ANALYSE

Quand rien ne se met en place

Vers la fin de la première période, l’écran géant du Capital One Arena nous a montré le visage de Michael Sgarbossa en gros plan.

Souriant, manifestement détendu, l’attaquant des Capitals, un habitué des patinoires de la Ligue américaine, badinait avec un coéquipier, comme un joueur de ligue de garage le ferait après avoir réussi un but chanceux. En fait, Sgarbossa avait l’air tellement détendu que c’en était presque gênant pour les visiteurs.

Les visiteurs, bien sûr, c’étaient les joueurs du Canadien, qui ont passé la première période à tourner en rond dans leur territoire. Cela a donné le ton à une assez longue soirée, qui s’est terminée par un score de 6-3, à l’avantage de Capitals beaucoup plus talentueux.

Le pire, c’est que les Capitals ont plusieurs noms d’importance sur leur liste des blessés, dont Lars Eller. Ils ont aussi dû jouer à seulement cinq défenseurs à partir de la deuxième période, parce que Justin Schultz s’est blessé en cours de route. Pour la plupart des adversaires, cela aurait été un avantage marqué.

Mais le Canadien n’est pas un adversaire bien dangereux ces jours-ci.

« Si j’avais déjà des solutions, on aurait apporté des correctifs à l’heure qu’il est, a soupiré Brendan Gallagher. C’est frustrant, on a du mal à enchaîner les bons matchs. »

« On a eu ce qu’on méritait. »

— Brendan Gallagher

En effet. En fait, cette soirée a tellement mal tourné pour le Canadien qu’en troisième période, Evgeny Kuznetsov en était rendu à tenter des passes par-derrière entre ses patins, pendant que ça riait de bon cœur dans les gradins. Un peu comme vers la fin des Douze travaux d’Astérix, quand les gladiateurs mangent une volée face à des Gaulois trop forts.

Frustrant ? Probablement, oui.

« Ils ont marqué le premier but et ensuite, assez rapidement, on a écopé d’une punition, a ajouté Dominique Ducharme. Ils ont fait 2-0, et on s’est retrouvés à jouer sur les talons.

« On n’a pas eu une bonne première période. Le match s’est joué là. On était prêts, on savait à qui on avait affaire. On parle de confiance, du côté psychologique… Ces deux buts rapides nous ont mis sur les talons, et on a mal réagi après. »

C’est d’ailleurs un problème récurrent : cette saison, quand le Canadien se retrouve dans un trou, il n’y a personne pour saisir la corde et la lancer vers le haut, au loin, pour permettre au reste du groupe de s’accrocher et de s’en sortir. « On n’arrive pas à faire ces jeux-là, qui permettent de se replacer dans un match », a admis Ducharme.

Le match de mercredi soir est venu nous rappeler à quel point plus rien ne fonctionne. Jeff Petry, de toute évidence, est incapable de jouer un rôle de défenseur numéro un, en tout cas pas sur une longue période. Ce vétéran, qui jouait si bien la saison passée, a raté sa couverture sur le premier but des Capitals, et il était assis au banc des pénalités lors du deuxième.

Cela vient s’ajouter aux autres souhaits de la direction qui ne sont pas en voie de se réaliser : une progression rapide pour Cole Caufield, une progression rapide pour Alexander Romanov, une guérison rapide pour le genou de Carey Price, des performances solides de Jake Allen… Autant d’éléments sur lesquels la direction du club espérait pouvoir compter au moment de planifier la saison actuelle. Mais les jeunes ne progressent pas, des vétérans déçoivent et le joueur le plus utile des dernières séries n’est toujours pas là.

Dans cette situation, quand rien ne se met en place, il est impossible d’avoir du succès. Le Canadien est en train d’en faire la démonstration soir après soir.

Prochain match : Canadien c. Sabres, vendredi à 19 h à Buffalo

Ils ont dit

« On lève le pied »

« C’est évident qu’on n’est pas la même équipe quand on dispute un match après une victoire. On lève le pied. On affronte de bonnes équipes et elles nous le font vite payer. On se retrouve en retard, on joue du hockey de rattrapage et ça peut devenir laid assez rapidement. »

— Jake Evans

« On savait que ça ne serait pas facile. On n’a pas été surpris. En première période, ils ont bourdonné toute la période autour de notre filet… »

— Brendan Gallagher

« Différents facteurs contribuent à ce qui nous arrive. Le premier but est important sur la route. Parfois, on a de lents départs et c’est dur de revenir dans le match après un lent départ. Ce n’est pas facile d’affronter une équipe comme celle des Capitals et on se doit de jouer avec fierté. »

— Cole Caufield

« On avait un seul trio qui performait bien [celui de Jake Evans]. On est une équipe qui a besoin, surtout dans notre situation, des 20 gars qui ont une bonne soirée en même temps. On ne peut pas avoir la moitié de nos joueurs qui sont bons ou corrects et l’autre moitié qui ne connaissent pas une bonne soirée. »

— Dominique Ducharme

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

C’est différent à Washington

En cette ère de pandémie, les arénas se suivent et ne se ressemblent pas. Pendant qu’à certains endroits, comme à Montréal, on effectue un contrôle sanitaire assez serré, notamment avec le port du masque dans les gradins et l’obligation de présenter le passeport vaccinal, ailleurs, c’est parfois différent… C’est le cas notamment au Capital One Arena. À l’entrée, personne n’a vérifié notre statut vaccinal, et dans les gradins, tout le monde se promenait sans masque comme en 2019. Mais ce n’est pas la chose la plus étrange que nous ayons vue en ce mercredi soir. Lors du premier entracte, Action de grâce oblige, le spectacle a été assuré par des patineurs déguisés en dindes, qui ont tenté de jouer au hockey – sans doute la pire idée de divertissement dans un aréna depuis la tam-tam cam du Centre Bell.

Ovechkin ne fait pas que marquer

Tout le monde parle des buts d’Alex Ovechkin ou de ses lacets jaunes, mais de toute évidence, le marqueur des Capitals est beaucoup plus que ça. Ça nous avait échappé, mais le numéro 8 des Capitals peut aussi passer la rondelle, et mercredi soir, il a obtenu trois passes. Cela a porté son total à 18 depuis le début de la saison, et cela lui confère une moyenne de 0,90 aide par rencontre, la plus élevée de sa carrière à ce chapitre. Cela a aussi permis à Ovechkin de récolter un autre match de plus d’un point, le 384e de sa carrière dans cette catégorie. Dans l’histoire de la ligue, seulement 21 autres joueurs ont réussi plus de matchs de plus d’un point qu’Ovechkin.

Paquette de retour, Niku aussi

Comme on pouvait le prévoir, Cédric Paquette a effectué son retour au jeu mercredi soir, lui qui n’avait pas joué depuis le 9 novembre. Il n’a toujours pas récolté de point cette saison. Le défenseur Sami Niku a également été ajouté à la formation, le temps de subir une percutante mise en échec de Tom Wilson lors de la deuxième période. Un autre défenseur, Mattias Norlinder, a donc été laissé de côté. En ce qui le concerne, une décision n’a toujours pas été prise quant à savoir s’il restera ici ou s’il retournera poursuivre sa saison en Europe. Plus tôt en matinée, Dominique Ducharme avait affirmé que cette décision allait arriver au terme du présent voyage du Canadien, qui doit se terminer samedi soir à Pittsburgh.

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