COVID-19

Cher virus…

Si vous pouviez vous adresser directement au virus de la COVID-19, que lui exprimeriez-vous ? À notre invitation, de nombreux lecteurs de La Presse se sont prêtés à l’exercice en lui rédigeant une courte lettre. Pour se vider le cœur. Pour s’interroger. Pour l’invectiver, mais parfois aussi, paradoxalement, le remercier. Voici un florilège de ces missives qui s’accordent toutes sur un point : elles se voudraient un message d’adieu.

Vivre autrement

Cher ou chère COVID-19,

J’imagine bien que tu ne dois pas recevoir beaucoup de messages de félicitations depuis ton arrivée sur Terre. Tout le monde t’en veut de gâcher nos vies depuis un an. Pourtant, comme l’écrit si bien Kim Thúy, « dans toute zone de conflit, le bien se faufile et trouve une place jusque dans les fissures du mal ». Alors j’ai trouvé de quoi te réconforter.

Le long confinement imposé à cause de toi m’a permis d’apprivoiser le silence et la tranquillité. Il m’a fait découvrir une multitude de livres que je n’aurais pas lus autrement. Il m’offre de plus en plus d’œuvres musicales et théâtrales virtuelles grâce à la créativité renouvelée des artistes et des producteurs de chez nous. Merci pour La face cachée de la lune ! Malgré ma hâte de retourner dans les restaurants, je risque de regretter ces bons petits plats que nos cuisiniers s’ingénient à nous concocter.

À cause de toi, nous aurons appris à vivre autrement, à nous adapter. Et pour cela, je te serai toujours reconnaissante. Mais maintenant que c’est fait, peux-tu quitter discrètement la scène et nous laisser retrouver nos proches ? Je te promets qu’on saura encore une fois s’adapter. Je ne t’embrasse tout de même pas. Il ne faut pas exagérer.

— Louise Tanguay

Ta pire ennemie

Cher virus,

La fin de mon secondaire a été gâchée par ta présence. Masque, désinfectant, distanciation, bulle classe, tous ces mots résonnent depuis un an. Ma tête est lourde et mon esprit est épuisé d’entendre COVID-19 partout où je vais. En fait, le soleil et la mer me manquent. J’aimerais pouvoir partir et voyager, mais malheureusement pour moi, tu veux me garder au froid. Malgré tout, j’essaie de me dire que bientôt, tout ça sera derrière nous et que je pourrai marcher normalement sans me faire juger, puisque j’ai oublié de mettre mon masque. J’espère ne jamais te revoir. Cordialement, ta pire ennemie.

— Maeve Grégoire, élève au secondaire

Un vent de solidarité

On entendait parler de toi qui se propageait à vue d’œil dans les plus grandes villes du monde. Mais ici en région, plutôt que de te sous-estimer ou de se laisser envahir par la peur, nous avons relevé nos manches et nous nous sommes préparés à ta venue. Tous se sont mobilisés, animés d’un puissant sentiment de solidarité.

Pendant que la distillerie du coin se réinventait pour nous assurer un approvisionnement en désinfectant et que de vaillantes couturières s’étaient mises à la lourde tâche de confectionner de l’équipement de protection en quantité suffisante, les policiers se relayaient jour et nuit pour assurer la vigie aux points de contrôle alors que nos soignantes veillaient à préserver la quiétude de nos aînés en résidence. Traqué sans relâche par nos équipes de soins dévouées, tu ne pouvais pas te cacher bien loin sans que l’on te retrace, car chez nous, tout le monde se connaît ou presque…

Hommage à nos héros anonymes qui, ensemble, se sont dressés courageusement, tel un barrage, devant les vagues de cette pandémie. Parce qu’ici, j’en suis sûr, l’humanité survivra à ton passage, ne faisant que renforcer davantage le lien si particulier qui nous unissait déjà…

— Mathieu Ouellet, infirmier de première ligne, Bas-Saint-Laurent

Qui t’a permis ?

À toi qui as mis le monde sur pause. Qui t’a permis ? Qui t’a laissé nous rappeler que tout est fragile ? Qui t’a permis de nous rappeler comment nos opinions peuvent être divergentes ? Comment chaque décision pouvait en rallier tant et en armer d’autres ? Sans permission, tu nous auras rappelé que, peu importe, la vie est fragile et qu’il faut s’unir pour survivre. Je ne sais si je dois te haïr ou me dire que plus tard, lorsque le monde retombera sur pause, je me dirai : « Je me souviens. » Bientôt, je me déciderai.

— Alexandre Pratte

Tu n’as rien fait pour nous !

Je ne sais pas pourquoi je t’écris, de toute évidence, tu ne comprends rien. Et si tu comprends et que tu persistes à nous massacrer comme un tueur en série assoiffé de terreur, il n’y a rien à dire. Certains bien-pensants clameront que tu nous as appris quelque chose, mais ne t’enorgueillis pas, tu n’as rien fait pour nous, tu n’es rien pour nous et malgré toi, nous passons à travers tes ravages parce que nous cherchons la lumière, un après-toi où on se libérera. Finalement, j’ai quelque chose à te dire : adieu !

— Louise Boivin

Pourquoi ?

Salut virus,

Tu excuseras l’impolitesse de la formule, mais je n’ai aucune envie de te donner du « cher ». Cela étant dit, on nous propose de t’écrire un petit mot pour souligner le premier anniversaire de notre rencontre. Pourquoi, que diable ? Je ne sais pas pour toi, mais moi, je n’ai rien à souligner, encore moins à célébrer. Ton arrivée dans ma vie se compare à une invasion de coquerelles dans un appartement jusque-là bien tenu. Le jour où l’exterminateur se pointe enfin, ne compte pas sur moi pour me remémorer les instants que nous avons passés ensemble.

Je vais occuper les prochains mois à rebâtir un semblant de vie normale, à accepter prudemment d’ouvrir ma porte aux parents et amis en craignant toujours un peu que tu en profites pour revenir. Je vais redécouvrir mes petits-enfants qui trouveront probablement étrange ce vieux monsieur tridimensionnel, habitués qu’ils sont de me confondre avec Passe-Partout et compagnie. Je vais retrouver le plaisir des sourires, le contact d’une main tendue, la joie de flâner sans tenir un ruban à mesurer dans mes mains. Je vais cesser de retenir mon souffle au moindre malaise, inquiet à l’idée d’aller te visiter aux urgences.

En un mot, je vais recommencer à vivre. Oui, pourquoi, mais pourquoi t’écrirais-je ?

— Jean Lacombe

Merci, mais adieu

Cher virus,

Tu nous en as fait baver cette année. J’ai vu mon équilibre travail-famille chavirer et ma santé mentale et celle de mes proches être affectées. J’ai dû relever des défis dans mon couple, j’ai vu mon ado troublé, j’ai vu ma fille jeune adulte stressée à l’idée d’aller travailler avec le public et j’ai vu mes parents inquiets, isolés dans leur maison.

Malgré tout, j’ai un petit merci pour toi. Merci de m’avoir forcée à prendre du temps avec mon ado. Merci de m’avoir obligée à profiter de moments de qualité dans ma petite bulle familiale à Noël plutôt que dans la course effrénée des cadeaux. Merci de m’avoir rappelé le plaisir de marcher main dans la main avec mon chum.

Merci, mais maintenant, tu peux partir. Je compte bien perpétuer ces nouvelles habitudes.

— Annie Auger

Prise au piège

Cher virus, tu crois avoir embelli ma vie, mais tu te trompes au plus haut point. J’avais déjà énormément de défis à relever et tu n’avais pas le droit d’en rajouter. Ma santé physique s’est dégradée avant ton arrivée et ça ne t’a pas empêché de m’arracher la minuscule partie de ma santé mentale restante. J’ai enchaîné les dépressions et mon anxiété ne fait qu’augmenter encore aujourd’hui. Mon corps dépérit à vue d’œil avec les maintes tendinites que je ne peux même plus compter. Je n’ai aucune réponse des hôpitaux parce que tu ralentis tout le processus. Je me sens prise au piège. Je me sens impuissante. Tu as fait de mon année un encore plus gros calvaire. Je voudrais bien te faire du mal, mais je ne peux plus bouger. Bravo ! Tu as réussi à détruire le monde qu’on avait déjà de la misère à aimer.

— Mégane Baril, élève au secondaire

Un mur familial

Cher virus,

Tu te dresses entre mon fils et sa famille. Ses oncles n’ont jamais joué avec lui. Ses grands-mères ont le cœur brisé tandis que les grands-pères conjuguent leur peine avec réserve. Tu m’as mise dans un état de tension perpétuel qui me fait douter du bien-fondé de la distanciation par souci de protection. À cause de toi, nous nous faisons violence par amour.

Il faut tout un village pour élever un enfant et pourtant, tu l’isoles dans une maison où son père et moi tentons de l’éveiller au monde. Seuls, nous assistons à ses premiers pas, à son premier anniversaire, à son premier Noël… Sache que si tu as ponctué notre année de petits deuils, tu ne nous as pas privés de la joie immense d’être nouvellement parents.

— Emily Gervais

— Projet coordonné par Sylvain Sarrazin, La Presse

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