Coups roulés

Un si petit mouvement et pourtant…

Le coup de golf le plus simple à effectuer en matière d’habiletés techniques est certainement le coup roulé. Nul besoin d’être doté de capacités physiques hors du commun pour le maîtriser. Pourtant, il s’agit de la portion du jeu qui fait le plus grincer des dents. Pourquoi en est-il ainsi et pourquoi ne voit-on pas plus d’amateurs s’y attarder ? Dossier complet d’un mouvement peu entraînant !

Mise en situation : vous avez un peu plus d’une heure devant vous pour aller pratiquer au terrain d’exercice du club de golf près de chez vous. Envisagez-vous de pratiquer vos coups roulés ? Si oui, combien de temps pensez-vous passer sur le vert d’entraînement ? Quels sont les points sur lesquels vous allez travailler ? Avez-vous des exercices pour simuler la pression ressentie lors des parties de golf ? Quelles sont vos attentes en matière de performances sur les verts ?

Toutes ces questions sont malheureusement trop souvent balayées du revers de la main, car même s’il s’agit de la portion du jeu qui influence le plus votre carte de pointage, la pratique des coups roulés n’attire tout simplement pas les foules. « Ce n’est pas sexy ! », raconte d’entrée de jeu le professionnel en titre au Club de golf Montcalm, Éric Laporte. « Les coups roulés, c’est l’opération chirurgicale du golf. Ça demande du doigté et de l’attention, mais personne n’est prêt à y mettre les efforts. La majorité des gens s’enragent lorsqu’ils ratent le vert à 120 verges, mais sont plus ou moins indifférents pour trois coups roulés sur une distance de 20 pieds », explique le golfeur âgé de 42 ans.

Même son de cloche pour le professionnel Yohann Benson qui est affilié au Club de golf Le Mirage. « Je donne plus d’une centaine de leçons par année et je peux compter sur les doigts d’une main les gens qui sont venus me voir pour une leçon sur les verts. C’est comme si les gens n’étaient pas prêts à investir de l’argent dans l’enseignement des coups roulés, comme si le seul fait de pratiquer un peu plus allait leur permettre d’obtenir de meilleurs résultats » analyse Benson en tentant d’y trouver une explication.

Les coups roulés ne se limitent pas uniquement au mouvement de pendule qui est enseigné. On parle davantage d’une science puisque cela implique la vision, la lecture des verts, la posture, les éléments ajustables d’un fer droit ainsi que l’aspect mental qui est de ce côté probablement le sujet le plus traité d’un point de vue littéraire.

Il est certain qu’il s’agit là d’aspects que l’on retrouve également dans les autres sphères du jeu, mais c’est tout de même surprenant de savoir qu’il s’agit d’un mouvement physiquement simple à réaliser, ô combien important au niveau de la performance, mais où beaucoup d’amateurs semblent se baigner dans une certaine indifférence.

La vision et vos sensations

Heureusement ou malheureusement, tout dépend de votre opinion à ce sujet, les verts ne sont pas tous plats. C’est probablement ce qui explique une grande partie de la difficulté de notre sport.

La lecture des surfaces est un art qui s’apprend et se développe, mais il est important de comprendre que ce n’est pas toujours vos yeux qui vous donnent les meilleures informations quant à l’inclinaison de votre prochain coup roulé.

La méthode AimPoint instaurée en 2008 par Mark Sweeney est reconnue mondialement et a rapidement fait ses preuves sur les circuits professionnels avec notamment les succès d’Adam Scott et Lydia Ko.

Cette technique s’appuie d’abord et avant tout sur les sensations au niveau des pieds pour discerner l’inclinaison d’un vert ou de l’une des sections où est situé le fanion. Voilà pourquoi vous apercevrez à l’occasion, en regardant un tournoi de golf à la télévision, plusieurs golfeurs et golfeuses chevaucher leur ligne de coup roulé.

Cette procédure permet d’évaluer le degré d’inclinaison pour ensuite vous installer derrière la ligne du coup roulé. À l’aide de ses doigts et de son œil dominant, la personne est en mesure de mieux visualiser la véritable cible.

« Cette méthode me permet d’enlever tout doute lors de ma routine », raconte Billy Houle, professionnel en titre au Club de golf Joliette et qui utilise la méthode AimPoint depuis plus de cinq ans.

« Une fois que tu as fait la formation et que tu connais tes paramètres, la prise de décision est beaucoup plus simple. La dernière chose dont tu as besoin c’est d’un doute tout juste avant d’effectuer un coup roulé. »

— Billy Houle, professionnel en titre au Club de golf Joliette

Pour habituer l’œil à bien voir les inclinaisons sur les verts, le professionnel Yohann Benson conseille de débuter sur les verts de pratique les plus inclinés possible. « Au départ, ce n’est pas important que le roulé soit difficile ou non, l’important c’est de développer l’œil à voir des trajectoires vers la gauche ou vers la droite. Malheureusement, la majorité des verts de pratique sont relativement plats ce qui ajoute à la difficulté pour les golfeurs et golfeuses qui désirent développer un bon sens à ce niveau », explique le professionnel qui a agi à titre de cadet pendant plus de cinq saisons sur le circuit de la PGA.

Oeil dominant

Si votre sens de l’équilibre est le meilleur outil pour la lecture de vos coups roulés, il est important de connaître les forces et les faiblesses de vos yeux.

D’abord, chaque individu possède un œil dominant, c’est-à-dire qu’il y a plus d’informations visuelles provenant d’un œil en particulier. La professionnelle émérite Debbie Savoy Morel, avait d’ailleurs réalisé un excellent conseil de golf à ce sujet dans le cadre de notre émission de télévision Au 19e.

Grâce à un test oculaire bien simple, il est possible de savoir quel œil dirige en quelques sortes votre vision. Compte tenu de la position à l’adresse du golfeur en relation avec sa cible, il s’agit là d’un élément décisif pouvant influencer la confiance avant d’entamer le mouvement. L’objectif ultime est de s’assurer que les sensations obtenues avec les pieds révèlent la même chose que l’information visuelle.

Fait intéressant, selon Derek Uyeda, entraîneur de plusieurs golfeurs et golfeuses professionnels, dont l’américain Xander Schauffele, 75% des golfeurs professionnels sur le circuit de la PGA sont à « œil dominant opposé », c’est-à-dire qu’un golfeur droitier possède un œil gauche dominant, ou l’inverse. Pour ce qui est de la lecture et de la vision lors de la position à l’adresse, il s’agit d’un avantage.

La technique

Une compréhension de la mécanique entourant ce simple geste peut certes vous permettre de produire un mouvement plus constant et ainsi tendre vers de bas pointages.

Pour le professionnel en titre au club de golf Joliette, c’est d’abord et avant tout une question d’alignement. « C’est le premier élément. Si la face de votre fer droit lors de la position d’adresse n’est pas alignée à l’endroit où vous pensez, tout le reste est compromis. Ensuite, d’un point de vue mécanique et de contrôle de la force, on doit s’assurer qu’il n’y a qu’un seul effet de levier », a renchéri Billy Houle.

Il est vrai que pour un simple petit geste de pendule, plusieurs des membres de votre corps peuvent intervenir durant l’action : les mains, les poignets, les coudes, les épaules, le tronc et même le bas du corps peuvent tous être impliqués et bouger d’une façon ou d’une autre, ce qui n’est pas nécessairement souhaité.

Cependant, dans la même lignée que les propos de Houle, de plus en plus de professionnels voient le volet technique d’un coup roulé comme l’un des derniers éléments à vérifier.

« Il faut d’abord s’assurer de comprendre ce que le golfeur ou la golfeuse voit comme ligne de coup roulé. Si la personne en position à l’adresse ne regarde pas au bon endroit par rapport à où elle croit être alignée, ça ne sert pas à grand-chose de s’assurer que son mouvement soit techniquement parfait, car il va nécessairement y avoir un geste compensatoire »

— Derrick Booth, professionnel de l’Académie FGA

Appuyé sur l’expertise et la philosophie de Derek Uyeda, Booth veut d’abord s’assurer que les yeux sont bel et bien calibrés, c’est-à-dire d’être apte à bien voir la ligne d’un coup roulé.

« L’élément de la posture qui est primordial est la position des yeux et elle est différente selon chaque individu. La tendance actuelle est que les joueurs et joueuses professionnels sont inclinés de façon à ce que leurs yeux soient le plus perpendiculaires possible une fois qu’ils pivotent la tête pour regarder vers leur cible », explique Booth.

Selon cette méthodologie, la calibration des yeux doit se faire d’abord et avant tout sur un coup roulé parfaitement droit. Une fois que la position du corps a été ajustée en fonction d’une vision optimale, la personne est ensuite mise au défi avec une variation de coups roulés inclinés vers la droite et vers la gauche. De cette façon, il est plus facile d’établir les tendances de la personne.

L’ajustement

Le fer droit, communément appelé le putter, semble en apparence être la pièce d’équipement la plus simple à choisir étant donné qu’il ne sert qu’à faire rouler la balle. Certains diront qu’il ne doit pas y avoir rien de sorcier là-dedans… En fait, il y a beaucoup plus de géométrie impliquée qu’il n’y parait.

L’objectif d’un ajustement sur mesure est d’assurer un roulement de la balle immédiatement après l’impact.

À l’œil nu pour la majorité des amateurs, si l’on exclut le résultat final, il est difficile de différencier un bon roulement de balle d’un mauvais.

C’est à l’aide d’une caméra haute performance que l’on constate comment la balle réagit après l’impact.

Saviez-vous que même lors de vos coups roulés, votre balle produit de l’effet rétro ? Ce qui n’est pas une bonne chose en soi, mais la raison peut être votre geste, mais aussi votre équipement.

Autre aspect géométrique venant avec l’effet rétro est l’angle d’envol. Plus il y aura de l’effet rétro, plus votre balle risque de bondir avant de se mettre à rouler quelques pouces plus loin. Il est ici question de pouces, mais c’est évidemment ce qui fait la différence entre un coup roulé réussi ou raté.

Plus votre balle aura tendance à rebondir au sol une fois frappée, plus la dispersion des coups roulés sera grande, donc moins de constance en termes de direction et de puissance.

L’outil

Pour ce qui est des paramètres modifiables, ils sont nombreux : longueur de la tige, grosseur de la poignée, angle au repos et angle d’ouverture de la face. C’est sans compter les centaines de modèles de têtes de fers droits qui existent sur le marché.

La majorité des professionnels vous le diront, ça prend d’abord et avant tout un fer droit que vous aimez regarder, peu importe le style.

Effectuer un coup roulé est ce qui demande le plus de sensations. Il est donc essentiel d’avoir entre les mains un fer droit avec lequel on se sent confortable, du moment où le dépose au sol, jusqu’au son produit à l’impact, en passant par la pesanteur ressentie lors du mouvement. Chaque modification au niveau des composantes n’aura pas le même effet pour tous les golfeurs. Il y a des tendances, mais rien n’est garanti. Chacun réagit différemment.

En termes de tendance remarquée, la majorité des golfeurs possèdent un fer droit dont la tige est trop longue, ce qui amène les golfeurs à adopter une position trop reculée par rapport à la balle ou à plier davantage les bras pour ainsi adapter leur posture à leur bâton.

Une autre tendance qui est de plus en plus remarquée est d’un point de vue visuel. Moins il y a de lignes sur la tête du fer droit et la balle, mieux sera votre vision depuis la position à l’adresse, c’est-à-dire qu’il y aura moins de chances de distorsion.

« Des points sur la tête du fer droit, c’est génial selon moi. En fait, ce que l’on remarque est que plus la ligne qui vous aide à vous aligner est près de la face, plus votre vision aura tendance à être déportée vers l’intérieur. »

— Derrick Booth, professionnel de l’Académie FGA

C’est en analysant les différentes facettes de cette portion du jeu que l’on comprend rapidement pourquoi on dit que c’est un art. Chacun doit y développer sa propre recette, car tout le monde a le potentiel d’y devenir habille. Il ne s’agit que de faire rouler la balle après tout !

Exercices et statistiques

Lorsque vient le temps d’effectuer des exercices sur le vert de pratique, les professionnels de golf sont unanimes : l’attention des amateurs n’est pas au bon endroit alors que la majorité des coups roulés pratiquée avant une partie sont d’une distance variant entre 20 et 30 pieds.

« En fait, les coups roulés les plus importants sont situés entre 6 et 12 pieds de la coupe », mentionne Billy Houle, professionnel en titre au Club de golf Joliette.

« C’est à cette distance que je veux développer des automatismes avec une bonne routine », a-t-il renchéri.

C’est donc à ce niveau que vos échauffements, ou mieux, vos entraînements devraient être axés.

Pour Éric Laporte, il est physiquement encore plus près du trou. « Quand je suis en préparation pour une compétition, j’effectue beaucoup, mais beaucoup de coups roulés de 4 pieds. Voir la balle entrer dans le trou la majorité du temps permet de s’imprégner cette image positive et augmenter ma confiance. Si tu ne développes pas de confiance à cette distance, ça ne s’annonce pas bien pour la suite », explique le professionnel en titre du club de golf Montcalm.

Du côté de Yohann Benson, il y a un ordre bien précis quand vient le temps de s’entraîner sur le vert de pratique.

« Je vérifie d’abord l’alignement de ma posture en plaçant des tiges au sol, de façon à créer visuellement des rails. Ensuite, je m’attarde à la direction en limitant la marge d’erreur pour le roulement de ma balle. Une fois que je suis bien aligné et que mes coups se dirigent dans la bonne direction, je teste la vitesse des verts. Puis, je termine avec la lecture de mes coups roulés. »

— Yohann Benson, professionnel au Club de golf Le Mirage

Statistiques des meilleurs au monde

5 pieds et moins : Billy Horschel 98,56 % (moy : 96,7 %)

Entre 5 et 10 pieds : Jason Kokrak 65,26 % (moy : 56,53 %)

Entre 10 et 15 pieds : Rhein Gibson 41,12 % (moy : 30,19 %)

Entre 15 et 20 pieds : Rafael Campos 30,67 % (moy : 18,54 %)

Entre 20 et 25 pieds : Adam Scott 20,48 % (moy : 12,43 %)

Source : pgatour.com, saison 2021

Elle termine rarement dans le trou

Nombre de coups roulés de plus de 10 pieds réussis par partie :

Louis Oosthuizen a terminé premier avec une moyenne de 7,2. La moyenne a été de 4,7 coups roulés réussis par partie.

Nombre de coups roulés de plus de 20 pieds réussis par partie :

Harris English a dominé le circuit avec une moyenne de 2,5. La moyenne a été de 1,2 coup roulé réussi par partie.

Source : pgatour.com, saison 2021

Pas facile !

Les 5 parcours possédant les verts les plus difficiles à maîtriser sur le circuit de la PGA, excluant les tournois majeurs.

1 - Club de golf Chapultepec (Championnat du Mexique, WGC)

2 - Torrey Pines, parcours sud (Omnium Farmers Insurance)

3 - Pebble Beach Golf Links (Tournoi AT & T Pro-am)

4 - Riviera Country Club (Omnium Genesis)

5 - Glen Oaks Club (Omnium Northern Trust en 2017)

Source : Data Golf

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