Reprise de l’emploi au Royaume-Uni

Les entreprises guettées par une pénurie de main-d’œuvre

Londres — Le marché de l’emploi s’améliore au Royaume-Uni, mais la reprise tourne au casse-tête pour les entreprises aux prises avec une explosion des postes vacants et des salariés contraints à l’isolement en raison de la COVID-19.

La levée des restrictions et le redémarrage de nombreux secteurs causent des problèmes de recrutement, comme en témoigne l’envolée des postes à pourvoir, au nombre de 862 000 entre avril et juin, soit une hausse de 38,8 % sur un trimestre.

Leur nombre est désormais au-dessus du niveau du premier trimestre 2020, avant la pandémie, et au plus haut depuis 2018, expliquait jeudi le Bureau national des statistiques (ONS).

Le secteur le plus touché est « l’hôtellerie-restauration, suivie par la vente de gros et le commerce », souligne Darren Morgan, de l’ONS.

Le chômage partiel, la pandémie ou encore le Brexit peuvent expliquer, selon les secteurs, la moindre disponibilité de personnes prêtes à prendre un emploi.

Pour l’organisation patronale CBI, « c’est un signe supplémentaire que la demande revient et que des emplois sont créés », selon Matthew Percival, un des responsables.

Pourtant, « la capacité des entreprises à répondre à cette demande et à soutenir la reprise est compliquée par des pénuries de main-d’œuvre », prévient-il.

Avec la forte hausse des cas de COVID-19, « les sociétés font face à la fois à des difficultés de recrutement et à des salariés contraints de s’isoler », dont le nombre grimpe à mesure que les cas du variant Delta augmentent, comme c’est le cas depuis des semaines.

Selon le Financial Times, plus de 700 employés de l’usine Nissan de Sunderland, en Angleterre, seraient actuellement contraints de s’isoler après avoir été détectés comme des cas contacts par l’application du système de santé publique NHS.

La production de l’usine serait perturbée depuis des semaines, faute de main-d’œuvre suffisante, selon le quotidien des affaires.

Interrogé par l’AFP, le groupe a confirmé que « la production dans cette partie de l’usine a été ajustée » pour tenir compte du « personnel à qui il a été demandé de s’isoler après un contact avec la COVID-19 ».

Dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, un salarié sur cinq doit s’isoler et la situation pourrait empirer, a prévenu mardi dernier devant des députés Kate Nicholls, directrice générale de la fédération professionnelle.

Pour les PME du secteur, « si vous perdez un ou deux salariés, vous n’avez pas assez de personnes pour ouvrir et, bien sûr, cela a des conséquences énormes », s’est-elle inquiétée.

Chômage partiel protecteur

La proportion est la même dans la distribution, selon Helen Dickinson, directrice générale de la fédération des commerçants.

Au-delà des défis de la COVID-19, le marché de l’emploi continue de reprendre des couleurs grâce à la réouverture de l’économie depuis mars, associée au maintien du dispositif de chômage partiel.

Le taux de chômage s’est établi à 4,8 % pour les trois mois achevés fin mai, soit une baisse de 0,2 point de pourcentage par rapport au trimestre précédent (décembre-février).

Il reste en revanche 0,9 point de pourcentage plus élevé qu’avant le début de la crise sanitaire.

Pour le seul mois de juin, le nombre de salariés a bondi de 356 000, à 28,9 millions, par rapport à mai, mais il est toujours en baisse de 206 000 comparé à avant la pandémie.

Dans certaines régions du nord et du centre de l’Angleterre, ou en Irlande du Nord, le nombre de salariés est toutefois déjà revenu au-dessus de son niveau de début 2020.

« Le marché de l’emploi continue de se reprendre », notamment chez les jeunes, note M. Morgan, mais « un grand nombre de travailleurs reste en chômage partiel », selon lui.

Le ministre des Finances, Rishi Sunak, s’est quant à lui félicité de ces chiffres dans un communiqué.

« Nous repartons de l’avant. Le nombre de salariés est à son plus haut depuis avril dernier [2020] et le nombre de personnes en chômage partiel a diminué de moitié pour les trois mois menant à mai », pour tomber à 2,4 millions, selon lui.

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