95e soirée des Oscars

Qui aura les faveurs de l’Académie ?

Everything Everywhere All at Once (Tout, partout, tout à la fois) est la production qui a le plus de chances de remporter des statuettes lors de la prochaine soirée des Oscars. Cité 11 fois, ce film de Daniel Kwan et Daniel Scheinert, aussi délirant qu’éclaté, obtiendra-t-il les faveurs des membres de l’Académie ? Ou préféreront-ils consacrer une production plus « traditionnelle » comme The Banshees of Inisherin, The Fabelmans ou À l’Ouest, rien de nouveau ? Cinq observations à propos de la liste des finalistes dévoilée mardi.

Chaude concurrence chez les interprètes

Il planait déjà des rumeurs favorables autour de la plupart des actrices et acteurs en lice dans les catégories d’interprétation. Austin Butler (Elvis), Colin Farrell (The Banshees of Inisherin), Brendan Fraser (The Whale), Paul Mescal (Aftersun) et Bill Nighy (Living) se livreront une chaude lutte. Si, du côté des femmes, la performance de Cate Blanchett dans Tár semble être au-dessus de la mêlée, il reste que l’affection enthousiaste que suscite Michelle Yeoh, formidable dans Everything Everywhere All at Once, pourrait mêler les cartes. Si les présences d’Ana de Armas (Blonde) et de Michelle Williams (The Fabelmans) étaient aussi attendues dans cette catégorie, il en est tout autrement de celle d’Andrea Riseborough. L’actrice britannique est la tête d’affiche de To Leslie, un film absent du circuit des grands festivals et qui, sauf erreur, n’est jamais sorti chez nous. Réalisé par Michael Morris, il est cependant offert sur les plateformes. Dans les catégories de soutien, Angela Bassett (Black Panther : Wakanda Forever) et Ke Huy Quan (Everything Everywhere All at Once) partent favoris.

Une production allemande en excellente position

All Quiet on the Western Front, en lice dans neuf catégories, dont celle du meilleur film de l’année, est le titre international d’Im Westen nichts Neues. Cette troisième adaptation cinématographique du roman classique d’Erich Maria Remarque a la particularité d’avoir été entièrement produite, contrairement aux deux autres, dans le pays d’origine de l’auteur. Sous la gouverne d’Edward Berger (Jack, Deutschland 83), appuyé par une technologie dont ne disposaient évidemment pas ses prédécesseurs (la version la plus célèbre, réalisée par Lewis Milestone, est sortie en 1930 !), À l’Ouest, rien de nouveau devient une expérience immersive, destinée à plonger le spectateur dans l’horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale. Diffusé par Netflix, le film est finaliste dans les catégories réservées au meilleur film, au meilleur film international, au scénario adapté, à la direction photo, aux maquillages et coiffures, à la trame musicale, à la direction artistique, au son et aux effets visuels.

La France absente

Une surprise de taille a marqué l’annonce des finalistes dans la catégorie du meilleur film international. L’un des grands favoris pour obtenir l’une des cinq places disponibles était Saint-Omer, le candidat français. L’excellent film d’Alice Diop, Grand Prix à la Mostra de Venise, a pourtant été écarté. Dans cette catégorie, l’entrée allemande All Quiet on the Western Front semble imbattable, du simple fait d’avoir été aussi retenue dans plusieurs autres catégories (dont celle du meilleur film de l’année). Cela dit, il ne faudrait pas négliger Argentina, 1985, qui a récemment remporté le Golden Globe du meilleur film dans une autre langue que l’anglais. La lutte sera d’autant plus serrée que deux films lancés au Festival de Cannes l’an dernier sont également de la partie : l’émouvant Close, du Belge Lukas Dhont, qui a obtenu le Grand Prix, et l’étonnant EO, du Polonais Jerzy Skolimowski, Prix du jury. The Quiet Girl, de l’Irlandais Colm Bairéad, gagnant du Grand Prix de la section Generation Kplus à Berlin l’an dernier, complète la sélection.

Le retour du boys club ?

Après les triomphes successifs de Chloé Zhao (Nomadland) en 2021 et de Jane Campion (The Power of the Dog) l’an dernier, les réalisatrices sont cette fois écartées de la catégorie de la meilleure réalisation, laquelle ne comporte que cinq finalistes. Sarah Polley aurait peut-être pu espérer une sélection puisque Women Talking fait partie des 10 productions en lice pour l’Oscar du meilleur film, mais les membres de l’Académie faisant partie de la branche des cinéastes en ont décidé autrement. Ils ont plutôt jeté leur dévolu sur Martin McDonagh (The Banshees of Inisherin), Daniel Kwan et Daniel Scheinert (Everything Everywhere All at Once), Steven Spielberg (The Fabelmans), Todd Field (Tár) et Ruben Ostlünd (Triangle of Sadness). Il s’agit d’une neuvième citation dans cette catégorie pour Steven Spielberg, déjà lauréat en 1994 (Schindler’s List) et en 1999 (Saving Private Ryan). Si jamais l’honneur revenait aux « Daniels », il s’agirait d’une première victoire pour un tandem depuis le sacre de Joel et Ethan Coen en 2008, grâce à No Country for Old Men.

Une déception et une main tendue…

Depuis la sortie de son merveilleux Pinocchio, Guillermo del Toro profite de toutes les tribunes qui lui sont offertes pour affirmer qu’un film d’animation est du cinéma à part entière. Son message ne semble cependant pas avoir été entendu par les membres de l’Académie. À part une citation – attendue – dans la catégorie du meilleur film d’animation, Guillermo del Toro’s Pinocchio brille par son absence partout ailleurs, y compris dans la catégorie de la meilleure chanson originale (Ciao Papa). Par ailleurs, il sera intéressant de voir si les sélections de grandes productions populaires comme Avatar : The Way of Water et Top Gun : Maverick, toutes deux retenues dans la catégorie du meilleur film de l’année notamment, ramèneront des téléspectateurs devant leur petit écran pour suivre la cérémonie.

Présentée par Jimmy Kimmel, la 95e soirée des Oscars aura lieu le 12 mars au Dolby Theatre de Los Angeles.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.