Guerre en Ukraine

Le Canada caresse l’idée d’envoyer des Leopard

Le Canada est plus que jamais disposé à envoyer des chars Leopard de fabrication allemande à l’Ukraine, comme le réclame Kyiv. Mais avant de confirmer ses intentions, le gouvernement Trudeau tente de rallier le plus grand nombre d’alliés à cette démarche qui pourrait marquer une nouvelle escalade de la guerre que mène la Russie en Ukraine.

Le Canada tient à éviter que cette initiative n’implique qu’un nombre restreint de pays. À l’heure actuelle, la Pologne mène la charge auprès du gouvernement allemand afin d’obtenir le feu vert nécessaire de sa part pour envoyer ces chars d’assaut sur le sol ukrainien.

La Pologne est prête à envoyer 14 Leopard et est en discussions avec une quinzaine de pays à ce sujet. En tout, une vingtaine de pays utilisent ces chars, dont le Canada, le Danemark, la Finlande, les Pays-Bas, la Norvège, l’Australie et la Suède.

Pour l’heure, Ottawa n’a pas demandé à Berlin l’autorisation d’expédier vers l’Ukraine ses Leopard 2 – le Canada en possède 112 au total, soit 82 chars de combat et 30 véhicules de génie et dépannage –, selon ce qu’a indiqué lundi à La Presse une porte-parole de l’ambassade d’Allemagne au Canada.

La requête de Kyiv pour l’envoi de chars lourds a fait l’objet de discussions vendredi dernier en Allemagne lors de la réunion du Groupe consultatif sur la défense de l’Ukraine.

« Le Canada examine cette demande, en coordination avec nos alliés et nos partenaires », s’est contenté d’affirmer lundi Daniel Minden, attaché de presse de la ministre de la Défense nationale, Anita Anand, qui assistait à cette rencontre.

Rallier pour armer

Mais la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a clairement fait savoir à quelle enseigne elle logeait.

Elle fait partie des faucons à la table du Cabinet.

« Pour arriver à une paix durable, il faut continuer à armer l’Ukraine. C’est un peu le paradoxe dans lequel on est, mais c’est vraiment l’approche que l’on prend et que nos alliés prennent également », a insisté la cheffe de la diplomatie canadienne en mêlée de presse, lundi, avant de participer à la retraite de trois jours du Cabinet à Hamilton, en Ontario.

« On a envoyé récemment 200 véhicules blindés en Ukraine. On a participé aussi au nouveau système de défense antiaérien. Il y a encore beaucoup à faire. Et on va en faire plus », a-t-elle ajouté du même souffle.

Une source gouvernementale qui a requis l’anonymat a indiqué à La Presse que le Canada multipliait les démarches auprès de pays alliés afin de convaincre le plus grand nombre de participer à cet effort pour soutenir l’Ukraine avant une nouvelle offensive russe au printemps.

« C’est davantage un enjeu diplomatique en ce moment », a indiqué cette source.

La ministre Joly a confirmé avoir discuté de ce dossier avec son homologue des Affaires étrangères de l’Allemagne, Annalena Baerbock, au cours des dernières heures.

« J’ai eu plusieurs conversations avec des représentants du gouvernement allemand. C’est très important que l’on s’entende entre alliés. C’est pour cela que les conversations vont continuer. Mais vous pouvez avoir notre confirmation à l’effet que nous allons toujours en faire plus pour soutenir l’Ukraine », a-t-elle dit.

Berlin sous pression

Mme Joly a tenu ces propos le jour même où la Pologne a fait savoir qu’elle était prête à se passer de l’aval de l’Allemagne, indécise sur la question, pour livrer des chars Leopard à l’Ukraine, où les forces russes continuent de revendiquer de petites avancées sur le terrain.

Le gouvernement allemand apparaissait pour sa part divisé sur la question de la livraison de chars lourds Leopard, et le chancelier Olaf Scholz, jusqu’ici évasif, se retrouvait lundi sous une pression toujours plus forte.

D’autant plus que la ministre Baerbock a jugé la veille que l’Allemagne était disposée à autoriser, conformément à la législation en vigueur, Varsovie à fournir ces blindés à Kyiv.

Varsovie veut aller de l’avant, Kyiv en veut davantage

« Nous allons demander un tel accord [à Berlin], mais c’est une question secondaire », a réagi lundi le premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki. « Même si nous n’obtenons pas leur accord [des Allemands], nous donnerons nos chars à l’Ukraine dans le cadre d’une petite coalition », y compris « si l’Allemagne n’en fait pas partie ».

« Nous avons besoin […] de plusieurs centaines » de chars, a pour sa part martelé le chef de cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak, à un moment où les Russes sont à l’offensive, dans l’est de l’Ukraine en particulier.

Lundi, au lendemain des propos d’Annalena Baerbock sur la livraison des chars Leopard, Steffen Hebestreit, porte-parole du chancelier allemand, a précisé de nouveau sa position : « Le gouvernement fédéral n’exclut pas que des chars Leopard soient livrés, il n’a pas encore décidé s’il allait le faire maintenant. »

La crainte d’une escalade militaire avec Moscou et les réticences de Berlin à assumer un leadership dans le camp occidental conduisent, selon des analystes, l’Allemagne à hésiter par rapport à l’envoi de ces armes.

— Avec l’Agence France-Presse

Un chef séparatiste s’affiche à Soledar

Un chef séparatiste et dirigeant de l’occupation russe de l’est de l’Ukraine, Denis Pouchiline, s’est affiché à Soledar, ville dont Moscou a revendiqué la capture il y a plus d’une semaine, et dont Kyiv n’a jusqu’ici pas reconnu la perte. Les séparatistes ont par ailleurs annoncé lundi la capture de deux villages, Krasnopolivka et Dvouretchié, situés près de Soledar. S’exprimant lundi à la télévision russe, au lendemain de son déplacement à Soledar, M. Pouchiline a confirmé que « la ville est détruite » et qu’il ne restait « quasiment plus de bâtiments entiers ». Selon l’armée russe, la conquête de cette cité est une étape pour encercler Bakhmout, que Moscou cherche à conquérir depuis l’été.

— Agence France-Presse

Union européenne

500 millions d’euros de plus pour armer l’Ukraine

L’Union européenne a accordé lundi un nouveau financement de 500 millions d’euros (environ 726 millions $ CAN) pour des fournitures d’armements à l’Ukraine et a alloué 45 millions d’euros (65 millions $ CAN) pour la formation des militaires ukrainiens dans l’UE, a-t-on appris de sources diplomatiques. Les ministres des Affaires étrangères de l’UE réunis à Bruxelles ont accepté de débloquer ces deux allocations financées par la Facilité européenne pour la paix, à l’issue d’un entretien en visioconférence avec leur homologue ukrainien Dmytro Kouleba. Ce montant porte à 3,6 milliards d’euros (5,23 milliards $ CAN) l’aide financière militaire à l’Ukraine financée avec la Facilité européenne pour la paix (FEP). — Agence France-Presse

Moscou

Un mémorial improvisé aux victimes de Dnipro

Des Russes continuaient, malgré la répression, de déposer des fleurs sur un mémorial improvisé pour les victimes du bombardement meurtrier il y a neuf jours d’un immeuble à Dnipro, en Ukraine, ont constaté des journalistes de l’AFP lundi. Depuis cette frappe qui a fait 46 morts, imputée aux forces russes par Kyiv, des Russes sont venus déposer des fleurs, photographies et messages au pied de la statue à Moscou d’une poétesse ukrainienne, Lessia Oukraïnka, aménageant ainsi un mémorial de fortune aux victimes. Des inconnus ont nettoyé le monument à plusieurs reprises et la police a procédé à des arrestations, mais les hommages se sont poursuivis.

— Agence France-Presse

d’autres nouvelles

Sur le front diplomatique, l’Estonie et la Lettonie ont annoncé expulser les ambassadeurs de Russie respectivement à Tallinn et à Riga. Les Estoniens ont agi ainsi à la suite d’une décision similaire prise quelques heures auparavant par les Russes à l’encontre du chef de leur représentation diplomatique à Moscou. Les Lettons ont pour leur part expliqué leur geste par leur « solidarité avec l’Estonie et la Lituanie », qui avait annoncé en octobre l’expulsion du chargé d’affaires russe, et a également rappelé son ambassadeur en poste en Russie. C’est la première fois que des ambassadeurs sont renvoyés dans leur pays depuis le début de la guerre.

— Agence France-Presse

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