20 et une nuits

Un roman « sur la résilience et l’espoir »

Après avoir publié de nombreux essais sur l’intimidation, l’homosexualité, la bienveillance et la croissance personnelle, Jasmin Roy ose une première œuvre de fiction, 20 et une nuits. Un roman très sombre dans lequel un écrivain déchu, qui a tenté de se suicider, discute avec un enfant malade qui l’amène à revoir ses certitudes.

En entrevue, l’animateur affirme ne pas être un écrivain comme les autres. « Je connais des auteurs qui ont une flamme d’écriture perpétuelle, alors que moi, c’est comme si j’avais ressenti tout d’un coup le besoin d’écrire sur ces deux personnages qui m’habitaient depuis longtemps. »

Après des années à mijoter l’histoire dans son esprit, il invite les lecteurs à découvrir Xavier, un écrivain de 54 ans qui n’a plus envie d’écrire ni de goûter au bonheur.

« Xavier n’est pas moi du tout, car j’ai le bonheur facile, mais j’ai quand même 55 ans. Quand on franchit la cinquantaine, on commence à faire des bilans et à réaliser qu’on a vécu beaucoup de désillusions professionnelles et amoureuses. Xavier a de la difficulté à se redéfinir, après s’être défini uniquement par son travail », explique celui qui est aussi président de la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais.

De page en page, le personnage parle de la gloire et de l’argent comme de chimères addictives et affirme avoir été brisé par la célébrité. Un constat qu’arrive à comprendre son auteur.

« Quand on devient connu, les gens voient des parcelles de nous sans avoir accès à l’ensemble du portrait. Ils ont l’impression de nous connaître et de nous aimer, mais pas pour ce qu’on est réellement. Tu le sens en rentrant chez toi tout seul… »

— Jasmin Roy

Jasmin Roy se rappelle l’ivresse qu’il a ressentie à l’époque où il jouait dans le phénomène télévisuel Chambres en ville. « C’était grisant, un peu comme une drogue ! Certains artistes font n’importe quoi pour en avoir. Mais pour moi, c’est une illusion. C’est facile de s’étourdir avec l’amour éphémère du public. »

Un écrivain amer

Son personnage affirme qu’il ne fait pas partie de la bourgeoisie littéraire, que les médias le snobent et qu’il déteste les rencontres avec ses lecteurs. Une perception très sévère du milieu littéraire. « C’est son opinion. Il a beaucoup de mépris pour les autres. Mais c’est vrai que certains auteurs à succès ne sont jamais entendus dans les émissions littéraires. Et plusieurs écrivains vont dans les salons du livre par obligation. Sinon, ils n’iraient pas. »

Le caractère sombre de Xavier sera contrebalancé dans le roman par les visites régulières d’un petit garçon malade, Gabriel, inspiré d’une rencontre faite par Jasmin Roy à l’époque où les interprètes de Chambres en ville avaient été invités à visiter des enfants malades. « J’avais fait la connaissance d’un jeune plein de vie, joyeux, qui s’amusait et qui courait partout. Je lui avais demandé en quelle année il était à l’école et il m’avait répondu : “Je ne vais pas à l’école, je vais mourir cette année !” Comme si je l’achalais avec mes histoires de grands, alors qu’il voulait seulement vivre ce qui lui restait à vivre. »

C’est pour cette raison que le petit Gabriel de l’histoire a une propension naturelle à être heureux.

« Je pense qu’il joue à vouloir rester heureux, malgré ses difficultés. Il attend le prochain instant de bonheur qui va le réanimer. Et il demeure un enfant qui joue. Ça lui permet de rester au-dessus de la mêlée sans souffrir. »

— Jasmin Roy

Après avoir entendu les infirmières parler de Xavier, qui était cliniquement mort avant d’être réanimé, le petit imagine que son nouvel ami a « guéri » de la mort. « Ça le fascine, car il voit monsieur Xavier comme un miraculé. Puisque Gabriel va lui-même mourir bientôt, il imagine qu’il y a peut-être un espoir de guérir de la mort, alors il questionne Xavier sur ce qui s’est passé, même si celui-ci ne se souvient de rien. Ça suscite en lui le désir de revenir à la charge continuellement. »

Changement de trajectoire

Jasmin Roy n’a pas hésité une seconde à offrir au public un livre qui contient plusieurs réflexions cyniques et pessimistes. « Pour moi, c’est avant tout un livre sur la résilience et l’espoir. Mais quelque part, j’ai aussi des parties noires à l’intérieur. Et j’ai vu beaucoup d’artistes connaître énormément de succès avant de tomber dans la déchéance. Il y en a plus qu’on pense, même si on aborde peu cette facette du milieu. »

En lisant son roman, on est surpris de voir son personnage affirmer : « Ça peut être enivrant, l’impression d’être utile, mais c’est une illusion. » Surtout venant d’un auteur qui multiplie les implications sociales depuis des années. « Oui, je partage son impression que ça peut être une illusion. Il faut faire la distinction entre se sentir utile et l’être véritablement. Par exemple, quand un artiste pense que sa chanson va aider à sauver la planète, ça peut y contribuer, sans la sauver. Il faut remettre les choses en perspective et rester humbles. »

En librairie le 8 avril

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