Procès de Giovanni Presta fils

Un véritable arsenal était caché dans un mur chez l’accusé

Une arme semi-automatique, des pistolets chargés et d’autres artisanaux, des silencieux, des masques de silicone représentant des visages d’hommes, des balises GPS ; un véritable trésor, caché dans un trou percé dans un mur, derrière une armoire, attendait les policiers lorsqu’ils ont fait une perquisition chez Giovanni Presta fils à Terrebonne, en février 2019.

Le procès de Presta fils, 37 ans, se déroule depuis le début de la semaine dernière en Cour supérieure devant juge seul, pour le meurtre prémédité du motard Sébastien Beauchamp, mort sous une pluie de balles, dans l’après-midi du 20 décembre 2018 dans le stationnement d’une station-service d’un secteur achalandé de l’arrondissement de Saint-Léonard, à Montréal.

C’est l’ancien tueur à gages du crime organisé Frédérick Silva qui a tué Beauchamp, mais selon la théorie de la poursuite – représentée par MAntoine Piché et MNathalie Kléber –, son chauffeur ce jour-là aurait été Giovanni Presta fils.

Le jour où les policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) ont arrêté Silva après plus de deux ans de cavale, en février 2019, ils ont également fait une perquisition dans la rue d’Anvers à Terrebonne, à la résidence de Presta fils, qu’ils considéraient comme l’un des complices du tueur à gages.

En fouillant la maison, ils ont remarqué que dans la salle de bains du sous-sol, les vis servant à fixer une armoire étaient lâches. Ils ont retiré l’armoire et vu un trou dans le mur.

« Lorsqu’on a enlevé l’armoire, on voyait très bien un trou dans le gypse et des objets y étaient cachés. On a commencé par voir qu’il y avait au moins deux ou trois armes à feu et des sacs. Dans l’un de ceux-ci, il y avait un masque d’homme avec une barbe brune et des cheveux. Il y avait également une plaque d’immatriculation dans cet endroit qu’on a appelé cache d’armes après notre découverte », a raconté Denis Cardin, ancien enquêteur des Crimes majeurs du SPVM, aujourd’hui retraité.

Ailleurs dans la maison de Presta fils, dans différentes pièces, les policiers ont aussi saisi une imprimante 3D, une perceuse à colonne, diverses pièces de plastique et de métal, d’autres silencieux, chargeurs et masques d’homme, une crosse d’arme, un manuel de fabrication d’armes à feu, une douzaine de cartes SIM, des téléphones cellulaires, des ordinateurs portables, des boîtes contenant des munitions, des balises GPS et un manteau d’hiver kaki qui intéressait les enquêteurs.

Une policière, technicienne en scène de crime, a par ailleurs témoigné qu’une empreinte digitale de Presta fils a été identifiée sur le sac d’emballage d’un masque d’homme retrouvé à l’endroit où Frédérick Silva se terrait, rue Duke, à Montréal.

Malibu blanche

La semaine dernière, un enquêteur du SPVM, Victor Melo Gomes, a expliqué que peu après le meurtre de Beauchamp, les policiers ont repéré une caméra de surveillance sur une résidence de la rue Courval, près de l’intersection des boulevards Robert et Langelier. Quelques minutes avant le crime, la caméra a filmé un homme sortant du côté passager d’une voiture Chevrolet Malibu. En sortant du véhicule, l’homme a paru ajuster ce qui semblait être un masque sur son visage. L’individu, dont il est admis qu’il s’agit du meurtrier de Beauchamp, est revenu rapidement quelques minutes plus tard et la Malibu a quitté les lieux.

Les policiers ont ensuite retrouvé la voiture – de location –, qui était munie d’un GPS. Ils se sont aperçus que le même véhicule était présent près des lieux du meurtre le 20 décembre 2018.

Ils ont refait son parcours et trouvé d’autres caméras de surveillance, dont l’une d’une station-service qui a capté des images sur lesquelles ils ont reconnu Giovanni Presta fils faisant le plein de la Malibu.

En défense, MDominique Shoofey a fait admettre à une biologiste judiciaire du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale qu’elle n’avait pas pu établir la présence de l’ADN de Presta fils dans la voiture. Questionnée par MKléber, celle-ci a toutefois précisé que des lingettes désinfectantes peuvent faire disparaître l’ADN d’une personne.

Le procès, qui pourrait prendre fin au début du mois d’octobre, est présidé par le juge Marc-André Blanchard. Giovanni Presta fils est aussi défendu par MAudrey-Bianca Chabauty.

Frédérick Silva a déjà été condamné à la prison à vie pour le meurtre de Sébastien Beauchamp et pour d’autres assassinats.

À la suite de sa condamnation, il est devenu collaborateur pour la police. La poursuite a déposé une déclaration de 60 pages de Silva au commencement du procès de Presta fils, mais elle a choisi de ne pas faire témoigner l’ancien tueur à gages repenti.

Celui-ci est interrogé régulièrement par les enquêteurs du SPVM et de la Sûreté du Québec depuis plusieurs semaines et il pourrait permettre de résoudre plusieurs assassinats commis dans le milieu du crime organisé ces dernières années.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou à l’adresse postale de La Presse.

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