Jean-Guy Pilon (1930-2021)

Un grand rassembleur

Le poète Jean-Guy Pilon est mort des suites d’une thrombose pulmonaire dans la nuit de mardi à mercredi à Montréal. Âgé de 90 ans, il laisse derrière lui une œuvre poétique plusieurs fois primée et d’immenses réalisations en tant que rassembleur infatigable du monde littéraire québécois et international.

C’est un remarquable passeur culturel qui vient de disparaître en la personne du poète Jean-Guy Pilon. Après une douzaine de titres en poésie entre 1954 et 1972, le poète aura marqué le milieu littéraire québécois par son travail de direction à Radio-Canada, ainsi qu’à la tête des revues Liberté et Les écrits et comme fondateur de la Rencontre québécoise internationale des écrivains.

« Son départ soudain nous laisse dans une profonde tristesse. Nous, membres de l’Académie des lettres du Québec, saluons le fondateur irremplaçable, l’ami sensible, le poète juste, l’homme de confiance et de vérité qu’a été Jean-Guy Pilon », a annoncé, par voie de communiqué, l’organisation dont il a été président de 1982 à 1996.

« C’était un grand rassembleur. À Radio-Canada, son service culturel était un service de création. Il organisait les choses avec intelligence et il croyait aux institutions. C’était un animateur littéraire exceptionnel. »

— Le romancier Gilles Archambault

Jean-Guy Pilon avait perdu en décembre dernier sa compagne Denise Viens qui avait aussi travaillé à Radio-Canada. Le poète avait vu le jour le 12 novembre 1930 à Saint-Polycarpe. Après l’obtention d’une licence en droit de l’Université de Montréal en 1954, il entre à Radio-Canada la même année à titre de réalisateur et y fonde en 1970 le Service des émissions culturelles, qu’il dirigera jusqu’à la fin de 1984.

Il a également participé à la fondation des Éditions de l’Hexagone, qu’il a dirigées de 1957 à 1959 pendant que son ami Gaston Miron était à Paris. Il était de la création de la revue Liberté en 1959, qu’il a dirigée pendant 20 ans. C’est là qu’il a publié les premiers poèmes de Denise Desautels.

« Il a également fait entrer beaucoup de femmes à l’Académie des lettres, dit-elle. Il favorisait les échanges intellectuels et amicaux entre les écrivains. C’est lui qui a revitalisé l’Académie des lettres qui était moribonde. Il ne se livrait pas facilement, mais il ne portait pas une pensée unique. Il était ouvert sur tout. »

« C’était quelqu’un de très généreux avec les jeunes auteurs et autrices, ajoute la poète Louise Dupré. Il était plein d’humour et aimait les arts en général. C’était un passeur extraordinaire à un moment où il y avait moins de rencontres internationales que maintenant. »

La directrice du Festival international de la littérature, Michelle Corbeil, voyait Jean-Guy Pilon comme son père spirituel.

« Il m’a tout appris, notamment le fait qu’organiser des rencontres littéraires c’était comme recevoir des amis à la maison. Grâce à lui, j’ai connu les poètes de sa génération comme Gaston Miron et Roland Giguère alors que je n’étais qu’étudiante en littérature. C’était un grand lecteur et il adorait découvrir de nouvelles plumes. Il chérissait l’idée de la transmission. C’est énorme ce qu’il a apporté. »

Le rassembleur pouvait être tranchant, cependant. Lui qui a porté plusieurs casquettes en même temps quittait un poste lorsqu’il pensait en avoir fait le tour. « Il adorait ou détestait, c’était clair », confirme Gilles Archambault. Selon lui, Jean-Guy Pilon était un fervent souverainiste, même s’il était membre de la Société royale du Canada.

«  Jean-Guy croyait beaucoup à l’amitié, mais, bizarrement en groupe, il écoutait plus qu’il ne parlait. Les rencontres et les échanges étaient des choses fondamentales pour lui. Il visait l’universel comme tout véritable écrivain ou poète. »

Ses recueils de poèmes – dont Les cloîtres de l’été (1954) préfacé par le grand poète français René Char, avec qui il a entretenu une correspondance assidue – ont reçu plusieurs prix, dont le Prix du Gouverneur général et le Prix Athanase-David. L’ensemble de sa poésie simple, limpide et amoureuse de la nature a été réédité en 1986 aux Éditions de l’Hexagone sous le titre Comme eau retenue. Il a été décoré de l’Ordre du Canada, de l’Ordre national du Québec et de l’Ordre des Arts et des Lettres de France.

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