Allégations de gestes sexuels

Une université veut annuler un don de 500 000 $

L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) doit se tourner vers les tribunaux pour rayer un don de 500 000 $ devenu embarrassant. Le généreux donateur Bryan A. Coates, un poids lourd du milieu minier québécois, aurait commis des gestes de nature sexuelle à l’égard de deux employées de l’Université en marge d’un souper avec le recteur l’an dernier.

Ces allégations se trouvent dans une requête déposée lundi en Cour supérieure du Québec par la Fondation de l’UQAT contre M. Coates, ex-grand patron de Redevances Aurifères Osisko, l’une des plus importantes sociétés minières québécoises. Joint par La Presse mercredi, M. Coates a refusé de commenter.

Quelques mois après son départ d’Osisko, Bryan A. Coates a conclu une entente avec la Fondation de l’UQAT en novembre 2020 pour verser 500 000 $ dans un fonds de dotation destiné à la recherche et à l’innovation dans l’industrie minière. Une somme versée en actions de sociétés minières.

De passage dans la région, le 18 août 2021, Bryan A. Coates a été invité dans un restaurant connu de Rouyn-Noranda par le recteur de l’UQAT, Vincent Rousson, pour discuter de la stratégie entourant la campagne de financement, indique la poursuite. Deux employées de l’UQAT participaient également à ce souper. Les quatre personnes ne s’étaient jamais rencontrées en personne.

La Fondation allègue dans sa requête que Bryan A. Coates s’en serait alors pris à ces deux femmes lorsque le recteur a quitté le souper.

Après le repas, M. Coates aurait commis un « geste de violence à caractère sexuel » à l’égard de la première employée, et ce, en présence de sa collègue, a-t-elle confié au recteur, indique le document judiciaire.

L’expression « violence à caractère sexuel » utilisée dans la requête réfère à sa définition dans la Politique visant à prévenir et traiter les violences à caractère sexuel incluant le code de conduite de l’Université. Cette définition ratisse large et englobe l’agression sexuelle, le harcèlement sexuel, mais également les propositions insistantes à caractère sexuel non désirées.

À la suite de cette « confidence », le recteur a alors immédiatement déclenché une enquête interne conformément à la politique de l’Université, indique la requête judiciaire. Pendant l’enquête, la seconde employée « a confié au recteur avoir fait elle aussi l’objet d’une agression sexuelle par le Donateur à la fin de la soirée […] hors de la présence de l’autre employée et du recteur », indique la requête. Les deux femmes ont été dirigées par le recteur vers le programme d’aide aux employés de l’UQAT, selon la requête.

Les gestes ou paroles exacts reprochés à M. Coates ne sont pas précisés dans la requête, de même que l’identité des deux employées de l’Université. Précisons que M. Coates ne fait face à aucune accusation criminelle, selon une recherche au plumitif.

Pas de simple remboursement possible

Au terme de l’enquête, quelques semaines plus tard, l’Université et la Fondation de l’UQAT ont coupé les ponts avec Bryan A. Coates en lui retirant notamment la coprésidence de la campagne majeure de financement. Puis, de septembre à décembre 2021, la Fondation a tenté de trouver une façon de redonner les 500 000 $ à son donateur. Or, un simple remboursement s’est avéré impossible.

En effet, si la Fondation retournait le demi-million au donateur, elle risquait de se voir imposer par l’Agence du revenu du Canada une pénalité de 525 000 $, en plus de mettre en péril son enregistrement comme organisme de bienfaisance. Ces sanctions auraient un « effet dévastateur » sur la Fondation et l’Université, souligne-t-on dans la requête.

C’est pourquoi la Fondation demande à la Cour supérieure du Québec de faire annuler le don, compte tenu des « gestes graves et des circonstances » allégués dans la requête.

« Considérant la requête judiciaire qui est toujours en cours, l’UQAT et la Fondation de l’UQAT n’émettront aucun commentaire sur ce dossier », a indiqué à La Presse la directrice des communications de l’UQAT.

Bryan A. Coates a passé une quinzaine d’années au sein de la société minière Osisko, à l’origine de la mine d’or de Malartic, en Abitibi-Témiscamingue. De 2014 à décembre 2019, il a été président de Redevances Aurifères Osisko, société établie à Montréal, dont l’actif clé est une redevance de la mine de Malartic, la plus importante mine d’or au pays. Il n’est plus employé de la société, a confirmé cette dernière par courriel.

M. Coates a également quitté ses fonctions de président du C.A. de la société minière Falco en décembre 2021. Le résidant de Mont-Tremblant dirige son entreprise de consultation, Normétal Conseils inc., selon le Registraire des entreprises.

— Avec Vincent Larouche, La Presse

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