Et si on parlait de tourisme

Les campagnes électorales sont de formidables occasions de réfléchir collectivement à nos aspirations pour l’avenir. Et si on parlait de tourisme.

En 2019, avant la pandémie, le tourisme injectait 104,4 milliards de dollars dans l’économie canadienne⁠1. Au Québec, il était le troisième produit d’exportation, représentant quelque 16,4 milliards en revenus et 400 000 emplois⁠2.

Après plus de deux ans d’un bouleversement mondial inédit et malgré les insécurités liées à l’inflation, la relance est résolument amorcée. Notamment grâce à l’attachement renouvelé pour leur coin de pays des Québécois, qui ont réalisé qu’une soirée dans un festival, une nuit à l’hôtel ou un repas au resto du coin comblait leur besoin criant d’évasion.

Le tourisme, c’est l’industrie du bonheur !

Or, la situation est préoccupante et les défis colossaux.

Alors qu’elle représentait déjà un enjeu en 2019, la pénurie de main-d’œuvre constitue aujourd’hui le principal obstacle auquel fait face l’industrie de l’accueil. La plus durement touchée par la pandémie, faut-il le rappeler.

Répondant à l’appel des gouvernements, plusieurs employés qualifiés se sont réorientés au cours des deux dernières années. Et ce, malgré le fait qu’une écrasante majorité affirmait préférer poursuivre dans ce secteur⁠3.

Fait particulier, selon RH Tourisme Canada, 36 000 postes de gestionnaires seraient actuellement à pourvoir au pays. L’industrie est affectée à tous les niveaux. Et cet exode des compétences n’épargne pas le Québec.

On n’y échappera pas… le gouvernement doit s’impliquer pour dénouer cette crise.

Premièrement, les organismes ayant pour mandat de redorer l’image de l’industrie, fortement écorchée durant la pandémie, doivent obtenir un soutien accru. Ils ont désormais une double mission : positionner l’offre touristique du Québec sur les scènes nationale et internationale, tout en attirant des travailleuses et travailleurs vers ses métiers et professions.

Vers un tourisme durable

Il s’avère également essentiel de déployer un maximum d’efforts pour valoriser la formation dans les secteurs de l’accueil. Tout comme il le fait pour d’autres industries, le gouvernement se doit d’inciter les jeunes à choisir le tourisme comme profession d’avenir. Et de les soutenir dans l’obtention de leur diplôme : leur passeport pour une carrière pérenne. Car le tourisme n’est pas qu’une industrie de passage. Son personnel et ses gestionnaires devront opérer un virage vers un tourisme durable et éthique ; plus sécuritaire, plus technologique et bien ancré dans son milieu. Et ils auront plus de chance d’y arriver avec une formation de qualité.

Inspirons-nous des modèles existants ! Développons, pour ceux et celles qui ont choisi de faire carrière en tourisme, des outils de professionnalisation et de valorisation permettant de les distinguer des employés occasionnels venus leur donner un coup de main durant la haute saison.

En matière d’immigration, le gouvernement doit ajouter des mesures additionnelles propres à l’industrie du tourisme afin de faciliter le recrutement d’étudiants étrangers. Qu’importe sa langue maternelle, un étudiant vivant une intégration positive dans son milieu d’apprentissage, en français, sera davantage susceptible de choisir le Québec comme terre d’adoption.

Emploi Québec doit sortir de ses vieux paradigmes, considérer le tourisme comme une industrie prioritaire, adapter et moderniser ses pratiques afin de répondre aux besoins spécifiques de ses secteurs d’activité.

Le gouvernement doit également s’appliquer à abattre les silos entre les ministères de l’Éducation, du Travail, de l’Immigration, et ainsi favoriser des initiatives novatrices pour l’industrie.

Le tourisme est un pilier économique du Québec, un levier important du développement de nos régions et un outil fondamental de cohésion sociale.

Je rêve d’un gouvernement qui le clamera haut et fort !

1. Selon Destination Canada

2. Consultez le Rapport annuel de gestion 2019-2020 du ministère québécois du Tourisme et de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec

3. Consultez l’étude du Comité sectoriel de main-d’œuvre en tourisme (2020)

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