (1,1 an). Dans la population en général, l’espérance de vie d’un homme à la naissance a diminué de 1,2 an, tandis qu’elle a baissé de 0,9 an pour les femmes. L’écart entre les hommes et les femmes américains est maintenant de 5,4 années.

Et au Canada ?

Les plus récentes données de Statistique Canada concernent l’année 2019 : l’espérance de vie à la naissance s’établissait à 84,2 ans chez les femmes et 80 ans chez les hommes. Mais contrairement aux États-Unis, les données collectées sur l’espérance de vie ne sont pas déclinées selon le groupe ethnoculturel – une situation que des chercheurs et des groupes de défense des minorités souhaiteraient voir changer. Pour avoir une idée de la façon dont les minorités visibles sont touchées par la COVID-19, les chercheurs ont, par exemple, comparé les taux d’infection selon les secteurs de la ville avec la proportion de citoyens de minorités visibles qui y vivent. Ainsi, dans une étude publiée en août, la Direction régionale de santé publique de Montréal montrait que plus la proportion de minorités visibles était élevée, plus le taux d’infection augmentait. Pourquoi ? Une exposition accrue au virus à travers le travail, des conditions de vie plus défavorables et des « enjeux structurels et sociétaux comme le racisme et la discrimination » sont parmi les facteurs qui expliquent pourquoi les minorités visibles sont plus touchées par la COVID-19 que la population blanche.

Vague de froid au Texas

Ted Cruz file à Cancún en pleine tempête

Le sénateur du Texas est aussitôt rentré aux États-Unis devant l’avalanche de critiques

Le sénateur républicain du Texas Ted Cruz était dans la tourmente jeudi pour s’être envolé vers la station balnéaire mexicaine de Cancún, au moment où son État était aux prises avec une vague de froid inédite et meurtrière.

Le sénateur est parti mercredi en famille par avion à Cancún, laissant derrière lui ses administrés au milieu d’une crise sans précédent. Il est rentré jeudi après-midi face à l’avalanche de critiques le visant.

La polémique a débuté lorsque des photos ont circulé le montrant à l’aéroport de Houston, puis à bord d’un avion vers la célèbre destination touristique tropicale, située dans la péninsule mexicaine du Yucatán.

Dans un communiqué, le sénateur a expliqué que, l’école ayant été annulée pour la semaine, ses filles avaient exprimé le souhait de voyager avec des amis.

« Voulant être un bon père, j’ai pris l’avion avec elles [mercredi] soir », a-t-il avancé.

« Je suis, comme mon équipe, en contact permanent avec les responsables locaux pour déterminer ce qui s’est passé au Texas », a-t-il poursuivi, évoquant les coupures d’électricité qui ont frappé l’État.

Lors d’une entrevue radio lundi, M. Cruz a mis en garde les habitants de son État contre les graves perturbations météorologiques à venir, soulignant qu’elles pourraient faire de nombreuses victimes.

« Ne prenez aucun risque. Assurez-vous que votre famille est à l’abri, ne quittez pas votre maison et prenez soin de vos enfants », avait-il déclaré.

Records de froid

Plus de 500 000 foyers étaient encore privés d’électricité jeudi au Texas, où des températures polaires ont provoqué une envolée spectaculaire de la consommation d’électricité.

Avec de nombreuses usines de traitement d’eau paralysées, plus de 10 millions de Texans subissaient un problème d’approvisionnement et une majorité d’entre eux étaient contraints de faire bouillir leur eau pour la rendre potable.

Le National Weather Service (NWS) prévenait que des « records de froid » pourraient être enregistrés dans le centre-sud des États-Unis, avec des températures inférieures de 11 à 16 °C aux normales saisonnières.

Les conditions climatiques ont sensiblement perturbé la campagne de vaccination contre le coronavirus. En Louisiane, le département de la Santé a indiqué que l’acheminement des doses était ralenti par la météo et que certains rendez-vous devraient être reportés.

Le président Joe Biden a de son côté dû repousser à vendredi une visite, prévue jeudi, dans une usine Pfizer produisant des vaccins à Kalamazoo, dans le Michigan.

« Flyin’ Ted »

Celui qui avait un temps été affublé du surnom moqueur de « Lyin’ Ted » (« Ted le menteur ») par Donald Trump s’est rapidement vu attribuer un nouveau surnom sur Twitter : « Flyin’ Ted » (« Ted volant »).

Candidat lors de la primaire républicaine pour la Maison-Blanche en 2016, Ted Cruz est régulièrement cité comme possible candidat du « Grand Old Party » en 2024.

Élu pour la première fois au Sénat en 2012, il a été réélu de justesse en 2018 face à Beto O’Rourke, alors figure montante du Parti démocrate.

Gilberto Hinojosa, président du Parti démocrate au Texas, a appelé le sénateur à démissionner.

« Que Ted Cruz s’envole pour le Mexique pendant que les Texans meurent dans le froid n’est pas surprenant, mais profondément troublant. »

— Gilberto Hinojosa, président du Parti démocrate au Texas

Interrogée lors de son point de presse quotidien sur l’escapade au soleil du sénateur républicain, Jen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche, a manié l’ironie.

« Je n’ai pas de précisions à vous donner sur la localisation exacte de Ted Cruz, a-t-elle répondu. Nous nous concentrons sur la mobilisation face à cette tempête hivernale. »

Une trentaine de morts

Plus de 100 millions de personnes sont actuellement sous le coup d’avertissements, de veilles ou d’alertes de temps hivernal aux États-Unis.

Les intempéries des derniers jours ont fait une trentaine de morts.

Certaines victimes ont perdu la vie en tentant de se réchauffer. Dans la région de Houston, une famille a succombé aux émanations provenant de la voiture dans leur garage. Une femme de 75 ans et ses trois petits-enfants sont morts lors d’un incendie qui aurait été causé par un foyer qu’ils utilisaient pour se tenir au chaud.

Plusieurs personnes sont aussi mortes de froid. Quelques corps recouverts de neige et de glace ont ainsi été trouvés sur le bord d’une route du Texas. Une femme du Kansas est morte après être sortie en robe de nuit, et une femme du Kentucky a été retrouvée sans vie dans sa roulotte sans chauffage.

Au Tennessee, les secouristes ont dû intervenir quand le toit qui surplombait un quai a cédé sous le poids de la glace et de la neige, emprisonnant de multiples victimes à bord de leurs embarcations.

Les pannes causées par le mauvais temps sont particulièrement longues dans l’Oregon, où certains clients sont privés d’électricité depuis près d’une semaine. Un responsable local a décrit une situation sans précédent et refusé de prédire à quel moment tous pourraient avoir été rebranchés.

Le mauvais temps a aussi interféré avec l’approvisionnement en eau de villes du sud des États-Unis, comme La Nouvelle-Orléans et Shreveport, où les pompiers ont été appelés à livrer de l’eau potable à plusieurs hôpitaux, selon la télévision locale.

Les déplacements demeurent compliqués presque partout aux États-Unis, en raison de routes dangereuses et de l’annulation de milliers de vols. Plusieurs systèmes scolaires ont annulé ou reporté la rentrée en personne.

Iran

Triple geste de Washington pour relancer l'accord sur le nucléaire

Les États-Unis ont procédé jeudi à trois gestes à l’égard de l’Iran, sur fond de volonté de relancer l’accord nucléaire de 2015 et après une mise en garde avec les Européens à Téhéran contre une décision « dangereuse » de limiter les inspections internationales. Après une réunion virtuelle des chefs de la diplomatie française, britannique, allemande et américaine, Washington a annoncé accepter une invitation de l’Union européenne à des pourparlers en présence de Téhéran pour relancer l’accord de 2015 mis à mal par Donald Trump. Un peu plus tôt, les quatre puissances occidentales avaient affirmé dans un communiqué conjoint leur objectif de « voir l’Iran revenir au plein respect de ses engagements » prévus par l’accord de 2015, afin de « préserver le régime de non-prolifération nucléaire et garantir que l’Iran ne puisse jamais acquérir une arme nucléaire ». L’administration de Joe Biden a aussi annulé une proclamation unilatérale de Donald Trump sur un retour de sanctions internationales contre l’Iran. Enfin, le département d’État a annoncé l’allègement des restrictions aux déplacements des diplomates iraniens auprès de l’ONU à New York, très alourdies par l’administration Trump.

— Agence France-Presse

Immigration

Les démocrates portent la réforme Biden devant le Congrès

Les démocrates ont présenté jeudi au Congrès américain l’ambitieux projet de réforme de l’immigration soutenu par Joe Biden, qui ouvre la voie à la naturalisation de quelque 11 millions d’immigrants en situation irrégulière, tout en reconnaissant qu’il faudrait surmonter de très fortes résistances pour l’adopter. « Ce sont des travailleurs essentiels, tellement essentiels que notre économie ne pourrait pas fonctionner sans eux. Et pourtant ils vivent dans une peur constante » d’être découverts par les services d’immigration, a déclaré le sénateur du New Jersey Bob Menendez, l’un des coauteurs du projet de loi. Les démocrates disposent d’une courte majorité à la Chambre des représentants et d’une avance encore plus infime au Sénat, avec 50 sièges contre 50 pour les républicains. Comme le veut la Constitution, la vice-présidente Kamala Harris peut intervenir pour départager un vote en cas d’égalité au Sénat, mais le projet de loi sur l’immigration aura besoin de 60 voix pour passer la barrière de la chambre haute. Un défi qui semble très ardu à ce jour, compte tenu de l’opposition des républicains, mais aussi de démocrates modérés. La réforme ouvrirait également le chemin de la naturalisation aux « Dreamers », ces quelque 700 000 jeunes adultes entrés clandestinement aux États-Unis pendant leur enfance. — Agence France-Presse

Première réunion du G7 pour Biden

Un mois après son arrivée au pouvoir sur la promesse d’une diplomatie américaine aux antipodes de celle de Donald Trump, Joe Biden participe ce vendredi à sa première réunion virtuelle avec ses alliés du G7, centrée sur la réponse à la pandémie et surtout le partage des vaccins. L’entretien prévu dans l’après-midi entre les dirigeants des États-Unis, de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon, en présence des chefs de l’Union européenne, sera mené par le premier ministre britannique Boris Johnson. Londres a pris la présidence tournante du groupe et compte accueillir en juin un sommet de ses dirigeants. Cet échange est le premier depuis avril 2020, la situation sanitaire ayant conduit à l’annulation du sommet que devait accueillir Donald Trump. Entre-temps, l’arrivée à la Maison-Blanche de son successeur démocrate a mis fin à quatre ans d’unilatéralisme forcé, Washington signalant son retour dans les organisations multilatérales comme l’accord de Paris sur le climat. Lors de l’appel du G7, le démocrate compte « se concentrer sur la réponse internationale à la pandémie de COVID-19, y compris la coordination de la production, de la distribution et de la livraison de vaccins », a précisé la Maison-Blanche dans un communiqué. — Agence France-Presse

Congrès américain

Facebook, Google et Twitter de nouveau convoqués à propos de la désinformation

Mark Zuckerberg, Sundar Pichai et Jack Dorsey, patrons respectifs de Facebook, Google et Twitter, sont de nouveau convoqués devant le Congrès américain pour discuter de la désinformation sur leurs plateformes, a annoncé jeudi la commission de la Chambre des représentants pour l’énergie et le commerce. La commission évoque notamment les fausses rumeurs sur les vaccins contre la COVID-19 ou les affirmations mensongères qui ont circulé sur de prétendues fraudes électorales lors des élections américaines de novembre 2020. Ce type de désinformation « a exacerbé des crises nationales avec des conséquences graves dans la vie réelle en termes de santé publique et de sécurité », déclarent les élus dans un communiqué. Les trois dirigeants répondront à leurs questions le 25 mars. Tous sont rompus à l’exercice : ce sera la quatrième apparition de Mark Zuckerberg depuis juillet, et la troisième pour Sundar Pichai et Jack Dorsey. Les auditions précédentes portaient notamment sur d’éventuelles pratiques anticoncurrentielles et sur la protection légale dont bénéficient les plateformes contre des poursuites liées à des contenus publiés par des tiers. — Agence France-Presse

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