Un festival aussi prestigieux qu’intime

Park City, Utah — La réputation du festival du film de Sundance n’est plus à faire. De grands noms du cinéma viennent y présenter leurs œuvres en primeur. Des cinéastes en début de carrière ont la chance d’y montrer leurs couleurs. Pour la première fois depuis le début de la pandémie, le septième art sous toutes ses formes est de nouveau à l’honneur à Park City et à Salt Lake City. La Presse est sur place.

Jeudi midi, journée de lancement du festival, Park City donnait l’impression de se trouver dans une boule à neige. Les flocons tombaient sans relâche sur cette ville aux airs de carte postale, avec ses chalets en bois rond, ses boutiques indépendantes, ses cafés accueillants et ses bars où se poser pour l’après-ski. Où qu’on regarde, les montagnes de la chaîne Wasatch surplombent la ville, gigantesques et majestueuses.

Dans les rues, des bannières et des affiches annoncent la tenue du 39e festival de Sundance, la première édition à se tenir en personne depuis 2020. Sundance revit et l’artère principale de Park City, Main Street, grouille de monde. Dans cette ville où les pistes de ski bordent les trottoirs, nombreux sont ceux qui reviennent d’une descente ou s’apprêtent à dévaler les sentiers enneigés. Ces jours-ci, les sportifs côtoient des dizaines de milliers de cinéphiles venus de partout aux États-Unis et de l’étranger.

La plupart de ceux qui y sont allés le diront et quelques heures sur place suffisent pour s’en rendre compte : plus qu’un festival, Sundance est une communauté soudée par une passion commune pour le cinéma. « Le plus important pour Sundance est de créer une communion en personne, une magie qui ne peut être remplacée par rien au monde », affirme Joana Vicente, PDG de l’Institut Sundance, qui organise le festival.

Lors d’une rencontre avec les médias pour amorcer les festivités, la PDG de l’organisme, fondé dans les années 1980 par Robert Redford pour soutenir les cinéastes indépendants (notamment par l’entremise du festival), se dit émue de voir enfin le festival battre son plein. Les deux dernières années ont été éprouvantes pour l’organisation, qui s’est tournée vers le virtuel, comme bien d’autres, mais qui a souffert de ne pas pouvoir rassembler sa communauté dans des salles de cinéma.

Les deux éditions précédentes ont toutefois laissé leur marque sur celle qui se tient cette année. Pour la première fois, le festival est hybride. À l’autre bout du monde, il est possible d’accéder à la plupart des œuvres au programme. Pour des projections très courues, les festivaliers sur place ont ainsi une chance de voir les films pour lesquels il ne reste plus de billets. « Le festival est maintenant beaucoup plus accessible et on va continuer de bâtir là-dessus », dit Joana Vicente.

Sundance est un incontournable du circuit des festivals de films. Sous la thématique « Tous les regards vers les indépendants », on y présente des courts et longs métrages, des documentaires, des films de fiction et des œuvres quelque part entre les deux. De grands cinéastes comme Chloé Zhao, Damien Chazelle et Ryan Coogler y ont fait leurs premières armes et plusieurs d’entre eux y reviennent régulièrement. Des réalisateurs sont sélectionnés pour y montrer leurs premiers films, dans l’espoir d’attirer l’attention du public, mais aussi de distributeurs ou de producteurs.

Navettes et vedettes

C’est d’ailleurs à Sundance que le conte de fées du film CODA a commencé : le deuxième long métrage de la réalisatrice Sian Heder, présenté au festival en 2021, est tombé dans l’œil d’Apple, qui a déboursé 25 millions US pour ses droits de distribution. Cette adaptation du film français La famille Bélier a fini par remporter l’Oscar du meilleur film.

« Ce n’est pas nécessairement le nombre de contrats signés à la fin qui permet de mesurer le succès du festival », note cependant Eugene Hernandez, directeur de Sundance, également présent à la conférence de presse. « C’est plus grand que ça. » La directrice de la programmation de Sundance, Kim Yutani, abonde : « Ça ouvre des possibilités. Des gens se rencontrent dans la navette ! »

Et il est vrai que des rencontres se font dans les bus qui permettent aux festivaliers de se rendre gratuitement d’un lieu de diffusion à un autre à travers Park City. Ou dans les files d’attente. Ou dans les cafés.

Un sourire poli mène bien souvent à une longue discussion avec des inconnus, sur les films que l’on a vus ou que l’on a hâte de voir, sur la ville et sur la vie. Quelque chose à Sundance fait tomber les barrières.

Park City ne fait que 45 km2 de superficie, et à tous les coins de rue ou presque, un bénévole est présent pour donner un coup de main. Même chose autour des lieux de diffusion à Salt Lake City, capitale de l’Utah, à trois quarts d’heure de route.

Le cœur de l’action demeure toutefois Park City. C’est là que les festivaliers font la file, parfois pendant plus d’une heure, devant les salles de cinéma, dans des tentes aménagées pour les aider à braver le froid. C’est là aussi que circulent les vedettes de cinéma.

Cette année, parmi les invités de prestige, on compte Anne Hathaway, Alexander Skarsgård, Dakota Johnson, Tiffany Haddish, Gael García Bernal et Adèle Exarchopoulos. Michael J. Fox était présent vendredi pour la première d’un documentaire sur sa vie.

Les artisans près du public

Jeudi, juste avant la projection du film The Pod Generation, mettant en vedette Emilia Clarke et Chiwetel Ejiofor, une dizaine de personnes grelottaient en faisant le pied de grue devant l’Eccles Theater, la plus grande salle de la ville. Toutes espéraient une photo ou un autographe des vedettes du long métrage de la réalisatrice française Sophie Barthes.

Todd, qui vient de l’Oregon chaque année depuis 2013 pour assister au festival, attendait avec son ami sous une lampe chauffante. Photos à faire autographier en main, cet avocat nous a raconté avoir pour hobby d’aller à la rencontre des vedettes durant les premières. « C’est intéressant de voir les gens qui ont fait les films », nous dit-il.

« On aime tous le cinéma ici et c’est bien de pouvoir discuter avec ceux qui ont réalisé, fait les costumes ou joué dans les films qu’on va voir. On les voit aux premières, pendant les périodes de questions ou parfois juste dans la rue. »

— Todd, festivalier

À Sundance, pas d’immense tapis rouge extérieur comme à Cannes ou à Berlin. Park City maintient une aura intimiste, tout en étant un arrêt majeur, l’un des big five, soit les plus grands festivals de films (avec Venise, Toronto, Berlin et Cannes).

L’évènement tient à sa mission principale : révéler de nouvelles voix du cinéma. Des œuvres de 28 pays sont présentées cette année à Sundance, sélectionnées parmi 16 000 candidatures. Parmi celles-ci, la série La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé, réalisée par Xavier Dolan. Alors que la santé du milieu cinématographique a été fort précaire ces dernières années, les artistes ont plus d’histoires à raconter que jamais.

Le festival du film de Sundance se poursuit jusqu’au 29 janvier.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.