RADAR M

Marie-Ève Milot Sans censure

Interprétation au théâtre, à la télévision, au cinéma, écriture dramaturgique et essais, Marie-Ève Milot est une machine à faire du beau, du laid, du vrai.

Elle arrive du Portugal : « Quatorze belles journées passées avec mon grand ami à lire des romans et des essais ». On dirait même qu’il subsiste un peu de lumière dorée dans la voix de la comédienne que l’on connaît entre autres pour ses rôles à la télé (Mirador, Mémoires vives, Mensonges, 19-2, Les Pays d’en haut). Le prétexte de l’entrevue : Marie-Ève montera cet automne sur les planches du théâtre de la Colline, à Paris, pour jouer Les Barbelés, une pièce d’Anick Lefebvre.

« C’est un monologue de plus d’une heure, l’histoire d’un personnage non genré à qui il pousse des barbelés dans le corps. Avant de mourir, il veut s’exprimer. C’est une tragédie contemporaine qui parle entre autres de censure, d’autocensure, de ce qui nous appartient vraiment. Est-ce que notre imaginaire, ce que l’on a vécu nous appartient? Jusqu’à quel point tout cela a-t-il été colonisé? »

BOUM! En quelques phrases prononcées dans le micro du téléphone, la comédienne donne envie d’acheter des billets d’avion pour aller voir cette pièce créée suite à l’invitation du directeur du théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad. Même si Les Barbelés sera joué au Théâtre de Quat’Sous, la saison prochaine (2018-2019).

Celle qui se prépare à vivre deux mois sous les toits de la Ville lumière se réjouit à l’idée de s’y créer de petites habitudes de quartier, de s’y « faire des repères, un hood ».

Mais il y a encore plus excitant, comme le fait que le texte de l’auteure ait été taillé tout juste pour elle. « C’est un privilège. C’est précieux. Anick écrit dans une langue exigeante : c’est dense, c’est de la haute voltige, c’est… olympique! Et il y a une musicalité contre laquelle il faut se battre constamment », explique celle qui connaît bien le travail d’écriture pour avoir commis elle-même plusieurs pièces. En effet, Marie-Ève est la codirectrice artistique du Théâtre de l’Affamée, en résidence pour les deux prochaines années au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui. Avec son acolyte Marie-Claude Saint-Laurent, elle présentera d’ailleurs Chiennes en mars prochain : une réflexion sur la trentaine, la course folle, l’anxiété, l’éventail de choix devant lesquels on se trouve, la vie, quoi. « La prochaine création est en cours d’écriture. »

Et il n’y a pas que l’écriture théâtrale qui occupe Milot. En plus de reprendre du service dans le rôle de Rosa-Rose Ducresson, dans la deuxième saison des Pays d’en haut, elle a rédigé un essai, La coalition de la robe, dont la sortie est prévue à l’automne aux Éditions du remue-ménage. « C’est une analyse féministe du théâtre québécois francophone », avance-t-elle simplement lorsqu’on lui demande de quoi traite l’ouvrage. « Les deux sujets qui m’animent le plus sont la création et le fait d’être féministe. Pour moi, le féminisme n’est pas un sujet, c’est une façon de penser, d’aborder le monde. Ce sont des lunettes qui donnent une perspective nouvelle. C’est une forme de résistance qui, j’oserais dire, est le moteur de ma création. Ça me donne l’espoir que les choses vont changer. »

Les barbelés,

du 8 novembre au 2 décembre 2017 au Petit théâtre de la Colline à Paris.

Chiennes, du 13 au 31 mars 2018 au Théâtre d’Aujourd’hui

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