Les mascottes de la discorde

La première a été dévoilée cette semaine, la seconde prend son envol aujourd’hui. Mais aucune des deux ne semble faire l’unanimité. Pourquoi tant de haine ?

Pas d’unanimité ? Pourquoi ?

Un paquet de raisons. Par où voulez-vous qu’on commence ? Prenez les Phryges, nouvelles mascottes des Jeux olympiques de 2024 à Paris, dévoilées en début de semaine. Leurs concepteurs pensaient avoir eu un excellent flash, en s’inspirant des bonnets phrygiens, symboles de la Révolution française. Mais les critiques n’ont pas tardé à fuser dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Quel genre de critiques ?

Le ridicule pour commencer. On a très vite comparé la forme des personnages à un clitoris géant, certains mettant même côte à côte les pauvres mascottes et des graphiques de cet organe de l’appareil génital féminin, pour faire valoir leur point de vue. Vrai que les ressemblances sont frappantes. Mais après tout, pourquoi pas. Un petit cours d’éducation sexuelle ne fait de mal à personne… n’est-ce pas, messieurs ?

C’est tout ?

Mais non. Au-delà de la moquerie, l’affaire est devenue politique, quand on a appris que 80 % des 2 millions de peluches des Phryges vendues aux JO de Paris seront fabriquées… en Chine. Cette information a suscité un tollé chez les tenants du made in France, qui ont dénoncé cette délocalisation absurde et contre-productive. Yves Jégo, fondateur de la certification France garantie, a parlé d’une « douche froide », tandis que le souverainiste Florian Philippot, ancien bras droit de Marine Le Pen au sein du Front national, a tweeté : « Il y a toute une clique qui veut la mort de la France et de son industrie. » Encore plus remonté, le polémiste Laurent Alexandre a parlé d’un « scandale », d’une décision « toxique » et d’un « suicide intellectuel », ajoutant : « Je ne sais pas qui est le crétin qui a eu l’idée de faire fabriquer ces mascottes en Chine. »

Hou là. Ça commence à déraper ! Rien de positif pour les pauvres Phryges ?

Si. Un baume pour les partisans du « panier bleu-blanc-rouge », 20 % des peluches seront fabriquées en France par l’entreprise Doudou et Compagnie, située à La Guerche-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. Assez français à votre goût ? Le hic, c’est qu’elles seront vendues plus cher ! Que voulez-vous, c’est la réalité du marché… fort payante, du reste ! Si l’on se fie aux sites Yahoo ! Finance et SportsBuzzBusiness, la mascotte des Jeux de Rio en 2016 aurait rapporté près de 300 millions de dollars américains en bénéfices et celle des Jeux de Tokyo en 2021, 130 millions. Pour info : les mascottes aux JO existent depuis Munich en 1972.

Avec tout ça, on allait presque oublier l’autre sujet de discorde

Oui. Il se nomme La’eeb, et c’est la mascotte de la Coupe du monde de soccer, qui commence aujourd’hui au Qatar.

Quelle est la controverse ?

Parlons plutôt d’incompréhension. Car personne ne semble trop comprendre s’il s’agit d’une raie manta ou d’une version qatarie de Casper le gentil fantôme. Beaucoup ont aussi relevé le fait qu’il s’agit de la première mascotte de la Coupe du monde à ne pas avoir de pieds, le comble pour du football.

Mais alors, que représente La’eeb ?

Ni raie ni Casper, mais une version stylisée de la ghutra, ce bout de tissu blanc que portent certains hommes arabes sur leur tête. Selon la FIFA (Fédération internationale de Football association), La’eeb serait originaire d’un métavers peuplé de mascottes et veillerait sur la Coupe du monde depuis des années. Pour les plus critiques, il symbolise plutôt le fantôme des ouvriers morts au Qatar pendant la construction des stades et, plus largement, l’esprit désincarné de l’évènement.

Ces pauvres mascottes sont-elles au moins un peu efficaces, côté marketing ?

On a posé la question à Myriam Brouard, professeure de marketing à l’Université d’Ottawa. Sa conclusion est mitigée : « La mascotte du Qatar est représentative de la culture et d’une population homogène. C’est un chapeau qui fait partie du quotidien et de l’habillement traditionnel. Les Phryges représentent la Révolution française, mais ça ne représente peut-être pas la France hétérogène d’aujourd’hui. C’est une icône. Mais il y a beaucoup de gens qui n’auront pas de sentiment d’appartenance… »

Sources : Midi Libre, Paris Match, Le Parisien, RTL, Yahoo ! Finance, SportsBuzzBusiness, The Sporting News

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