Produits de vapotage

Les saveurs, une bouée de sauvetage pour des milliers d’ex-fumeurs

En réponse au texte de Flory Doucas « Produits de vapotage : de l’importance d’interdire les saveurs », publié le 13 février

L’année 2021 sera cruciale pour 1,1 million d’ex-fumeurs au Québec et ce n’est pas juste en raison de la pandémie. Des milliers d’ex-fumeurs et vapoteurs pourraient être confrontés à un choix déchirant : continuer de vapoter une saveur de tabac, qui rappelle le goût de la cigarette, ou recommencer à fumer.

Dans sa lettre ouverte « Produits de vapotage : de l’importance d’interdire les saveurs », madame Flory Doucas réclame sans nuance l’interdiction des arômes pour décourager les jeunes de vapoter. Soyons très clairs : l’Association des représentants de l’industrie du vapotage (ARIV) et ses membres ne veulent pas que les jeunes aient accès à des produits de vapotage en aucun temps. Nous partageons la volonté des parents et celle du gouvernement de restreindre l’accès au vapotage pour les jeunes. Il est d’ailleurs interdit par la loi aux propriétaires de boutiques de vendre des produits de vapotage à des mineurs.

Les jeunes qui vapotent le font après s’être procuré des produits dans l’illégalité, en ligne ou avec l’aide d’un adulte. L’éducation et la sensibilisation font partie de l’équation. Rappelons-nous aussi que la prohibition de l’alcool n’a pas, hélas, empêché les jeunes de boire.

Malheureusement, les jeunes sont de plus en plus instrumentalisés par différents groupes antivapotage, loin du rationnel, loin de la science, loin des faits et loin de la réalité terrain du quotidien des milliers d’ex-fumeurs adultes au Québec qui se battent pour ne pas replonger dans le tabagisme.

N’oublions pas que les vapoteurs sont pour la grande majorité d'ex-fumeurs. Ces adultes québécois, de toutes les tranches d’âge, ont tous lutté pour arrêter de fumer, souvent après avoir accumulé les échecs.

En interdisant les saveurs comme l’envisage le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, des milliers d’ex-fumeurs adultes ne pourront plus vapoter, leur seule solution de rechange au tabac.

Presque la majorité des vapoteurs qui visitent nos boutiques vous le diront : pas question pour eux de vapoter une saveur de tabac, aussi bien retourner s’acheter un paquet de cigarettes au dépanneur…

Plusieurs de ces ex-fumeurs risquent de recommencer à fumer la cigarette alors que d’autres iront simplement acheter leurs produits de vapotage sur des sites web établis à l’extérieur du Québec ou s’approvisionner sur le marché illicite.

En Nouvelle-Écosse, à la suite de l’interdiction des saveurs l’an dernier, la province a enregistré une hausse des ventes de cigarettes avec un ratio quatre fois plus élevé que dans les provinces voisines. Cette réalité terrain devrait inquiéter notre gouvernement et les autorités de santé publique.

Reconnu par Santé Canada, le vapotage est moins dommageable que la cigarette et fait partie des solutions pour réduire les méfaits du tabagisme auprès des fumeurs*. En Angleterre, plusieurs experts en réduction des méfaits ont démontré que les produits de vapotage constituent un outil efficace dans la lutte contre le tabagisme. Au Québec, le réputé cardiologue Martin Juneau, de l’Institut de cardiologie de Montréal, a rappelé l’importance des saveurs lorsque le gouvernement a annoncé son intention de les bannir. « Une grave erreur d’interdire les saveurs autres que celles de tabac. Les études montrent que les adultes ne veulent pas vapoter une saveur de tabac. Cette recommandation va favoriser le retour au tabagisme chez les adultes et les produits illégaux plus toxiques », plaidait-il sur Twitter le 9 décembre dernier.

Nous demandons un temps d’arrêt au gouvernement du Québec. Prenons le temps de bien faire les choses pour protéger nos jeunes, mais aussi pour protéger les ex-fumeurs adultes.

La discussion sur les saveurs doit être rationnelle et transparente entre la Coalition elle-même, les acteurs de cette industrie légale, les experts en santé publique, les experts en réduction des méfaits et les instances gouvernementales. Sans ce temps d’arrêt, nous pourrions le regretter et le payer très cher collectivement. Avec des milliers d’ex-fumeurs qui recommenceraient à fumer, le système de la santé serait encore plus engorgé alors qu’il est déjà fragilisé.

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