Filet social pour les familles

Tissé serré, mais sous-sollicité

Le sondage récemment publié par l’Observatoire des tout-petits devrait avoir l’effet d’une douche glacée auprès des décideurs, acteurs gouvernementaux, médias et alliés des familles. La situation des parents et des familles du Québec en temps de pandémie est réellement préoccupante.

Ce sondage met notamment en lumière l’augmentation considérable du stress des parents du Québec, peu importe leur âge, leur revenu ou leur niveau d’éducation.

Plus de 50 % des répondants ont affirmé que leur niveau de stress lié à la COVID-19 était élevé. Ce taux atteint près de 70 % pour les parents ayant les revenus les plus faibles (moins de 40 000 $ par année).

Les parents de jeunes enfants sont majoritairement touchés par le stress lié au paiement de factures ou à celui de « boucler la fin du mois » (de 27 % à 36 %). Les résultats montent à 62 % chez les parents déclarant les revenus les plus bas.

Autre donnée inquiétante, 73 % de tous les sondés affirment être stressés par le fait qu’ils ne peuvent pas voir les membres de leur entourage. Ce taux se situe à 78 % pour les parents d’enfants de moins de 12 mois. En sachant combien l’entourage des parents participe à l’amélioration de la qualité de vie des familles, il n’est pas étonnant que les pères et les mères déclarent à près de 70 % qu’il est plus difficile d’être parent actuellement qu’avant la pandémie.

Enjeux d’accessibilité

Malgré les données préoccupantes énoncées précédemment, le résultat le plus fâcheux de ce sondage concerne l’accessibilité aux différentes organisations : institutionnelles, communautaires ou parapubliques. En effet, près de 80 % des parents n’ont utilisé aucun service au cours des derniers mois de la pandémie. Seulement 9 % ont été aidés par un professionnel de la santé ou des services sociaux. Moins de 5 % disent avoir utilisé un service de soutien en ligne ou téléphonique (Info-Social, LigneParents) ou avoir été soutenus par des ressources en milieu de garde ou à l’école de leurs enfants.

Plus décevant encore, étant donné la force du réseau communautaire au Québec, seulement 1 % se sont rendus dans un organisme communautaire.

Il n’est pas question ici de dénoncer l’immobilisme du gouvernement. De grands investissements sont annoncés pour nombres d’initiatives essentielles. Le gouvernement agit et sa volonté d’accompagner la population dans les moments difficiles est sincère.

Même si des investissements supplémentaires dans ce filet social demeurent encore à faire, il faut pour le moment se rendre à l’évidence : une forte majorité de familles du Québec ne sollicitent pas les différents services et ressources mis à leur disposition, pour répondre à leurs besoins. Avec de tels résultats au sondage de l’Observatoire des tout-petits, des questions doivent être posées.

Les décideurs, les acteurs gouvernementaux et les organisations mêmes doivent tenter de mieux comprendre cette sous-utilisation des services, encore plus en temps de crise.

Est-ce que ces organismes sont connus de leurs possibles bénéficiaires ? Sont-ils bien présentés et expliqués au grand public ? Ont-ils des moyens suffisants pour se faire connaître ? Qui participe à leur promotion ? De nombreuses recherches ont démontré l’impact positif et l’importance de ces organismes qui composent notre filet social, mais qu’en est-il de l’accessibilité des services et des initiatives en cours ?

Défi collectif

Nous devons relever ce défi, tous ensemble. On se doit de mieux faire connaître ces organisations sociales et communautaires à la population en général. Il est tout aussi urgent de mettre en commun nos ressources pour déconstruire les barrières et les idées reçues de trop nombreuses personnes quant à ces services offerts à la population québécoise.

Les décideurs ont un rôle important à jouer. Ils doivent revoir le financement des services, en incluant des sommes pour la publicité destinées aux organismes. Les influenceurs et les médias doivent participer à démystifier le soutien qu’apportent ces organismes à toutes les personnes qui le demandent. Il est temps de faire tomber les tabous concernant les demandes d’aide : tout le monde peut et a le droit de demander de l’aide.

Chaque organisme doit faire preuve de créativité. Les instances gouvernementales et les organismes communautaires doivent agir de concert pour développer leur relation. Il faut que cela devienne la norme. Il faut aller plus loin et solidifier ces collaborations.

Citoyens, décideurs, organismes, médias et influenceurs de tous genres, faisons en sorte que notre filet social puisse servir à sa juste valeur. Il s’agit d’une grande richesse collective. Il n’est pas nécessaire de se retrouver dans des situations qui peuvent sembler insurmontables pour demander de l’aide ou pour franchir les portes des organisations sociales et communautaires.

Au plaisir de s’y croiser, entre parents qui recherchent tous la même chose : le mieux-être de nos familles !

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