Crise au Parti vert

Annamie Paul devrait échapper au vote sur son leadership

Ottawa — Il semble que les nuages qui planaient au-dessus de la tête de la cheffe du Parti vert se dissipent. Le vote de défiance qui était prévu mardi au conseil fédéral a été annulé, selon ce qu’ont rapporté dimanche des médias anglophones.

Le Parti vert n’a pas voulu confirmer l’information qui a été véhiculée par CBC et le Toronto Star, sur la foi de témoignages de sources anonymes. En revanche, la formation a annoncé qu’Annamie Paul donnerait une conférence de presse ce lundi après-midi dans la circonscription qu’elle brigue, soit celle de Toronto-Centre.

Le conseil fédéral, dont plusieurs membres sont en guerre ouverte avec la cheffe qui a pris les rênes de la formation il y a moins de 10 mois, avait à l’ordre du jour de sa réunion du mardi 20 juillet un vote sur une motion de censure.

« Pas de commentaires »

« On a perdu confiance », affirmait encore vendredi dernier le vice-président du conseil, Daniel Green, en entrevue. Dimanche, il n’a pas répondu aux appels de La Presse. Dimanche aussi, plusieurs autres membres du conseil y sont allés d’un « pas de commentaire » au sujet de ce vote.

La motion aurait dû obtenir 75 % des votes des membres du conseil – 9 sur 12, si Annamie Paul n’avait pas eu le droit de vote – pour être avalisée. Son adoption signifierait qu’une révision du leadership – la note de passage est de 60 % – aurait lieu au congrès du 21 août, au seuil ou au milieu d’une campagne.

Même si on ne se rend pas jusque-là, le dommage est fait, juge Stéphanie Chouinard, professeure agrégée au département de science politique du Collège militaire royal de Kingston.

« C’est certain que ça aura comme effet de nuire aux chances du Parti vert aux élections. Je pense que s’il avait espoir de faire des gains électoraux, il peut faire une croix là-dessus. »

– Stéphanie Chouinard, politologue, vendredi en entrevue

Cela, Daniel Green, qui espère se présenter pour la troisième fois dans la circonscription d’Outremont, ne l’a pas nié vendredi.

« Il est évident que quand il y a de la division dans un parti, ce n’est pas bon. Je le conçois », a-t-il reconnu. Cependant, « pour différentes raisons dont beaucoup sont confidentielles », la dirigeante a perdu son conseil en cours de route, a ajouté l’environnementaliste, balayant d’un revers de main les accusations de sexisme, de racisme et d’antisémitisme lancées par Annamie Paul à l’endroit du conseil.

« Ça me fait penser au Bloc »

Celle-ci lui rappelle une autre dirigeante qui a été poussée vers la sortie en raison de son style de leadership. « Ça me fait beaucoup penser, malheureusement, à ce qui est arrivé au Bloc québécois avec Martine Ouellet. On sent que la cheffe ne collabore pas avec les députés », a fait remarquer Daniel Green, se demandant à voix haute comment on pouvait expliquer le mutisme des deux seuls élus du caucus – Elizabeth May et Paul Manly.

« C’est un problème. On a des députés silencieux. »

– Daniel Green, vice-président du conseil fédéral du Parti vert, vendredi

« Pourquoi sont-ils silencieux ? Elizabeth [May] n’est pourtant pas le genre à se taire. Je ne peux pas parler en son nom. Seule elle peut dire pourquoi elle se tait. Moi, je fais le constat qu’elle se tait, que Paul [Manly] se tait », a affirmé celui qui connaît l’ancienne cheffe verte depuis les années 1990 et qui a été son chef adjoint au Parti vert.

Les demandes d’entrevue avec les deux députés qui ont été faites par La Presse ces dernières semaines ont été refusées – l’une se remettant d’une opération au genou, l’autre étant indisponible.

Fronde interne

Dans un journal local de sa circonscription de la Colombie-Britannique, Paul Manly a affirmé qu’il avait « fait un don pour la campagne d’Annamie Paul » et qu’il voulait la voir « gagner dans Toronto-Centre ». Quelques jours après, soit le 29 juin dernier, le conseil fédéral déposait une motion pour retenir 250 000 $ qui avaient été initialement mis de côté pour la campagne de la cheffe à Toronto, rapportait La Presse Canadienne. Deux semaines plus tard, c’est à une révision de son statut de membre du parti qu’elle dirige que le conseil s’attardait, d’après le Toronto Star.

Avocate de formation et ancienne conseillère à la Cour pénale internationale, Annamie Paul est aux commandes du Parti vert depuis le 3 octobre dernier. Elle avait battu le Québécois Dimitri Lascaris au huitième tour de scrutin avec 54,5 % des voix contre 45,5 %. En avril dernier, le Toronto Star a écrit sur la guerre larvée à l’interne. Les choses ont tourné au vinaigre avec le passage de la députée Jenica Atwin chez les libéraux.

Paul Manly et elle avaient été taxés d’antisémitisme par Noah Zatzman, bras droit de la dirigeante de confession juive. Le conseil fédéral lui a lancé un ultimatum en juin : soit elle répudiait les accusations de son conseiller, soit le conseil tenait le vote de censure. Il a été impossible de connaître ses intentions, car elle n’était « pas disponible » pour des entrevues, la semaine dernière.

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