La Maison Véro & Louis

Un vrai chez-soi pour des adultes autistes

Lorsque Nathalie Ferland a vu Véronique Cloutier et Louis Morissette apparaître dans le salon, elle a fondu en larmes, submergée par l’émotion. Sa fille Marie-Christine, 25 ans, avait revêtu sa plus belle robe pour l’inauguration, fin mai, de cette maison spécialement adaptée pour que des adultes autistes comme elle puissent y vivre de façon permanente.

C’était la première fois que le couple rencontrait les familles dont les enfants vont s’installer dans la Maison Véro & Louis, pavillon Lowe’s Canada, à Varennes, et tous les yeux étaient brillants.

« La différence que vous faites dans nos vies n’a pas de prix… Il n’y a pas de mots assez forts pour expliquer notre reconnaissance », a murmuré Nathalie Ferland en serrant sa fille dans ses bras.

Dans ce bâtiment flambant neuf, entouré de verdure et du chant des oiseaux, voisin de copropriétés nouvellement construites, tout respire le calme et la sérénité. L’ambiance est feutrée, spécialement aménagée pour éviter toute stimulation sensorielle qui viendrait perturber le bien-être des résidants. Et absolument tout, dans les moindres détails, a été réfléchi et expressément conçu dans cette optique : les lumières sont discrètes, les coins, arrondis, les miroirs des salles de bains se ferment pour ceux qui préfèrent éviter de voir leur réflexion, le blanc des murs se marie au bois d’une teinte claire pour créer un effet apaisant… Même les comptoirs en acier inoxydable de la cuisine sont mats pour éviter toute réverbération.

Au rez-de-chaussée de cette maison de deux niveaux, ultramoderne et climatisée, se trouvent des salles communes pour les activités, un piano, un espace d’exercice, des salles de repos à l’éclairage tamisé où les résidants peuvent choisir entre un fauteuil berçant et un fauteuil à billes (bean bag). Il y a aussi deux salles à manger, une pour ceux qui préfèrent un coin intime, alors que l’autre donne sur de grandes portes vitrées avec vue sur le jardin doté d’une piscine et d’un spa.

« L’endroit que j’aurais voulu pour ma fille est exactement comme ça, et celui-là est même encore mieux que dans mes rêves. »

— Sophie Massicotte, mère d’Alexandra

La fille de Sophie Massicotte, Alexandra, qui communique par l’intermédiaire de sa tablette électronique, était tout sourire pour ce moment émouvant. Elle avait hâte d’emménager dans cette maison où elle habitera, comme Marie-Christine, en colocation avec 15 autres adultes âgés de 21 à 58 ans et vivant avec un trouble du spectre de l’autisme.

« Ce qu’on vise, c’est que le jeune se sente chez lui, qu’il fasse sa vie ici », précise Guylaine Guay, administratrice et marraine de la Fondation Véro & Louis, et auteure du livre Deux garçons à la mère, une incursion dans l’univers de ses deux fils autistes que Véronique Cloutier a lu et qui a été la source d’inspiration du projet.

« On voulait un modèle pour que le parent puisse choisir pendant qu’il est encore en forme, avec une approche inclusive, novatrice, qui mise sur le bien-être du résidant – qui est la pièce maîtresse du projet. On va pouvoir offrir une paix d’esprit aux parents comme moi », ajoute Mme Guay, dont le fils de 18 ans rêve d’avoir un jour sa chambre dans « la maison de Véro », comme il l’appelle.

Entre autonomie et apprentissages

Le projet concrétisé par la Fondation Véro & Louis a éclos il y a cinq ans, explique Véronique Cloutier, à la fois « fière, émue, excitée » de le voir enfin terminé.

Pour Louis Morissette, cette maison se veut « un complément » à tout ce que les parents ont déjà fait pour que leurs enfants soient le plus autonomes possible.

Les résidants seront en effet soutenus dans leur apprentissage, à leur rythme, par des spécialistes qui leur permettront de développer leur plein potentiel et les accompagneront dans leurs projets de vie. Ainsi, s’ils le souhaitent, ils pourront par exemple choisir de participer aux tâches ménagères ou même acquérir de nouvelles connaissances. C’est le centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Est (CISSME) qui a sélectionné les 16 résidants et réalisé le jumelage pour les quatre espaces de vie du deuxième étage, conçus comme des appartements ayant chacun quatre chambres, un espace commun, une salle de bains et une salle d’eau.

Le CISSME subventionne par ailleurs une portion des frais relatifs au volet éducatif du programme, tandis que le CISSS de la Montérégie-Ouest s’occupe des frais d’hébergement et la Fondation Véro et Louis assume les coûts reliés à l’entretien du bâtiment ainsi que la portion qui n’est pas couverte par les subventions.

Trois universités se sont également associées à cette initiative par l’entremise de projets de recherche spécifiques : l’Université du Québec à Trois-Rivières a implanté les outils technologiques répondant aux besoins des résidants, l’Université de Sherbrooke possède une équipe qui forme le personnel et évalue les impacts à long terme de ce modèle d’habitat, tandis que l’Université de Montréal fera le suivi des résidants sur le plan de leur qualité de vie.

Maintenant que les résidants sont confortablement installés dans leur nouveau foyer, tout ce qui reste, dit Louis Morissette, c’est de faire la preuve que l’initiative fonctionne, dans l’espoir que cette grande maison fasse rapidement des petits.

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