COVID-19

Soulagée, la boxe québécoise « regarde en avant »

Après des mois de confinement, Québec autorise la tenue de galas de boxe professionnelle

Un vent de panique a soufflé sur la boxe québécoise lorsque la Santé publique a annoncé que les sports de combat ne seraient pas déconfinés en l’absence de vaccin contre la COVID-19. Québec a ensuite laissé poindre une lueur d’espoir en permettant les entraînements avec contact. Et mercredi, c’est une bourrasque d’air frais qui a déferlé sur le monde pugilistique d’ici.

Dans un décret déposé en soirée, le ministère de la Santé et des Services sociaux a finalement autorisé la tenue de galas de boxe professionnelle. La nouvelle, d’abord rapportée par Le Journal de Montréal, a aussitôt soulagé les promoteurs de la province d’un poids de plus en plus insoutenable.

« Je suis vraiment heureux. La survie de notre sport était en jeu. On n’aurait pas pu attendre que la COVID-19 soit vaincue ou qu’il y ait un vaccin », se réjouit le président d’Eye of the Tiger Management (EOTTM), Camille Estephan, qui a été l’un des plus ardents militants pour le déconfinement de la boxe au cours des derniers mois.

« Il n’y avait plus aucune raison pour que la boxe professionnelle ne soit pas déconfinée. Ça va nous permettre de travailler sur nos projets. On a besoin de faire boxer nos espoirs », souligne pour sa part Yvon Michel, joint par La Presse.

Les deux hommes ont encaissé de durs coups en raison de cette interdiction prolongée de leur sport. Le service de diffusion web d’EOTTM, Punching Grace, a perdu « de 50 à 60 % » de ses abonnés. Le Groupe Yvon Michel (GYM), quant à lui, a accusé une perte de plus de 1 million de dollars. La survie de leurs entreprises n’est toutefois pas menacée, assurent-ils.

« Maintenant, on ne regarde plus derrière. On regarde en avant », lance Estephan avec conviction.

De l’action bientôt

En vertu des directives ministérielles, les promoteurs devront soumettre un protocole sanitaire à la Santé publique avant chacun de leurs galas. Une fois que celle-ci aura donné son feu vert, la Régie des alcools, des courses et des jeux sera chargée de sa mise en œuvre lors de l’événement.

Si tout se passe comme prévu, les boxeurs québécois n’auront pas à attendre longtemps avant de se battre chez eux.

EOTTM compte d’abord présenter un gala le 3 octobre à Shawinigan. David Lemieux, Lexson Mathieu, Arslanbek Makhmudov et Simon Kean seront de la carte, qui comportera six combats. L’annonce officielle viendra sous peu, promet Estephan.

Nul doute que la Santé publique gardera un œil attentif sur cette soirée de boxe, la première de cette ère pandémique. Si un malheur devait survenir et que le gala devenait une source de contaminations, on peut penser que Québec n’hésiterait pas à reconfiner la boxe.

Estephan est conscient de cet enjeu supplémentaire et a l’intention de faire bonne impression auprès des autorités. « Il faut être très vigilants, signale-t-il. On n’est pas inquiets, mais on sera aux aguets. On va tout faire pour que ça fonctionne. »

Du côté de GYM, on vise la tenue d’un premier événement en novembre. Idéalement, l’entreprise voudrait en organiser deux à l’automne – l’un au Casino de Montréal, l’autre au Centre Vidéotron de Québec. Le tout demeure cependant au stade de projet pour l’instant.

Les amateurs seront-ils au rendez-vous ?

Comme elle le fait pour d’autres formes de rassemblements intérieurs, la Santé publique permettra aux promoteurs d’accueillir 250 personnes du public à leurs galas. Reste à voir si les amateurs accepteront leur invitation.

Car à l’heure où le Québec enregistre un nombre parfois inquiétant de nouveaux cas quotidiens de COVID-19, et qu’une recrudescence de la pandémie apparaît comme un gros nuage noir au-dessus de nos têtes, on peut se demander dans quelle mesure les gens seront enclins à passer une soirée dans un amphithéâtre, en dépit de toutes les mesures sanitaires qui pourraient être prises.

« Il faudra offrir une expérience différente, unique. Il faudra être créatifs pour attirer les gens. »

— Yvon Michel, président de GYM

Camille Estephan, lui, ne s’en fait pas trop. « Ce n’est pas plus dangereux que d’aller au restaurant », affirme-t-il. La demande est déjà si forte pour les éventuels galas d’EOTTM qu’« on ne pourra pas vendre de billets à tout le monde », ajoute le promoteur.

Il admet cependant qu’il faudra donner aux partisans une raison supplémentaire de s’intéresser aux événements, surtout si on veut mettre un peu d’ambiance dans un gala présenté devant seulement 250 spectateurs – pas tout à fait une salle comble au Centre Bell, disons.

« Il sera important de raconter l’histoire du combat avant le combat. Le camp d’entraînement, les obstacles que les boxeurs ont surmontés pour en arriver où ils sont… Il faut donner une raison d’être à la victoire des individus », décrit-il.

Mais en attendant que les duels reprennent sur le ring, ce sont Estephan, Michel et tous les boxeurs de chez nous qui peuvent crier victoire.

« Un purgatoire » attend Álvarez… s’il l’accepte

Yvon Michel a rendez-vous avec Eleider Álvarez et son agent Stéphane Lépine la semaine prochaine pour discuter de l’avenir du boxeur. Le Colombien et son entourage avaient laissé entendre qu’il pourrait opter pour la retraite à la suite de sa cuisante défaite face à Joe Smith fils. Michel profitera de la rencontre pour faire le point sur les intentions et l’état d’esprit d’Álvarez. « On est prêts à le ramener, mais il devra passer par un purgatoire, un peu comme l’a fait Jean Pascal. Je ne sais pas s’il est prêt à faire ça », affirme le promoteur.

EOTTM libère trois boxeurs

Eye of the Tiger Management a récemment libéré trois de ses boxeurs, soit Nurzat Sabirov, Andranik Grigoryan et Artur Ziyatdinov. « On a donné le mieux qu’on pouvait avec eux. Dans certains cas, il s’agit de contrats qui venaient à échéance. On ne pouvait pas garder tout le monde », explique Camille Estephan. En revanche, EOTTM devrait annoncer sous peu l’embauche de deux autres pugilistes dont on ignore l’identité pour le moment.

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