JP « Le Pad » Tremblay

Du joual vert et tendre

JP « Le Pad » Tremblay, poète de brousse derrière le collectif de folk sale Québec Redneck Bluegrass Project (QRBP), fait cavalier seul pour la première fois de sa carrière avec l’absurdement titré rrrik tffhu (l’onomatopée d’un crachat).

Cet album, plus « relax, introspectif et personnel », met en valeur l’un des crayons les plus aiguisés de la chanson keb. « J’ai amassé pas mal de tounes qui cadraient moins avec le band », explique le chanteur, joint à Saint-Nazaire, au Lac-Saint-Jean, où il est « heureux propriétaire » d’une fermette depuis trois ans.

La pandémie de COVID-19, et par le fait même la suspension des concerts de QRBP, a enfin autorisé JP Tremblay à mettre en branle son projet solo. Il a confié la casquette de réalisateur à son beau-frère, Marc Déry. « Ça fait un bout qu’on jamme ensemble, que je vais bretter dans son studio quand je monte à Montréal », explique-t-il.

Leur collaboration sur rrrik tffhu s’est imposée tout naturellement. « On a commencé à travailler là-dessus chez nous, en coupant du bois, en marchant et en parlant. C’est ensuite qu’on est arrivés à la musique, un peu comme un Miyagi dans Karaté Kid », lance Tremblay, aussitôt un peu découragé par sa propre comparaison.

Pendant trois mois, le duo s’est enfermé dans un chalet en bois « au toit cathédrale » en bordure d’un lac. « On gossait matins et soirs, on essayait plein d’affaires et on checkait ce qui en sortait. Ça a donné de quoi de tripant, de vraiment pas aseptisé. »

Les envolées festives d’accordéon, de violon ou de mandoline de QRBP font place à des nuances de guitares ; tour à tour – ou en même temps – acoustiques, électriques, manouches, slide ou à résonateur. « Je me suis gâté ! »

Plus que jamais, la voix et les textes « joualisants » de JP brillent de toutes leurs nuances. Les tranches de vie festives et alcoolisées ne sont pas tout à fait évacuées, mais des thèmes plus personnels se révèlent : l’agriculture (Gentleman Farmer, Révolution agricole), le surmenage (J’cours après de quoi) ou encore la maladie, mise en mots sur la magnifique et morne Montagne. « On ravale pis on fait comme si de rien n’était / Même si en d’sour d’la façade on s’vire le fer dans plaie. »

« Ma mère a été diagnostiquée avec la SLA [sclérose latérale amyotrophique] tout récemment, raconte Tremblay. C’est une esti de maladie de marde qui s’attaque au système nerveux et qui fait fondre les muscles. C’est incroyablement laid. Je suis super proche de ma mère, et cette toune-là a été ma soupape. »

Que rien ne « paresse »

À quelques occasions, l’auteur-compositeur se plaît à promouvoir l’art presque perdu de ne rien faire. « J’aurais cent mille affaires à faire c’fait que j’fais rien », chante-t-il sur Cave à vin. Permettez-nous, à l’écoute de ses textes, de crier à l’imposture. Nous lui soumettons que nous devinons énormément de travail sous une apparente nonchalance.

Touché ! Certaines pièces, comme La grasse après-midi ou la « brassensienne » French, ont nécessité 15 ou 20 ans de peaufinage. « Travailler sur mes textes, jouer et composer de la musique, on dirait que je n’ai jamais vu ça comme de l’ouvrage, plaide-t-il toutefois. Je ne le compte pas dans ma lâcheté. »

Ses influences ? « Fred Fortin, Richard Desjardins, Plume… » L’énumération coupe court : « Je n’écoute pas beaucoup de musique, j’ai comme peur de m’influencer, dit celui qui a vécu six ans en Chine. Je n’ai même pas de kit de son pour écouter mon master. Il faut que j’emprunte un char pour l’écouter. C’est à ce point-là. »

Dans les prochains mois, « Le Pad » offrira quelques concerts solos – dont deux au Club Soda les 21 et 22 décembre – avant de se joindre à l’aventure scénique QRBP. François Gaudreault l’accompagnera à la contrebasse et Pascal Beaulieu, réalisateur des trois plus récents albums de QRBP, à la guitare slide.

« C’est de la pression, et j’ai hâte de voir comment ça va être reçu. Ça va être plus assis, plus relaxe. On s’est monté de quoi de tripant. On pourra aussi sortir quelques medleys du band si ça manque trop [au public]. Je suis paré à toutes les situations. »

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