MUSIQUE  

FÉLIX DYOTTE

Droit devant

CHANSON ALTERNATIVE

Félix Dyotte

Félix Dyotte

Coyote Records

Sortie lundi prochain

Il avait toujours su. Su qu’il voulait se lancer en solo. Trois ans après la fin de son défunt groupe Chinatown, Félix Dyotte lance lundi son premier album, qui porte son nom. Un album de chansons alternatives brodées dans des orchestrations de cordes.

Quelques mois après la sortie de son deuxième et dernier album, Comment j’ai explosé, en 2012, le groupe Chinatown s’est dissous. Le chanteur Félix Dyotte s’est retrouvé seul devant rien. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai : il avait sa guitare, son studio maison et beaucoup d’inspiration.

« Quand nous étions en studio avec Chinatown, j’étais déjà en train de penser à un projet solo. Je trouvais que je m’en allais vers des thèmes plus intimes, raconte-t-il. Dans un band divisé en deux leaders, tu n’écris pas les mêmes tounes et tu n’abordes pas les mêmes affaires. »

Non seulement Félix Dyotte désirait écrire des textes plus personnels, il chérissait aussi l’idée de les accompagner de musiques plus fines. « Être plus proche de mon état dans mon salon que d’un état rock », résume-t-il.

Pas si simple que cela. Félix Dyotte a passé une année de transition à accompagner sur scène Kandle, de même que Pierre Lapointe pour la longue tournée (quelque 70 spectacles en un an) de l’album Punkt, qui a mérité le Félix du spectacle de l’année.

« C’était une période assez dark. Si ce n’était Pierre Lapointe, je n’aurais pas eu de vie. Dans les périodes down, on n’est pas trop ambitieux. Mais l’année s’est terminée… »

— Félix Dyotte

ÉBULLITION

Vint le jour où la douzaine de chansons que Dyotte faisait mijoter depuis trop longtemps a atteint son point d’ébullition. « Tout a explosé et je suis devenu créatif. J’ai terminé l’album rapidement tout en l’enregistrant. »

« Je suis réalisateur de nature, donc, quand je suis chez moi, je fais tout en même temps, poursuit-il. Je passe des paroles aux arrangements à la mélodie et à la composition, et j’enregistre des démos avec des instruments plus cheaps qui se retrouvent sur l’enregistrement final pour me donner une idée. Là, j’ai écrit mes cordes avec des instruments virtuels et j’ai transcrit le tout sur des partitions. »

En studio, Félix Dyotte a pu compter sur les fines oreilles et le talent d’arrangeur de Francis Beaulieu et Philippe Brault. « J’ai fait toutes les voix et les synthés chez nous », précise Dyotte, qui a signé la réalisation de son album mais qui en a confié le mixage à Pascal Shefteshy du studio PM. « À un moment donné, il faut que tu donnes une partie de ton affaire. […] Je voulais être surpris. »

Les fans de Malajube se réjouiront des élans de batterie venant de Francis Mineau, qui a tourné avec Dyotte pendant Punkt. « Un gars extraordinaire. C’est devenu un de mes meilleurs amis. Je voulais qu’il se lâche lousse au drum… Je lui disais toujours : plus fou que ça ! »

HUMOUR ESTHÈTE

Félix Dyotte propose une signature musicale qui le place dans la catégorie – tout en le distinguant – de ses contemporains francophones. Les Karim Ouellet, Jimmy Hunt, Alex Nevsky, Philippe B et Philémon Cimon.

Dans une tradition certaine de chanson française, l’auteur-compositeur décortique des facettes sombres de la vie avec verve, candeur, et légèreté. 

« J’aime aborder des thèmes graves d’un ton léger. Il faut de l’humour pour que les gens ne soient pas mal à l’aise. »

— Félix Dyotte

Sa prose habile raconte un chagrin d’amour (Feu nous deux), le désabusement (Les gens sont décevants), le coup de foudre (Ce frisson-là) et la dépression (Ma vie au lit). « C’est un album à thèmes », dit Félix Dyotte.

D’une chanson à l’autre, Dyotte caricature ses sentiments et ses interrogations. Lors de son premier spectacle solo, donné dans l’exigu et chaleureux Café de la Grave, aux Îles-de-la-Madeleine, des spectateurs ont pouffé de rire quand il a balancé les premières paroles de la dernière chanson de son album. « Oui j’ai craché mon cœur ce soir/J’ai vraiment tout donné. »

« C’est over the top candide ! » lance Félix Dyotte.

SOIF DE SCÈNE

« Pourquoi suis-je allé vers la plus folle […] j’aurais pu sauver la plus belle », chante-t-il aussi sur le premier extrait, Avalanches.

Le jour de notre entrevue dans un café de la rue Amherst, Félix Dyotte croise l’artiste Aseman Sabet dans le parc où il se fait photographier. C’est avec elle qu’il chante en duo Avalanches. Un hasard, raconte-t-il. Aseman se trouvait dans l’appartement de Dyotte quand il devait bricoler une maquette à envoyer à la hâte au Conseil des arts.

Des mois plus tard, son premier album solo se retrouve en écoute sur le site canadien du média de référence musical anglophone Exclaim. « J’ai reçu des commentaires de fans qui ne parlent pas français. C’est cool… c’est tellement de la chanson à textes dans ma tête que j’en oublie que c’est intéressant au-delà des paroles. »

Maintenant, Félix Dyotte a soif de scène. On le retrouvera derrière le micro en formule groupe (Denis Faucher, Amélie Mandeville et Francis Mineau), mais aussi en duo avec une complice féminine.

« Je suis très fébrile. Cela me manque. »

Spectacle-lancement le 6 mai au bar Emerald (5295, avenue du Parc)

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