Noah Corson et la persévérance

À 24 ans, le fils de Shayne Corson croit toujours en son rêve de jouer dans la LNH

Buffalo — Les histoires sur les fils d’anciens joueurs sont forcément toujours axées sur le père. Rien de plus normal ; c’est lui que les amateurs connaissent.

Dans la formation des Devils du New Jersey au tournoi des recrues, on retrouve un joueur du nom de Noah Corson, qui a donc hérité de Shayne Corson un nom de famille et des traits physiques qui ne laissent aucun doute. La ressemblance est frappante.

Mais lors de notre rencontre avec Noah Corson, samedi, sous les gradins du LECOM Harborcenter, le Québécois a parlé de sa mère bien avant son père. Son histoire en est une de persévérance, et c’est à elle qu’il donne une bonne partie du mérite.

« C’est my rock, comme on dit en anglais. Elle a toujours été là pour moi. À 19, 20 ans, quand ça allait moins bien et que je pensais prendre un autre chemin, elle m’a dit de ne pas lâcher, de croire en moi. J’avais juste besoin de ça. Je suis vraiment reconnaissant. »

Si sa mère, qui a demandé de ne pas être nommée dans l’article, est si importante, c’est qu’elle a essentiellement élevé Noah Corson seule. Le petit avait 2 ans quand Shayne Corson a quitté le Canadien – après son deuxième séjour à Montréal – pour les Maple Leafs de Toronto. C’est à cette époque que le couple s’est séparé, et la relation entre le père et le fils n’a jamais été très étroite.

« On est encore en contact, dit-il. Il me texte, il essaie de prendre des nouvelles. Mais toute ma vie, j’ai eu ma mère et mon petit frère, et je n’ai pas besoin de plus. »

Pas besoin de lui parler très longtemps pour comprendre l’importance de sa mère. « C’est la femme de ma vie. Elle a tout donné pour moi. Quand on était plus jeunes, on avait des problèmes financiers, mais elle s’arrangeait pour que j’aie toujours les meilleurs bâtons, les meilleurs patins, les meilleurs programmes de hockey. Elle m’a tout donné. »

Au bout du fil, sa mère confirme les nombreux sacrifices. Quand Noah était adolescent, par exemple, la famille a déménagé dans les Cantons-de-l’Est, afin que le jeune homme puisse jouer dans le programme de hockey du collège du Mont-Sainte-Anne. « J’ai vendu mon commerce à Montréal, vidé mes économies, et là, j’ai eu des problèmes, pour payer le hockey et l’école, admet-elle au bout du fil. Mais j’ai appris à me débrouiller seule dans la vie. Je suis une battante, je pense que Noah a appris ça de moi. »

Corson reconnaît qu’il n’a pas eu l’enfance typique d’un fils de joueur, même s’il traîne le bagage qui vient avec cette étiquette. « La ressemblance est là, les gens m’en parlent et c’est normal. Ça ne me dérange pas. Ça fait 21 ans que je vis comme ça. Je me fais chirper [narguer] là-dessus sur la glace des fois et ça me passe six pieds par-dessus la tête, ça fait partie de la game et de toute façon, moi aussi, je chirpe les autres !

« Cette situation, ça a créé une petite boule en moi, un feu qui fait de moi la personne que je suis sur la glace. »

Prise en main

Corson est réclamé au 37e rang du repêchage de la LHJMQ de 2014, mais un manque de sérieux et une attitude parfois problématique l’empêchent de prendre son envol dans le circuit Courteau. Il partage son temps entre la LHJMQ et l’Inouk de Granby, au niveau junior AAA.

Une fois son passage dans la LHJMQ terminé, il se met à parcourir les quatre coins de l’Amérique, d’abord dans le junior AAA avec Saint-Gabriel-de-Brandon, puis Grande Prairie, en Alberta, avant un séjour avec des clubs de troisième et cinquième divisions en Suède. Il revient ensuite sur le continent pour jouer pour Evansville et Knoxville, dans la Southern Professional Hockey League.

Arrive la pandémie, pendant laquelle Corson se résigne à se prendre « une job à 15 $ de l’heure », dit fièrement sa mère. Mais côté hockey, les portes sont fermées, si bien qu’en 2020, sa mère rédige une lettre qu’elle envoie à une dizaine de directeurs généraux de la Ligue américaine afin qu’ils accordent une chance à son fils.

Ça mord chez les Wolves de Chicago, qui invitent Corson à leur camp. Mais la pandémie, qui complique la saison 2020-2021, change les plans. Un an plus tard, désormais appuyé par l’agent Nicola Riopel, Corson reçoit une nouvelle invitation des Wolves, qui veulent tenir parole après l’invitation de l’année précédente.

Corson en ressort avec un contrat de la Ligue américaine. Les Wolves le cèdent à leur filiale de Norfolk, dans l’ECHL. Contre toute attente, Corson y explose offensivement. Avec 55 points en 57 matchs, il conclut la saison 2021-2022 au 2e rang des compteurs de son équipe. Ses succès lui valent même un rappel de deux matchs dans la Ligue américaine, un exploit pour un attaquant qui n’a jamais amassé plus de 25 points en une saison dans la LHJMQ.

« C’est mon développement physique, mais ma maturité aussi. Je prends le hockey beaucoup plus au sérieux maintenant. Avant, je ne faisais pas tous les détails qu’un pro, qu’un bon joueur junior doit faire. Je l’ai compris plus tard dans mon cheminement. »

« Au gym, l’an passé, je prenais ça au sérieux, cette année aussi, et ça paraît dans mes stats. »

— Noah Corson

Il se fait au passage suspendre à deux reprises et finit la saison avec 162 minutes de pénalité, un sommet dans son club. « Je dois faire attention, mais je ne devrai jamais perdre cet aspect. Ça fait partie de moi. C’est comme ça que je donne mon 100 % à une équipe », explique-t-il.

Il serait facile de relier son style de jeu à celui de son père, mais c’est plutôt la vie dans une famille monoparentale qui, estime-t-il, l’a modelé ainsi. « J’ai toujours eu du caractère, une carapace pour ma mère et pour mon petit frère. L’aspect protecteur envers mes coéquipiers, ça vient de là. »

Corson espère maintenant que sa persévérance le mènera à la LNH, même s’il ne se fixe pas d’échéancier pour y parvenir. « J’y vais un jour à la fois. Je veux juste montrer aux jeunes que même si c’est difficile dans le junior, il y a toujours une chance si tu donnes ton 100 %. La Ligue nationale, c’est encore mon rêve, même si j’ai 24 ans. »

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