Transport collectif

Au-delà des « ponts par million »

La création de l’indicateur des « ponts par million d’habitants » par le gouvernement Legault pour justifier un troisième lien à Québec a soulevé l’incrédulité. Mais plusieurs indicateurs existent déjà pour évaluer les déplacements.

Au moment où les projets de transport fourmillent dans la province, et qu’elle vise à atteindre 1,5 million d’autos électriques sur ses routes d’ici 2030, les habitudes des Québécois évoluent rapidement.

0,4

C’est le nombre de voitures par habitant à Montréal, selon des données de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Il s’agit de la deuxième région québécoise ayant le moins d’automobiles par rapport à sa population, surtout parce que les systèmes de transport collectif y sont plus développés qu’ailleurs. Seul le Nord-du-Québec, avec un peu plus de 0,3 voiture par habitant, enregistre un taux plus bas que la métropole. Dans son cas, c’est surtout la courbe démographique qui semble avoir une incidence, les naissances y étant plus nombreuses qu’ailleurs. Le plus faible nombre de routes joue aussi un rôle.

92,2 %

Part modale de l’auto au Saguenay–Lac-Saint-Jean. La part modale est la part des déplacements effectués selon le mode de transport. Les transports en commun n’obtiennent que 2,2 %. Dans le Grand Montréal, la majorité utilise surtout la voiture, à environ 69,7 %. À Gatineau et à Québec, environ 80 % de la part modale va à l’auto.

Sur le territoire de l’ARTM

Environ 8,4 millions de déplacements « tous modes » se font tous les 24 heures dans le Grand Montréal, selon l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). On compte près de 34 000 déplacements en transport collectif par tranche de 100 000 habitants, sur la même période. « Cette part modale est calculée en période de pointe du matin, et la part modale du transport collectif est alors de 24 %, indique le porte-parole de l’organisme, Simon Charbonneau. Si on inclut tous les types de transports, le métro et le bus accaparent 17,9 % des usagers quotidiens dans la métropole. »

« On est dans un cul-de-sac en termes de financement. Il faut trouver de nouvelles sources de revenus.  »

— Benoît Gendron, directeur général de l’ARTM, en entrevue avec La Presse au début d’avril

« Manque d’acceptabilité sociale »

Depuis des mois déjà, c’est la formule la plus souvent reprise par les politiciens pour décrire les contestations entourant des projets de transport collectif qui s’intègrent dans des milieux de vie. Tout récemment, le 2 mai, c’est d’ailleurs l’argument qu’a donné le premier ministre François Legault pour annoncer le retrait du tracé du REM de l’Est au centre-ville et l’exclusion de CDPQ Infra du projet, qui sera repris par Québec et Montréal. M. Legault avait alors avoué, dès le début de son allocution, que « le tronçon du centre-ville, [à l’ouest de la rue] Dickson, n’a pas d’acceptabilité sociale ». « On garde ce qui fonctionne [...] et on met de côté ce qui est moins consensuel », avait aussi illustré la mairesse Valérie Plante, à ses côtés.

Des mètres d’autoroute

C’est dans le Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie qu’on trouve le plus de mètres d’autoroute par habitant, avec environ 1,73 m. La donnée varie d’ailleurs considérablement d’une région à l’autre. Pendant qu’en Estrie, on calcule environ 1 m d’autoroute par habitant, ce chiffre atteint à peine 0,4 m dans le Grand Montréal, secteur beaucoup plus populeux. C’est la région de Chaudière-Appalaches qui arrive bonne troisième à ce chapitre, avec 1,59 m d’autoroute par habitant.

Accepter de « nuire aux automobilistes »

Selon la directrice de Trajectoire Québec, Sarah V. Doyon, le principal défi à venir en transport collectif sera d’« accepter de nuire aux automobilistes et de les déranger ». « Tant qu’on ne fera pas ça, ce n’est pas vrai que le transport collectif va progresser comme il pourrait le faire. Si on améliore toujours le réseau routier simultanément, l’auto va toujours gagner », dit-elle, en appelant à avoir du « courage politique ».

« Il faut être game de revoir le financement pour vrai, faire des actions significatives pour rendre les transports en commun plus attractifs, pour tout le monde.  »

— Sarah V. Doyon, chez Trajectoire Québec

De 19 à 25 %

Qui dit pandémie dit moins de gens au centre-ville. Signe que les défis sont grands, un recours élargi au mode de travail hybride (bureau et télétravail) risque de réduire l’achalandage du centre-ville de 19 à 25 % par rapport au niveau prépandémique, selon une étude récente réalisée par la firme PwC Canada pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

100 %

Malgré la sixième vague et les défis qu’elle entraînera, le milieu des affaires montréalais prévoit que 100 % des travailleurs seront de retour – souvent en mode hybride – d’ici septembre.

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