« Un double standard », dénonce la famille de Jannai Dopwell-Bailey

Ses proches déplorent que le meurtre de l’adolescent noir n’ait pas reçu la même attention que celui de Thomas Trudel

La famille de Jannai Dopwell-Bailey, un adolescent noir de 16 ans, mort poignardé dans le stationnement de son école, le 18 octobre dans le quartier Côte-des-Neiges, s’insurge de ne pas avoir eu droit aux mêmes égards que les proches de Thomas Trudel, 16 ans lui aussi, assassiné dimanche soir dans le quartier Saint-Michel.

« Il y a un double standard », a dénoncé son frère Tyrese Dopwell-Bailey, vendredi, en sortant de l’église après les funérailles de l’adolescent. « Nous avons beaucoup de support de la communauté, mais pas de la part des dirigeants et des gens au pouvoir. Nous souffrons autant que la famille de Thomas, mais nous ne sommes pas traités de la même façon. »

« Beaucoup de gens ont balayé sous le tapis la mort de Jannai. Mais il n’était pas juste un enfant noir, il était un enfant ! », a renchéri sa cousine, Onicha John.

Cette semaine, la mairesse de Montréal Valérie Plante s’est déplacée sur les lieux du meurtre de Thomas Trudel en compagnie du chef de police, Sylvain Caron. Le premier ministre du Québec François Legault est lui aussi allé se recueillir à l’endroit du drame.

Selon Tyrese Dopwell-Bailey, la mairesse Plante a été invitée à participer à une veillée aux chandelles tenue le 22 octobre dernier à la mémoire de Jannai, mais n’a pas répondu à l’invitation.

« Valérie Plante est très engagée dans le meurtre de Thomas qui vient de se produire, mais nous n’avons pas reçu le même engagement de sa part. »

— Tyrese Dopwell-Bailey, frère de Jannai Dopwell-Bailey

La mort de Thomas Trudel, un deuxième jeune de 16 ans tué en moins d’un mois à Montréal, est une tragédie, a souligné Onicha John.

« Cette violence entre les jeunes doit cesser. Ceci est la vraie vie, ce n’est pas un jeu vidéo. J’espère qu’avec ce deuxième drame, les gouvernements vont faire quelque chose », demande-t-elle.

Questionné au sujet de l’absence de Mme Plante à la veillée tenue à la mémoire de Jannai Dopwell-Bailey, son cabinet a répondu que la mairesse était profondément bouleversée par ce drame, en soulignant que la mairesse élue de l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, Gracia Kasoki Katahwa, et la conseillère du district, Magda Popeanu, y ont participé.

« Ne cherchez pas les ennuis »

La mère de la victime, Charla Dopwell, a quant à elle lancé ce message aux jeunes : « Poursuivez vos rêves, et ne cherchez pas les ennuis ! »

« Mon fils ne méritait pas ça, il n’avait que 16 ans. Il était une belle âme. C’est très difficile pour nous. »

— Charla Dopwell, mère de Jannai Dopwell-Bailey

La mère éplorée venait d’assister à la cérémonie funéraire organisée à la mémoire de Jannai à l’église anglicane Saint-Paul, dans le quartier Côte-des-Neiges. La petite église était bondée. Plusieurs adolescents, les yeux rougis par les larmes, ont dû rester debout pendant toute la célébration.

« Et si Justin Trudeau avait été tué à 16 ans ? », a lancé le cousin de la victime, Kevin George, dans son hommage à l’adolescent. « Et François Legault ? Et Valérie Plante ? Et Martin Luther King ? Et Albert Einstein ? Et Bob Marley ? », a-t-il ajouté, pour montrer à quel point il était tragique de mourir si jeune.

« Chaque enfant est important, peu importe la couleur de sa peau, la langue qu’il parle ou le quartier où il vit. »

M. George a tracé le portrait d’un adolescent, surnommé Twizzy, enjoué, énergique, curieux, passionné de danse et de rap. Jannai avait récemment enregistré sa première pièce de rap dans un studio, a-t-il rappelé.

« Ta voix demande justice, a-t-il dit. Elle se fait entendre pour faire de ce monde un meilleur endroit pour nos enfants. »

« Aucun enfant ne devrait avoir à subir ce que Jannai a subi, après l’école, dans cette cour d’école. Chaque individu, chaque famille et ceux qui sont au pouvoir doivent faire les changements nécessaires pour transformer nos quartiers et communautés en oasis d’espoir. »

— Kevin George, cousin de Jannai Dopwell-Bailey

L’émotion était à son comble lorsque Charla Dopwell a éclaté en sanglots et poussé des plaintes déchirantes, alors qu’une musicienne interprétait la chanson I Will Always Love You.

Mais des souvenirs joyeux ont aussi été évoqués. Son frère a rappelé que Jannai aimait corriger les fautes de grammaire de ses proches et qu’il avait déjà appris à son oiseau à faire des prouesses.

« Si on peut retenir une leçon de cette tragédie, c’est qu’il faut dire à nos enfants qu’ils sont beaux, qu’ils ont du talent. Il faut les encourager et leur dire qu’ils peuvent réaliser leurs rêves », a-t-il conclu.

Un adolescent de 16 ans a été arrêté quelques jours après la mort de Jannai Dopwell-Bailey et accusé de meurtre au deuxième degré. Le 26 octobre, il a renoncé à son enquête sur remise en liberté et est donc resté détenu.

Il doit être de retour devant le juge le 30 novembre. La Couronne a déjà signifié son intention de demander une peine pour adulte dans cette affaire.

À la suite de la mort de Jannai Dopwell-Bailey, une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux dans laquelle des jeunes cagoulés ridiculisaient sa mort, en brandissant notamment un long couteau, tout en narguant les amis de la victime.

Contrôle des armes à feu

Ottawa continuera de « renforcer les lois »

Tandis que Québec et Montréal accentuent la pression sur Ottawa dans la foulée du meurtre de Thomas Trudel, le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, a défendu vendredi le Code criminel comme étant « très fort » et a promis d’agir pour « renforcer les lois et les ressources frontalières » sur le contrôle des armes à feu. « On a fait plus que n’importe quel gouvernement dans l’histoire canadienne pour les armes à feu », a lancé M. Lametti en marge d’un point de presse vendredi à Laval, en rejetant ainsi les attaques des autres ordres de gouvernement. Il affirme au contraire que le gouvernement Trudeau est très proactif en ce sens. « On a déjà fait une annonce pour interdire les armes d’assaut et on est en train d’étudier la question des armes de poing », a-t-il dit. Depuis le meurtre du jeune Thomas Trudel dans le quartier Saint-Michel, dimanche, Québec et Montréal ont tous deux pressé Ottawa d’en faire plus pour contrôler la circulation des armes à feu.

— Henri Ouellette-Vézina, La Presse

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