La fin de la pandémie approche, selon l’OMS

Le ministre Duclos lance un appel à la prudence

Ottawa — Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que la fin de la pandémie de COVID-19 est « à portée de main », le ministre fédéral de la Santé, Jean-Yves Duclos, prêche la plus grande prudence.

« J’invite ceux qui pensent que la pandémie est terminée à visiter un hôpital. Ils vont voir à quel point la situation n’est pas facile », a affirmé le ministre Duclos au cours d’une entrevue accordée à La Presse mardi, premier jour de la rentrée parlementaire.

« La pandémie est toujours là. Si vous allez dans les hôpitaux au Québec ou ailleurs au pays, il y a entre 4000 et 5000 personnes qui continuent à être hospitalisées avec la COVID-19. C’est proche du record du niveau d’hospitalisations qu’on avait avant l’arrivée du variant Omicron », a-t-il ajouté du même souffle.

La semaine dernière, le grand patron de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a souligné que les décès attribuables à la COVID-19 dans le monde avaient chuté de 22 % durant la semaine précédente et qu’un peu plus de 11 000 morts avaient été signalés. L’OMS avait aussi recensé une baisse de 28 % des nouveaux cas, poursuivant une tendance à la baisse de la maladie depuis des semaines dans toutes les régions du monde.

Ces chiffres l’avaient conduit à afficher pour la première fois depuis le début de la pandémie un optimisme prudent. « Nous n’en sommes pas encore là, mais la fin est à portée de main », a-t-il alors déclaré, évoquant au passage l’image d’un marathonien qui s’approche du fil d’arrivée.

« C’est le pire moment pour arrêter de courir. Il s’agit plutôt de courir plus fort et de s’assurer de franchir le fil d’arrivée, et de récolter tous les fruits de notre travail acharné. »

— Tedros Adhanom Ghebreyesus, grand patron de l’OMS

Le président des États-Unis, Joe Biden, est allé encore plus loin dimanche dans une entrevue accordée à la chaîne CBS. Le locataire de la Maison-Blanche a en effet décrété que la pandémie de COVID-19 était essentiellement « terminée » aux États-Unis.

« La pandémie est terminée. […] Si vous regardez autour de vous, personne ne porte de masque, et tout le monde a l’air en plutôt bonne forme. Donc, je pense que c’est en train de changer. »

Mais Jean-Yves Duclos, qui demeure le ministre de confiance du premier ministre Justin Trudeau pour mener les efforts du gouvernement fédéral durant la pandémie, offre une lecture différente de la situation.

« La pandémie est moins aiguë qu’en janvier ou février. On observe un plateau depuis avril, où on enregistrait environ 5000 hospitalisations par jour et entre 300 et 500 décès par semaine. C’est quand même beaucoup de monde hospitalisé ou qui meurt de la COVID toutes les semaines », a insisté le ministre.

« Donc, ce n’est pas disparu. C’est moins aigu, et moins cyclique que peut-être il y a quelques mois. Mais c’est toujours parmi nous. »

— Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Santé

M. Duclos a rappelé que le système de soins de santé a été mis à rude épreuve au cours des deux dernières années à cause de la pandémie et que les travailleurs de la santé sont épuisés.

Le ministre a aussi exhorté les Canadiens à obtenir leur dose de rappel. À l’heure actuelle, environ 60 % des adultes ont un statut vaccinal à jour – ils ont obtenu un vaccin dans les six à neuf derniers mois. « Si on passait de 60 % à 90 % de vaccination à jour chez les adultes, on réduirait de 90 % le nombre d’hospitalisations qu’on va autrement observer vers la fin de l’automne et le début de l’hiver. Donc, chaque personne qui se fait vacciner pour mettre son statut vaccinal à jour au cours des prochaines semaines va voir un impact considérable sur le nombre d’hospitalisations qu’on va avoir. »

Fin des exigences vaccinales à la frontière ?

Par ailleurs, le gouvernement Trudeau pourrait suspendre les exigences vaccinales pour les gens qui entrent au Canada à compter du 30 septembre. Concrètement, cela voudrait dire qu’un voyageur qui n’est pas vacciné n’aurait plus à se soumettre à une quarantaine de 14 jours en arrivant au pays.

Ottawa compte aussi mettre fin aux tests aléatoires de dépistage de la COVID-19 dans les aéroports internationaux et aux postes frontaliers, également à compter du 30 septembre. Cependant, l’obligation de porter un masque dans les avions et les trains resterait en vigueur.

Enfin, il envisage de rendre l’utilisation de l’application ArriveCAN optionnelle pour les voyageurs qui arrivent au pays par avion, par voie terrestre ou encore par bateau.

Une source gouvernementale a confirmé à La Presse que ces options étaient à l’étude mardi après-midi. Mais elle a insisté pour dire qu’aucune décision finale n’avait encore été prise.

La campagne de vaccination stagne

Brièvement dopée par l’arrivée du vaccin bivalent, la campagne de vaccination recommence déjà à stagner. En fait, le rythme de la campagne est insuffisant pour augmenter la couverture vaccinale. Au contraire, le nombre de personnes ayant leur vaccination à jour recule. En tenant compte du fait que la Santé publique recommande de se faire vacciner après cinq mois, seulement 21,4 % des Québécois ont leur vaccination à jour. Pendant ce temps, la propagation de la COVID-19 est stable au Québec, mais le nombre de décès demeure élevé. Mardi, le Québec rapportait 933 nouveaux cas de COVID-19, portant la moyenne quotidienne à 717. La tendance est relativement stable sur une semaine. On rapportait également mardi 13 nouveaux décès, portant la moyenne quotidienne calculée sur sept jours à 12. La tendance est en hausse de 18 % sur une semaine. On notait également une diminution de 15 hospitalisations. Les 1520 personnes hospitalisées présentement représentent une baisse de 5 % sur une semaine. Aux soins intensifs, les 36 patients représentent une hausse de 9 % sur une semaine.

— Pierre-André Normandin, La Presse

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